"Sexe sans consentement" : quand c'est non, c'est non

Le documentaire de France 2 intitulé "Sexe sans consentement" évoque pour la première fois cette "zone grise" où les jeunes filles ont "cédé", sans "consentir" à un rapport sexuel. Margaux, Marianne, Jade, Celia et Nine y témoignent sans tabou. À voir absolument.

Qu'il soit timide ou affirmé, un "non" est un "non". Ayez le courage de le dire !
Qu'il soit timide ou affirmé, un "non" est un "non". Ayez le courage de le dire ! // ©  plainpicture/Leola

"Au départ on voulait appeler le film "Les Filles cool", comme si pour être une fille libérée et sympa, il fallait toujours tout accepter", ironisent Delphine Dhilly et Blandine Grosjean. Dans leur documentaire diffusé le 6 mars 2018 et en replay, les réalisatrices explorent la notion, encore floue, du consentement et plus précisément de ce qu'on appelle la "zone grise". Cet espace où il semble qu'il y ait malentendu et où les rapports sexuels sont non voulus, mais subis parce que les filles n'osent pas, qu'elles ont bu, sont intimidées ou qu'elles pensent qu'elles doivent accepter pour être "bien vues"

Margaux, 22 ans, en a été victime. "Le mec était lourd. Je l'avais embrassé une fois, mais sans plus. Il a été très insistant, il me disait : 'Fais-moi au moins une fellation, c'est la moindre des choses… tu ne vas pas me laisser comme ça !' Je ne pouvais pas me défendre, j'étais tétanisée. Je n'ai rien dit, je me suis laissé faire et il m'a pénétrée. Je lui avais dit 'non' mais il n'a pas compris." Combien de jeunes filles comme Margaux ont fini par se dire qu'il valait mieux accepter et attendre que ça passe, plutôt que de risquer quoi que ce soit ? S'il était petit et timide, son "non" en était bien un et, aujourd'hui, sept ans après, elle ose enfin parler de viol. "Si ça m'arrivait aujourd'hui ? Je n'aurais pas crié mais je l'aurais repoussé gentiment avec des mots, en réexpliquant, en parlant en fait... mais à l'époque j'étais jeune, j'avais peur et surtout je ne savais pas comment faire !", confie-t-elle. 

Apprendre à s'affirmer 

"À 19 ans, pour des raisons de sous, je partageais une chambre d'hôtel avec ce mec, un vague copain de copain. Il était très insistant, mais moi je ne voulais pas coucher avec lui car il ne me plaisait pas", se souvient Marianne, 25 ans. "J'ai parlementé pendant une heure. C'était pénible, mais j'ai tenu bon. J'ai résisté mais je ne comprends toujours pas pourquoi le type n'a pas compris au premier refus ?", s'offusque-t-elle. 

"L'entrée dans la sexualité est compliquée. C'est un moment crucial dans la vie et déterminant pour la suite dans le rapport aux autres et au désir", prévient Laura Gélin, psychanalyste. Le dialogue et l'affirmation sont les clés. "Quand on n'est pas prête, on n'est pas prête, et tant pis si on passe pour une nana d'un autre siècle. Je me fiche du "qu'en dira-t-on". Ça ne regarde que moi. Je coucherai quand je serai amoureuse, c'est tout", confie Jade, 18 ans. 

Parler, parler, et encore parler

Si toutes les jeunes filles n'ont pas la même assurance que Jade, elles ont la possibilité de s'exprimer. "Le dialogue est hyper important dans la vie et dans les relations amoureuses", confirme Delphine Dhilly. "Il faudrait apprendre à dire les choses, les nommer, sans avoir peur d'être jugées, malaimées ou délaissées. On nous donne beaucoup d'informations sur la contraception, les maladies sexuellement transmissibles, mais on nous parle tellement peu du désir !", déplore-t-elle. 

"Il est aussi très important de se poser ces questions à soi-même : est-ce que j'ai vraiment envie d'y aller ou pas ? Qu'est-ce que je veux, moi ? Ne suis-je pas en train d'écouter les autres, de penser qu'il faut le faire alors que je n'en ai, intuitivement, pas le désir ?" complète Laura Gélin.

Savoir se protéger 

"Ma mère m'a toujours conseillée, depuis que je suis jeune, de me poser la question de ma place et de mon bien-être dans toute situation. Est-ce que je me sens bien avec les gens dans cette fête, dans ce bar ? Est-ce que je ressens un petit malaise, un truc bizarre ? Si ça ne va pas, il faut bouger, sortir, partir tout simplement", recommande Nine, 22 ans. 

Vous percevez que la situation se dégrade ? Vous avez l'impression que quelque chose ne tourne pas rond, intuitivement ? N'attendez pas. Ne restez pas. Il est toujours possible de "se protéger, trouver des paliers, prévenir des copines qu'on les appellera dans la soirée ou fixer un rendez-vous téléphonique, inventer des excuses", conseille enfin Laura Gélin. Le mieux est d'anticiper et de se sécuriser. En disant "non", on apprend aussi à dire "oui". 

Avis aux garçons : écouter et regarder les signes

"Il aurait pu remarquer que je gisais sur le lit telle une épave passive. Il se serait rendu compte qu'il y avait un problème. Mais on ne lui a jamais appris à se poser des questions là-dessus aussi", témoigne Celia dans le documentaire. Le problème est bien là : personne n'a expliqué que si un partenaire ne parle pas, refuse d'embrasser, ne bouge pas, c'est le signe d'un refus. Un "non" peut être tu et timide, mais bien réel !
Ne pas réagir est le signe d'un état de sidération : le cerveau se met sur le bouton protection "immobile" en attendant que ça passe. "Nous devrions expliquer aux garçons que le désir s'exprime non pas dans un mouvement de cheveux, un regard ou un je-ne-sais-quoi d'invisible, mais par les mots, la parole, dans un 'oui' ferme et assumé", dit Blandine Grosjean. 

Pour voir la bande-annonce :

/ © France2
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COSTENOBLE Audrey.

Si les garçons ont besoin d'assouvir leurs besoins, ils n'ont qu'à aller voir une vraie prostituée. Au moins, ils sont sûrs qu'on ne leur claquera pas la porte au nez. Parce que les garçons, aveuglés par leurs pulsions, croient que toutes les filles sont des prostituées et sont surtout à leur merci. Je suis désolée de vous dire ça, messieurs, mais une fille n'a peut- être pas envie de le faire quand vous, vous le voulez. Et ça, comprenez- le au plus vite car c'est vous qui allez vous faire baiser.

L'HOTTE Arthur.

Saches que ces "garçons aveuglés par leurs pulsions" dont tu parles, ne forment pas l'entièreté de la gente masculine. Alors si c'était possible d'arrêter de généraliser sur l'idée que l'homme est un prédateur, les garçons qui ne sont pas aveuglés par leurs pulsions t'en remercieront.