La folie Cosplay : l’art du déguisement "pop"

Dans les allées de Japan Expo, les héros de la pop culture prennent vie au travers du Cosplay, loisir qui consiste à se déguiser en personnage de fiction. Intrigué par ce phénomène de société de plus en plus populaire ? Trendy vous plonge dans cet univers !

Au milieu de la foule, Iron Man a bien du mal à se mouvoir. À peine a-t-il fait un pas en avant qu’une horde de fans se jette à sa rencontre pour lui demander une photo, le tout sous le regard amusé d’un chevalier Jedi. Quelques mètres plus loin, une bande de volleyeurs déambule entre les stands de mangas et de nourriture : il s’agit de l’équipe du lycée Karasuno, issue du manga "Haikyuu !!".

Malgré les apparences, nous ne sommes pas plongés en plein milieu du cross-over le plus fourni de la pop culture. Croiser au même endroit Naruto, Pocahontas, les Ghostbusters et Link est tout à fait normal dans une convention comme Japan Expo, lieu de rendez-vous annuel des amateurs de culture populaire et temple français du Cosplay.

"Le Cosplay est un hobby qui consiste à incarner des personnages réels ou de fiction", nous explique Popette, auteure de "L’Abécédaire du Cosplay", elle-même déguisée pour l’occasion en Bulma de "Dragon Ball". "L’idée est de ressembler au personnage en l’incarnant grâce à son physique, en reproduisant sa tenue, en portant une perruque… Faire du Cosplay, c’est l’hommage ultime à une œuvre qu’on adore", complète-t-elle. Confidentielle à ses débuts, l’activité est aujourd’hui un véritable phénomène qui envahit toutes les conventions.

Aux origines du Cosplay, un couple fan de science-fiction

Mot valise créé dans les années 80 à partir des termes "costumes" et "play" par le Japonais Nobuyuki Takahashi, le Cosplay est en réalité né il y a de cela plusieurs décennies, aux États-Unis.

Incollable sur le sujet, Popette nous explique ses origines : "Ce hobby est apparu en 1939 avec un couple, J. Forest Akerman et Morojo Myrtle, des passionnés de science-fiction qui se sont rendus à une convention habillés en 'homme du demain', des personnages issus d’un film en noir et blanc."

L’exercice en lui-même est une relecture moderne de la tradition du carnaval. Et comme pour le carnaval, le jeu est au centre de l’exercice. C’est d’ailleurs le premier conseil que donne la jeune femme aux néophytes, nombreux à la suivre en ligne : "Il faut s’amuser, quoi qu’il arrive ! Pas besoin de perdre 10 kilos pour ressembler à Sailor Moon ou d'en prendre 35 pour faire le Pingouin de Batman. À partir du moment où tu portes un costume dans lequel tu te sens bien, avec une perruque ou un chapeau qui te va et qui te plaît, c’est parti !"

Plus qu’un passe-temps, une passion dévorante

Pour beaucoup, l’envie de "cosplayer" est née de la rencontre avec des fans qui pratiquaient déjà cette activité. Adolescente, Popette est tombée en admiration devant une fille en Cosplay et a annoncé à sa mère qu’elle voulait faire la même chose. "L’année suivante, j’étais déguisé en Card Captor Sakura (personnage de manga)", s’amuse-t-elle. 

Un début tout à fait classique dans la communauté, comme en atteste LucioleS. Connue du milieu pour avoir participé à plusieurs compétitions, la jeune femme est cette année déguisée en Daenerys de "Game of Thrones" à la Japan Expo : "J’ai découvert le Cosplay en allant dans une convention, à Paris Manga en 2007. J’ai rencontré des gens qui se déguisaient, et ça m’a donné envie d’en faire de même, en alliant ma passion pour la couture à l’univers des mangas, animés et jeux vidéo." Une passion qui prend racine dans l’enfance : "J’ai commencé à fabriquer des déguisements quand j’étais en primaire, dès mes 6 ou 7 ans, je découpais de vieux vêtements pour faire de nouveaux costumes." Aujourd’hui, elle exerce comme couturière à l’opéra de Strasbourg.

Pour certains, l’amour du Cosplay est une histoire de famille. C’est le cas de Côme. Le jeune homme, déguisé en Shaco Masqué du populaire jeu "League of Legends", est venu à la convention accompagné de son père, de sa mère, de son frère, d'un ami et de son cousin. Tous affichent fièrement leurs costumes, sans trop se prendre au sérieux. Ce que Côme aime dans ce loisir ? "La créativité ! Il y a très peu de limites matérielles, on arrive toujours à les surmonter", explique-t-il. Il faut dire qu’entre le jeu vidéo, les animés, les films, les mangas et les séries, les sources d’inspiration sont nombreuses. 

Les salons comme Japan Expo sont l’occasion de se retrouver entre fans de tous les univers et de partager de bons moments. À ses côtés, le jeune Élio est tout aussi enthousiaste. Lui aussi apprécie ces moments de rencontres et de discussions : "Parfois, les gens viennent nous voir et prennent des photos parce qu’ils trouvent que ce qu’on fait est génial ! Ça permet de parler avec eux." L’adolescent a lui-même réalisé son costume d’Eren, du manga "L’Attaque des titans", qu’il porte avec fierté.

Couture, collage, maquillage… des fans artisans multitâches

La confection du costume est l’un des éléments centraux de ce loisir. "Un cosplayeur doit savoir se maquiller, se coiffer, porter une perruque, coudre, bricoler, peindre, travailler le cuir, le métal, la broderie, les perles, le tissu, la mousse, le polystyrène, le plastique, le papier mâché…", énumère à toute vitesse Popette. Faire soi-même son déguisement n’est cependant pas une obligation, tempère cette grande passionnée. "Il n’y a pas de vrai ou de faux cosplayeur, tu as le droit de faire ton costume ou de l’acheter, comme tu en as envie ! À partir du moment où tu es déguisé et où tu joues le personnage, c’est du Cosplay !"

Il n’empêche que, pour de nombreux fans, cette étape procure une grande satisfaction. Dans les allées, Justine, grimée en Norbert Dragonneau de l’univers d’Harry Potter, l’assume complètement : "J’avoue aimer beaucoup la couture et le bricolage ! Construire entièrement quelque chose de ses mains, c’est vraiment gratifiant. Ça permet de donner vie à un personnage qu’on apprécie."

Forte de sa formation de costumière, LucioleS réalise elle aussi ses tenues. "Je fais tout, toute seule, de A à Z. J’achète les tissus, je fais mes patrons, je couds le costume, je coiffe les perruques. Je crée un maquillage qui ressemble aux personnages, je chorégraphie les prestations sur scène…" Sa passion lui permet d’expérimenter de nouvelles techniques et de s’échapper du réel : "J’ai reproduit un personnage de 'Mass Effect', un jeu vidéo avec des extraterrestres. J’avais réalisé une prothèse en latex avec des tentacules et j’étais entièrement peinte en bleu." Des prouesses de création qui demandent de longues heures de travail : "L’année dernière, je suis partie à Chicago avec la robe de Cendrillon, du film Disney. C’est une grosse robe de princesse, j’ai essayé de reproduire les détails comme dans le film et de trouver les mêmes tissus !"

En compétition, les meilleurs costumes défilent sur scène

Si la jeune femme s’est donné autant de mal sur ce costume, c’est parce que l’enjeu prend une place importante en mode compétition. Représentante française au Crown Championship of Cosplay 2016, 3e place au World Cosplay Summit 2016 de Nagoya… Mais c’est bien à Japan Expo qu’elle s’est forgé ses plus beaux souvenirs, en remportant la médaille d’argent lors la finale 2014 de l’ECG (European Cosplay Gathering) avant de revenir deux ans plus tard… en tant que juré. Elle se souvient, émue, de sa performance de l’époque : "Nous étions trois sur scène, sur le thème de 'La Reine des neiges', je tenais le rôle d’Elsa. À un moment, j’ai fait un changement éclair de costume sur scène. Le public a applaudi et hurlé, c’était fou." 

La scène principale de Japan Expo fait rêver bien des aficionados. Incarner son personnage, à grand renfort de musique et de mise en scène, devant un public est un exercice populaire dans la communauté. Mais seule une poignée de concurrents ont la chance de participer à la finale de l’ECG, la plus grande compétition européenne, qui se tient tous les ans pendant le salon devant plus de 15.000 spectateurs déchainés. LucioleS l’affirme : "C’est la meilleure scène d’Europe ! L’éclairage est magnifique, la dimension de l’estrade est importante, il y a moyen de faire de belles choses."

La conclusion de l’édition 2017 a d’ailleurs tenu toutes ses promesses. Des cosplayeurs de tous les pays d’Europe se sont succédé sous les acclamations de la foule. Au bout de deux heures de show, les critiques sont toutes positives. "On en a pris plein les yeux", s’exclame Caroline, déguisée en personnage du jeu "Endless Legend", et qui a déjà eu la chance de monter sur des petites scènes de démonstration lors de conventions. Même son de cloche du côté de Matthieu, qui assistait à la finale pour la première fois : "J’ai trouvé ça sublime, autant les costumes que la mise en scène. Le niveau est très élevé, certains ont vraiment fait un travail magnifique." 

Pour certains, l’émotion de voir leur passion encore confidentielle il y a quelques années fédérer des foules entières est intense. Sous son costume de Norbert Dragonneau, Justine se lâche : "On a eu des frissons, on a crié, on a presque pleuré, c’était vraiment génial. La finale de l’ECG, c’est vraiment un niveau de qualité énorme." Des prestations qui créeront sans doute de nouvelles vocations. 

Esthétique - Maquillage Culture générale

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