À poil ! Ces études où vous devrez vous déshabiller

Virginie Bertereau  |  Publié le

Esthétique, kinésithérapie... Dans certaines filières, vous n’aurez pas le choix : au moment de passer de la théorie à la pratique, il faudra vous mettre à nu (ou tout du moins en sous-vêtements) devant votre promo. Si les premières fois peuvent se révéler gênantes, le temps dissipe peu à peu les malaises. Témoignages d'étudiants passés par là.

À poil ! Ces études où vous devrez vous déshabiller
Complexes et pudeur sont laissés au vestiaire avant les cours ! // © PlainPicture

Moiteur tropicale dans la salle de TP de l'IFMK (Institut de formation en masso-kinésithérapie) de Rouen. "Il vaut mieux qu'il fasse chaud : on est tout le temps à poil !", lance Marie, une K1 (étudiante en première année). Le cours de morpho-palpation du jour porte sur la cheville et le pied. Onze étudiants – huit filles et trois garçons, une proportion représentative de la promotion – ont pris possession d'une salle remplie de tables de pratique recouvertes d'alèses blanches. Les garçons sont en boxer, les filles en culotte ou en minishort. Pieds nus ou en chaussettes, ils regardent la démonstration de leur professeur sur leur camarade Chloé. Puis c'est à leur tour de manipuler, en binôme.

À moitié nus, les étudiants n'ont pourtant pas l'air mal à l'aise. "En début d'année, c'est un peu plus la panique. Certains essaient de se cacher…", admet Sylvie Mareuil, cadre formateur à l'IFMK. "On ne les brusque pas. Ce ne sont pas les étudiants que l'on va chercher en premier pour les démonstrations", assure Valérie Martel, référente des K1 et cadre formateur. "Mais avant d'entamer ces études, il faut savoir à quoi s'attendre : toucher, être touché, se déshabiller. Il faut être prêt à soigner ensuite un corps malade, âgé", avertit toutefois Sylvie Mareuil.


Caleçon ajusté, catastrophe évitée

Un mois après le début de la rentrée, l'évolution des mentalités est déjà… palpable. "Nous sommes des professionnels de santé qui massent des corps humains. On n'a pas de jugement de valeur à avoir sur les autres", confirment Chloé et Marie, 20 ans. Dans le groupe, beaucoup se souviennent néanmoins de leur "première fois". "En TP de palpation, on a commencé par le sacrum (un os du bassin). Pour une première prise de contact, cela a été efficace ! Au départ, on s'est regardé puis… plus rien. Il n'y a plus de gêne entre nous", assure Valentin. Son conseil aux garçons : "achetez des boxers".

Thomas, 18 ans, étudiant en première année à l'ISO (Institut supérieur d'ostéopathie) à Lognes, surapprouve. "Portez des caleçons bien ajustés à votre taille car on lève parfois la jambe." Vision d'horreur garantie ! "C'est arrivé à un étudiant. Lui ne s'en est pas aperçu, nous oui ! Mais on ne lui a rien dit pour éviter de le mettre mal à l'aise." Pour les filles, les shorts stretch de sport sont tout à fait appropriés.

La promo de Thomas compte 30 étudiants mais elle est divisée en deux pour les TP. Des groupes mixtes où l'on recense deux tiers de filles pour un tiers de garçons. "Selon les professeurs et la technique à apprendre, on enlève qu'une partie de nos vêtements. Quand on observe le corps dans sa globalité, on est qu'en sous-vêtements. Les premières fois, on est tous gênés. Puis, on ne s'intéresse plus "au bout de viande", mais à la technique. Ne vous posez pas de questions. C'est comme ça, et on en a pour cinq ans. Si vous commencez à penser, vous ne serez pas productifs dans les études puis dans le métier", recommande-t-il.

 

Aujourd'hui, on enlève le haut !

Même son de cloche dans les écoles de soins esthétiques. En bac pro, les étudiants découvrent les soins du visage mais aussi du corps. Ils apprennent à épiler et à prodiguer des soins relaxants, tonifiants, amincissants sur toutes les zones du corps… "Pendant les premiers cours, j'étais un peu timide. Je sortais de troisième, j'étais gênée par le regard des autres. On se regardait toutes discrètement. Le TP sur les soins du buste (pour lesquels il faut enlever son soutien-gorge) a vraiment été une étape ! On sait dès le début ce qui nous attend, mais on se bloque. C'est un vrai soulagement quand c'est fini !", se souvient Marine, 19 ans, diplômée du CAP et bac pro esthétique de l'EFCE (École française de coiffure et d'esthétique), aujourd'hui étudiante en BTS (brevet de technicien supérieur) MUC (management des unités commerciales). "Au début, on rigolait nerveusement. Les professeurs nous rassuraient. Esthéticienne, il fallait s'y faire, cela allait être notre métier", raconte de son côté Océane, 19 ans, diplômée du bac pro esthétique du lycée Montbareil de Guingamp (22), elle aussi étudiante en BTS MUC.

Trois ou quatre cours plus tard, l'absence de moqueries aidant, les liens se tissent et la gêne passe. "On se dit que tout le monde est fait pareil, qu'il ne faut pas s'arrêter à regarder les autres. Aujourd'hui, on s'entend bien, on se respecte, l'ambiance est plutôt conviviale", assure Claire, 19 ans, une camarade de Marine et d'Océane. Pour les épilations, Marine conseille de porter des sous-vêtements sportswear moins récents, qui ne risquent pas d'être abîmés. Pour les soins du corps, elle recommande des sous-vêtements "plus échancrés sur le haut des fesses et les cuisses". Claire et Océane délivrent de leur côté des conseils de bon sens : avoir une bonne hygiène, faire attention à soi. Et pas de panique : les étudiants en esthétique disposent de paréos ou de serviettes pour se couvrir pendant les TP.


Nu sous l'œil de 40 étudiants

Dernier cas de figure, un peu particulier : les cours de nu en école d'art. Margaux, 20 ans, étudiante en deuxième année à l'ECV (École de communication visuelle) Provence, en suit depuis le début de son cursus. "La première impression est assez choquante… Non pas parce que l'on a un corps nu devant nous, mais plutôt parce que le modèle pose devant 40 étudiants qui l'observent en détail. Notre œil n'est pas assez 'dévergondé' et habitué à voir quelqu'un de nu comme un art mais plutôt comme une personne 'à poil'. Enfin… tout dépend aussi du modèle face à nous. Pour la petite anecdote, on a eu à plusieurs reprises un modèle masculin d'une soixantaine d'années. Imaginez notre réaction quand, à 8h30, on émerge à peine de notre lit et qu'on se retrouve face à un modèle pareil !", témoigne-t-elle.

Par la suite, comme dans toutes les filières, le futur professionnel reprend le dessus. "Au bout d'un moment, on se dit qu'on est face à quelque chose de magnifique. On découvre chaque muscle avec les jeux d'ombres et de lumières dus aux projecteurs de la salle. On laisse parler notre créativité." Ses conseils : "ouvrir son esprit bien 'coincé', s'ouvrir à l'art et changer sa perception des choses."

Virginie Bertereau  |  Publié le

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