La pauvrophobie, qu'est-ce que c'est ?

"Tu pues, la douche est en option ?", "Laisse tomber, elle n’a pas d’argent pour nous accompagner en soirée"... Ces remarques stigmatisantes participent de la pauvrophobie. Un phénomène présent dès le collège. Témoignages.

Personne n'a le droit de vous maltraiter parce que vous vivez dans la précarité !
Les remarques discriminatoires prennent souvent plus d'importance au collège. // ©  plainpicture/Kaiser


"Le gars qui porte des baskets sans marque, ça ne donne pas envie de traîner avec lui. Même si tu sais que c'est mal, celui qui est catalogué "pauvre", direct, t'as moins envie d'aller lui parler", avoue Fatou, 17 ans. Ces propos vous choquent ? Et pourtant ce phénomène, qu'on appelle la "pauvrophobie", est ultra-courant dans toutes les sphères de la société, y compris à l'école. "L'un de nos sondages réalisé en 2014 révèle que 97 % des Français ont des préjugés sur la précarité", révèle Jean-Chistophe Sarrot*, journaliste pour l'ONG ATD Quart Monde.

Vous, vos potes, vos parents... ça concerne presque tout le monde : "Personne n'est à l'abri d'avoir, un jour, un comportement ou des paroles pauvrophobes", analyse le journaliste. En cause, notre système social qui, selon lui, "repose beaucoup sur l'opposition entre les classes sociales. Nous nous sentons en concurrence les uns avec les autres".

"Elle a droit à des aides et pas moi !"

Que cache cette stigmatisation envers ceux qui ont moins ? Jalousie, envie, mesquinerie... la différence gêne. "J'avais la rage quand une fille a eu une aide d'une association pour payer le voyage scolaire alors que mes parents ont dû tout payer. Résultat, je n'ai pas eu de cadeau d'anniversaire. Mais bon, c'est devenu une bonne pote depuis. En vrai, je trouve ça bien qu'elle soit aidée", se rattrape Fatou. 

De son côté au contraire, Théo, 16 ans, s'insurge contre la double peine infligée à certains de ses camarades : "Déjà, ils ne peuvent pas manger comme nous, ou s'acheter les même affaires, ou partir en voyage. Alors si en plus on les rejette ! C'est super injuste !"

Apparences trompeuses

Une solution adoptée par certaines victimes ? Tenter de se fondre dans la masse, histoire d'éviter de s'attirer les foudres des autres pour des raisons qui les dépassent. 

"C'est surtout une question d'apparences je pense. Mon grand-père nous dit toujours qu'il a connu la misère quand il était petit mais sa mère faisait tout pour que cela ne se voie pas. Lui et ses frères étaient propres, coiffés et habillés avec des vêtements lavés et repassés. Ça ne se voyait pas qu'ils étaient fauchés", raconte Gian, 16 ans.

Halte au harcèlement

En primaire, au collège, au lycée ou dans l'enseignement supérieur, si la pauvrophobie existe à tous les âges, le collège est une phase particulièrement délicate. "C'est un moment charnière où les adolescents se construisent, à la fois avec les autres et contre les autres. Ils sont très sensibles aux regards de leurs pairs", rappelle Jean-Christophe Sarrot. 

Delphine, professeur de français au collège, confirme : "Un élève qui refuse soudainement de s'assoir à côté de sa voisine parce que, dit-il, elle pue ou elle vole. Un autre délaissé dans la cour, à la cantine ou dans ses activités en classe... les comportements discriminatoires interviennent dès la 6e". 

L'humour comme défense

Aussi blessantes soient-elles, certaines réflexions sont faites "pour rire". "À cet âge-là, on n'a pas toujours conscience de faire du mal. On pense être drôle, mais en réalité, nos mots blessent. Je me souviens d'un petit garçon, vivant probablement dans un logement peu ou mal chauffé, qui portait des vêtements qui sentaient l'humidité. Les autres enfants l'appelaient "M. Poubelle". Lui-même riait de ce surnom. Son humour l'aidait à supporter ces attaques", constate Jean-Christophe Sarrot. Une façon de réagir qui a sans doute rendu son quotidien moins douloureux. Mais dans de pareils cas il faut rester vigilant, le risque de dérive vers du harcèlement moral, voire physique, est réel

*Coauteur de l'ouvrage "En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté", 2016, éditions Quart Monde.

Vous vous sentez victime ? Réagissez, et faites vous aider

Sachez que les actes dont vous êtes victime tombent sous le coup de la loi du 24 juin 2016  qui vise à "lutter contre la discrimination à raison de la précarité sociale". Mais, loin des tribunaux, il existe des solutions pour vous défendre. D'abord, il est préférable de ne pas répondre aux humiliations ou aux brimades par la violence physique. Cela pourrait se retourner contre vous (riposte, punition au sein de l'établissement, attaques groupées, etc.). "Les élèves victimes ont souvent un réflexe de repli et de culpabilisation. Il faut, au contraire, qu'ils réussissent à s'ouvrir, à parler", constate Jean-Christophe Sarrot.

Alors où et à qui s'adresser ? Aux délégués de classe, au corps enseignant, aux élèves médiateurs, dont certains établissements sont dotés. Ils comprennent souvent mieux les conflits entre les élèves et écoutent les différentes parties pour essayer de trouver une solution. Les travailleurs sociaux peuvent aussi être de bons conseils. 

Le Fil Santé Jeunes,
via ses forum en ligne ou par téléphone (0 800 23 52 36, numéro gratuit et anonyme), peut vous aider à trouver des pistes pour vous en sortir.
Psychologie

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