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Les ambitions affichées de l'Université Paris-Saclay

Florian Dacheux
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Grand messe pour la première conférence de presse orchestrée par Sylvie Retailleau, présidente de la Comue Université Paris-Saclay, le 19 février 2019, en présence de tous les membres.
L'Université Paris-Saclay a un an devant elle avant sa naissance officielle, le 1er janvier 2020. // ©  Jacob.Khrist/ Université Paris-Saclay
Tous les membres directeurs du projet de l'Université Paris-Saclay avaient répondu présents à l'invitation de Sylvie Retailleau, la nouvelle présidente de la Comue, le 19 février 2019, afin de clarifier les projets en cours à quelques mois de la signature des statuts. Un baptême du feu qui a paru convaincant.

Dix ans après le lancement de l’Opération campus, au vu du nombre d’acteurs qui composent le puzzle, on aurait pu croire que le projet Paris-Saclay ne verrait jamais le jour. Pourtant, les dirigeants des établissements membres* de la future université avaient tous fait le déplacement, le 20 février 2019, pour valider sa mise sur orbite au 1er janvier 2020.

"Les statuts seront votés avant l’été ; ce qui pourra donner lieu à la publication du décret de création de l’université au mois de novembre", affirme Sylvie Retailleau, la présidente de la Comue Université Paris-Saclay. En phase expérimentale jusqu’à la fin de l’année, le projet Paris-Saclay compte se hisser parmi le top 20 mondial en se faisant un nom grâce à une recherche intensive, combinée à un cluster d’entreprises innovantes.

"C’est une opportunité unique, poursuit Sylvie Retailleau. Cette alliance représente près de 15 % de l’enseignement supérieur et de recherche public français. Nous souhaitons une université humaniste, omni-pluridisciplinaire, qui conduit à l’employabilité, avec une mutation rapide des écosystèmes sociaux et locaux."

Des filières simplifiées

Pour atteindre les cimes, la future Université Paris-Saclay entend répondre à sept défis sociétaux, dont la santé, l’environnement et la transformation numérique. "Notre volonté est de fédérer et solidariser des communautés scientifiques et pédagogiques", déclare Gilles Trystram, directeur général d’Agro ParisTech, dont le chantier du projet de regroupement avec l’Inra a démarré au début du mois de février 2019 à Palaiseau.

Après quatre années de mutualisation, huit schools, dix départements et un collège doctoral ont tenté de simplifier le paysage d’avant 2015 en matérialisant des macro-filières. Résultat : en 2018, 4.000 docteurs et 13.000 diplômés en 2018 sous la bannière Paris-Saclay.

À terme, trois pôles et 12 à 15 graduate schools se substitueront au dispositif expérimental commun antérieur. "Ce sera une très grande université avec un très large spectre disciplinaire, assure Alain Sarfati, président de l’université Paris-Sud. Nous devrons nous structurer pour mettre en visibilité nos diplômes, nos diplômés et nos actions de recherche et d’innovation".

Des doubles diplômes dès le premier cycle

Autre rénovation ? Dès le premier cycle, la future université proposera des filières sélectives et pluridisciplinaires, en particulier pour les cycles ingénieurs. En effet, Paris-Saclay souhaite créer des doubles diplômes correspondant aux standards internationaux.

Ce cursus sera sous l’égide de la nouvelle école universitaire de premier cycle Paris-Saclay, regroupant les licences générales, professionnelles, la licence de l'institut Villebon-Charpak, les formations paramédicales et les DUT.

Cette organisation est destinée à des étudiants prêts à s’engager dans des études longues, exigeantes et ouvertes à l’international. "Ces étudiants seront nos ambassadeurs, souligne Patrick Curmi, le président de l’université d’Évry. Dès le premier cycle, nous souhaitons que l’étudiant acquiert son autonomie dans un parcours, soit dans la professionnalisation à niveau bac + 3, soit en poursuite d’études en master."

Entre 15 et 20 doubles diplômes de premier cycle ouvriront progressivement à partir de 2020. Cette école accueillera les étudiants postbac selon les critères nationaux classiques via Parcoursup. Et innovera dans ses modalités pédagogiques par une formation par recherche avancée, un accompagnement personnalisé ou encore des mises en situation de projet.

Des cursus portés sur l’international

Pierre-Paul Zalio, président de l’ENS Paris-Saclay, y voit surtout une raison de contribuer à l’internationalisation des apprenants : "Pour s’inscrire dans le top 20 mondial, il faut une stratégie tournée vers les étudiants underground avec des licences attractives qui souhaitent se positionner sur un marché particulier. Et une attractivité pour les étudiants qui se projettent pour un master et un doctorat."

Depuis trois ans, Paris-Saclay prépare cette nouvelle étape dans l’internationalisation de ses formations en s’appuyant sur trois outils majeurs : le guichet accueil des talents étrangers créé à la rentrée dernière, le centre de langues mutualisé et d’interculturalité et le portail dédié ià l'nternational Welcome solution.

L’enjeu du territoire

Paris-Saclay compte bien s’appuyer sur l'expertise des poles d'activités implantés sur son territoire : les biotechnologies et la génétique avec le génopole d'Évry, le cluster médical et le site du CEA de Fontenay ou l'expertise des Yvelines sur les thématiques des transports et de la mobilité.

Depuis cinq ans, l’écosystème mis en place a notamment généré près de 100 start-up par an, dont 20 % sont spécialisées deeptech, et 158 projets ont été soutenus pour une enveloppe totale d’environ 10 millions d’euros dans le cadre des appel à projets pré-maturation Idex.

Une Silicon Valley à la française serait-elle en train d’émerger ? "La France a du mal à valoriser pleinement ses résultats dans la recherche sur le plan industriel, estime Romain Soubeyran, directeur général de CentraleSupélec. Notre volonté est d’intensifier les relations entre les équipes de laboratoires et celles des entreprises, et de soutenir l’entrepreneuriat."

L'accessibilité en question

Seul hic, et pas des moindres, le plateau de Saclay reste saturé au niveau des déplacements. Après de multiples reports et des mesures d’économies, la très attendue ligne 18 est entrée ce mois-ci dans une phase opérationnelle. Mais la livraison du premier tronçon n'interviendra qu'en 2026.

En attendant, l’État compte moderniser le RER B, réaménager la gare de Massy-Palaiseau ou encore créer une voie dédiée aux bus sur la N 118 entre Vélizy et le pont de Sèvres. "C’est un défi, admet Pierre-Paul Zalio. Notre enclavement est notre chance pour constituer un campus à la fois urbain et éloigné de Paris."

Alors que les étudiants sont dans la rue pour le climat depuis plusieurs semaines, les responsables promettent un fort intérêt de l'université sur ce sujet. Un plan vélo électrique sera prochainement adopté. "La dimension environnementale fait partie de nos préoccupations. Nous réfléchissons même à l'introduire dans nos enseignements, en lien avec des associations", glisse Sylvie Retailleau.

Des ressources humaines mutualisées

Bien que la mutualisation de services et des fonctions soit inscrite dans le projet avec l'écriture collégiale, chaque année, d'une lettre d'orientation budgétaire, aucune suppression de poste n'est à l'étude, comme le confirme Sylvie Retailleau : "Chaque membres du personnel restera rattaché à ses établissements avec une charte RH qui permettra d’avoir une homogénéité."

Pourtant, Romain Soubeyran admet que "cela suscite des inquiétudes", avant d'ajouter : "Dès que nous aurons stabiliser les textes et les statuts, nous aurons un travail de pédagogie à faire pour rassurer, mais l’adhésion est totale". "Il y a des questionnements sur la nature de l’emboîtement, confirme Pierre-Paul Zalio, mais pas de difficulté d’appropriation au projet, qui est une sorte d’évidence."

Selon le président de l'ENS Paris-Saclay, les angoisses se sont cristallisées autour du déménagement, mais celles-ci ont été apaisées avec "la mise en place d'un accompagnement personnalisé depuis cinq ans, avec une assemblée générale tous les mois sur le sujet." Idem du côté de l'université Paris-Sud : "Nous avons subi de gros changements ces dernières années, mais les mentalités ont avancé", constate Alain Sarfati.

Rendez-vous donc en août 2020 pour confirmer si Paris Saclay fera son entrée, comme elle l'affirme, dans le classement de Shangai dès l’année de sa création.


Florian Dacheux | Publié le

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