Martin Hirsch : «L’Institut du service civique permet de juger les parcours académiques à la lumière de l’engagement»

Propos recueillis par Olivier Monod, envoyé spécial à Bugeat (Corrèze)
Publié le
Envoyer cet article à un ami
À l’occasion du séminaire qui réunit la première promotion de l’Institut du service civique (ISC) du 21 au 28 juillet à Bugeat en Corrèze, Martin Hirsch, président de l’Agence du service civique, revient sur la manière dont ont été sélectionnés les 150 lauréats.

En avril 2012, vous publiiez dans EducPros un appel aux établissements d’enseignement supérieur pour qu’ils s’engagent à accueillir des jeunes issus de votre nouvel Institut du service civique. Aujourd’hui, vous comptez 18 partenaires. Quels ont été les arguments pour les convaincre ?

Les premiers établissements à nous rejoindre s’intéressaient déjà beaucoup au service civique. Ils me demandaient des interventions sur le sujet. D’autres écoles, comme l’EM Lyon et Centrale Lyon, cherchaient à s’ouvrir à de nouveaux publics et réfléchissaient à la manière de les sélectionner. Nos partenaires viennent chercher quelque chose chez nous. Ils sont volontaires et doivent trouver leur intérêt dans cette démarche. Suite à l’appel dans EducPros, nous avons pu mettre en place des partenariats avec l’INSA Toulouse, la classe préparatoire du lycée Guez-de-Balzac ou encore l’Institut régional de travail social de Montrouge.

Ces établissements sont très exigeants ; comment sélectionnent-ils les jeunes susceptibles d’intégrer leur formation ?

En prenant deux ou trois élèves de l’ISC, ces établissements prennent un risque, car ils sortent de leur procédure de recrutement habituelle stricte et sélective. La sélection existe toujours. Cependant, ils jugent le parcours académique de ces jeunes à la lumière de leur engagement et de leur service civique. Ainsi, des personnes qui n’auraient pas pu accéder à ces formations par les voies traditionnelles ont une chance d’y rentrer. Cette année, l’INSA de Toulouse a accepté un lauréat titulaire d’une licence professionnelle par exemple.


Cette année, l’ISC a reçu 750 dossiers, pour n’en retenir que 330 à l’oral puis 150 au final. Quels ont été vos critères de sélection ?

Nous avons instauré une procédure originale, mais fiable et sérieuse. Dans un premier temps, les candidats doivent nous fournir un dossier au format de leur choix [certains ont réalisé un site Web, d’autres une vidéos ou encore un simple dossier écrit, NDLR], mais répondant à une question majeure : que leur a apporté le service civique ? Ce dossier est lu par trois personnes, une du milieu associatif, une de l’enseignement supérieur et une issue de l’entreprise. Les heureux élus passent ensuite un oral devant trois nouvelles personnes. Les discussions tournent plus autour de la personnalité du candidat et de ce que peut apporter l’ISC à son projet.

Pourquoi avez-vous créé cet institut ? Quel a été l’élément déclencheur ?

«Le service civique met en évidence des décalages entre les aptitudes démontrées par les jeunes lors de leur engagement et leur parcours scolaire»

Lors des concertations de la jeunesse , en 2009, la reconnaissance des parcours associatifs par le milieu académique était un véritable leitmotiv. Il s’agit d’un vieux sujet dont on parle depuis longtemps en France. Voilà une occasion de le concrétiser.

Le service civique met en évidence des décalages entre les aptitudes démontrées par les jeunes lors de leur engagement et leur parcours scolaire. Ils se révèlent capables de prendre des risques, font preuve d’adaptation et de capacité de conceptualisation. Les établissements et les entreprises doivent le prendre en compte.

Que représente pour vous la visite de François Hollande au début du séminaire ?

C’est très important pour nous. François Hollande, lorsqu’il était président du conseil général de Corrèze, s’est impliqué aux côtés du service civique. Il s’était engagé à venir rendre visite aux lauréats de l’institut et il tient cet engagement. À une époque, les présidents de la Cinquième République rendaient visite aux élèves de l’École polytechnique. Aujourd’hui, le président vient à l’Institut du service civique, c’est un symbole fort.


Propos recueillis par Olivier Monod, envoyé spécial à Bugeat (Corrèze) | Publié le