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Les fondations universitaires capitalisent davantage sur les entreprises que sur leurs Alumni

Juliette Loiseau
Publié le
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Université Paris-Est Marne-la-Vallée - campus - © MESR-PictureTank
L'université Paris-Est Marne-la-Vallée envisage de créer sa propre fondation. // ©  © MESR-PictureTank
Créées à partir de 2007, dans un contexte de baisse des subventions, les fondations d’universités ont développé la collecte par mécénat. Une étude réalisée avec le soutien de la CPU et du réseau des fondations des universités, publiée début juin 2019, pointe de grandes disparités dans les fondations existantes ainsi que les axes de développement à envisager.

"Aujourd’hui, les universités qui n’ont pas de fondation ne vont pas tarder à en créer une, assure Sophie Rieunier, professeur d’université à Paris-Est Marne-la-Vallée et auteure du panorama du fundraising dans les fondations à l’université. Cette étude permet d’avoir des données chiffrées sur la manière dont se déroule la collecte de fonds via ces fondations."

Financer des projets annexes

Si l’université Paris Est Marne-la-Vallée n’est pas encore dotée d’une fondation, 52 universités françaises en possède actuellement une, soit les trois quarts d’entre elles. Elles fonctionnent avec un budget moyen de 300.000 euros par an, pour 603.000 euros collectés en moyenne par mécénat, malgré de grandes disparités s’expliquant notamment par l’ancienneté de la fondation et les moyens alloués par l’université. La très grande majorité de la collecte, à hauteur de 87 %, se fait auprès des entreprises, puis auprès des collectivités locales (7 %) et des particuliers (5 %).

"Les financements obtenus par les fondations ne bouleversent pas le budget des universités, mais ils permettent de financer des projets qui n’existeraient pas sans eux", détaille Sophie Rieunier. Et pour collecter, les projets doivent être très concrets. "Les principaux projets qu’ont permis les financements apportés par le mécénat sont des chaires de recherche, des bourses d’étude pour les étudiants et des bourses de mobilité à l’international", illustre Christel Beriot, directrice générale de la fondation à l’université de Cergy-Pontoise et créatrice du Réseau des fondations des universités, qui a participé à l’étude.

Définir une vision à 5 ans

Pour collecter des fonds, les universités doivent au préalable avoir mis au clair leur vision et leurs ambitions. "Il faut que l’université ait des arguments, puisse défendre ses valeurs et sache quoi demander", explique Christel Beriot. "La gouvernance doit se poser sur les missions, la vision et les valeurs de l’université, abonde Sophie Rieunier. Si les missions sont assez simples à définir, la vision et les valeurs obligent à se demander ce que l'on veut pour l'université dans 5 ans, et ce qu’elle va mettre en place pour aller voir les entreprises, les collectivités territoriales et les particuliers. La création d’une fondation nécessite également une implication sans réserve du président d’université."

Les fondations sont un véritable capital immatériel pour l’université. Elles permettent aux universités d’engager des partenariats, de développer leur rayonnement et de capitaliser sur un réseau d’anciens.
(C. Beriot)

Au-delà de la définition du projet, une fondation d’université mobilise des fonds et des personnes. Des ressources supplémentaires qui peuvent représenter un frein pour certaines institutions. "Toutes les universités n’ont pas le budget pour le faire, corrobore Christel Beriot. D’autant plus qu’il faut du temps avant de voir les effets et le retour sur investissement." L’étude montre ainsi clairement la corrélation entre le nombre de salariés dans une fondation et les sommes récoltées par mécénat.

Capitaliser sur les anciens

Autre constat du panorama : actuellement, seules 48 % des fondations collectent auprès de leurs Alumni. Une manne pourtant largement exploitée par les grandes écoles de commerce, qui ont toujours capitalisé sur leurs ex-étudiants, avec un bureau et des salariés qui leur sont dédiés, alors que les universités procèdent de façon assez artisanale, observe l’auteure du panorama. "Elles n’ont pas de fichiers des anciens et ne leur ont jamais parlé après leur sortie, alors qu’un ancien étudiant sur deux se dit attaché à son université. Pourtant, ils sont une richesse énorme pour l’image de l’université, mais aussi pour placer des apprentis, des étudiants à leur sortie, développer des contrats de recherche…"

Avec ce panorama, l’ambition est ainsi d’encourager les universités qui n’ont pas encore sauté le pas à se lancer dans la création d’une fondation. "Les fondations sont un véritable capital immatériel pour l’université. Elles permettent aux universités d’engager des partenariats auprès des entreprises, de développer leur rayonnement et de capitaliser sur un réseau d’anciens", conclut Christel Beriot. Après un démarrage avec 6 à 8 fondations par an, les créations continuent à un rythme plus lent de 2 à 4 chaque année.


Juliette Loiseau | Publié le

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