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Parcoursup : à l'université de Nantes, devant le refus de trier les dossiers, la présidence riposte

Laura Taillandier
Publié le - Mis à jour le
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Faculté de lettres université de Nantes
À l'université de Nantes, la faculté de lettres fait partie de celles qui refusent de trier les dossiers. // ©  université de Nantes
Devant le refus de plusieurs formations de classer les candidatures sur Parcoursup, l'université de Nantes a décidé de nommer de nouvelles commissions d'examen des vœux dans ces filières. Une décision qui suscite l'incompréhension des équipes pédagogiques.

Nommer de nouvelles commissions d'examen des vœux là où ça coince : c'est le choix de l'université de Nantes devant l'opposition à la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) de plusieurs composantes. Un désaccord qui se traduit, comme dans d'autres établissements, par le refus de mettre en place des commissions ou, lorsqu'elles ont été installées, par celui de procéder au tri des dossiers.

Une décision jugée "autoritaire"

"Cette décision a été prise par le président de l'université, Olivier Laboux, à l'issue d'un conseil des directeurs des composantes", rappelle Dominique Averty, le vice-président formation et vie universitaire de l'établissement. Et ce alors que plusieurs facultés nantaises sont bloquées de manière "illimitée" par des étudiants opposées à la réforme de l'entrée à l'université.

C'est le vice-président formation et vie universitaire qui présidera les nouvelles commissions une fois qu'elles seront installées. Plusieurs formations sont concernées par ce nouveau round de nomination : géographie, sociologie, droit et sciences politiques, sciences du langage, sciences de l’éducation, langues, littératures et civilisations étrangères et régionales, philosophie, ou encore lettres.

Lire aussi. Parcoursup : des enseignants-chercheurs se mobilisent contre la réforme

Une décision jugée "autoritaire" par le Snesup-FSU et qui suscite l'incompréhension de responsables pédagogiques, à l'instar de Dominique Peyrache-Leborgne, professeure de littérature comparée et présidente de la commission d'examen des vœux de lettres : "Je ne comprends pas cette logique. Nous avons été nommés pour cette tâche et c'est la position que nous avons souhaité adopter." Dans sa commission, la décision a été prise par "principe, pour que l'université conserve sa mission de service public et accueille l'ensemble des lycéens ayant postulé". Quand, dans d'autres, c'est davantage la charge de travail et les difficultés techniques de l'examen des dossiers qui interroge.

Le surbooking, "un risque trop grand"

Les responsables de ces commissions auraient souhaité que l'établissement adopte une position de principe, en répondant "oui" à tous les candidats sur Parcoursup comme à Bordeaux 3, Lyon 2 et Rouen. "Ces universités ont officiellement dit qu'elles ne procéderaient pas à des classements dans les filières qui ne sont pas en tension. Pourquoi pas Nantes ? " demande Dominique Peyrache-Leborgne.

On ne peut pas prédire quel sera le comportement des lycéens sur Parcoursup.
(D. Averty)

Un choix jugé trop risqué par l'université. "Nous n'avons pas d'autres choix. En droit, nous avons 3.931 candidats pour 660 places. Nous n'avons pas la possibilité d’accueillir l'ensemble de ces lycéens. Ce n'est pas raisonnable. Nantes est une ville attractive et les règles ont changé par rapport à APB. On ne peut pas prédire quel sera le comportement des lycéens sur Parcoursup", pointe le vice-président. Si l'établissement procédera, comme d'autres, à "du surbooking", ce sera à la marge. "On peut envisager par exemple d'appeler jusqu'à 1.000 candidats en droit", illustre-t-il.

Les présidents des commissions concernées attendent désormais des précisions sur la suite. "Je vais expliquer la méthode et la manière de faire", annonce Dominique Averty. Alors que certains établissements ont eu du mal à trouver des volontaires pour réunir ces commissions, le vice-président concède : "Tout ne va pas être simple, mais nous avons encore quelques semaines pour travailler dessus." Les universités ont jusqu'au 18 mai 2018 pour renseigner les résultats de l'examen des dossiers dans Parcoursup, avant que les réponses ne parviennent aux lycéens, à partir du 22 mai.

L’université renonce à la dissolution de ses commissions

Face aux réactions suscitées au sein de la communauté enseignante de son établissement par son annonce, le président de l’université de Nantes a décidé de revenir sur sa décision. Dans un message adressé à ses agents, en date du 18 avril, Olivier Laboux annonce que les commissions d’examen des vœux des formations qui ne sont pas considérées en tension pourront "accepter sans condition toutes les candidatures déposées sur Parcoursup". Cette position de principe, qui implique un "oui" pour tous les candidats, a d’ores et déjà été adoptée par d’autres établissements, à l’image de Bordeaux 3, Lyon 2 et Rouen.

Pour déterminer les filières qui ne sont pas en tension, le président fixe deux critères cumulatifs : un taux de pression (nombre de candidats/nombre de places) inférieur à cinq et un volume de candidats inférieur à 2.000. Les filières en tension feront quant à elles l’objet d’un classement. Et Olivier Laboux de préciser : si des composantes maintenaient un refus de participer au classement pour ces filières précises, il nommerait "des commissions afin de procéder à l’examen des vœux".


Laura Taillandier | Publié le - Mis à jour le

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Backlash.

10 000 étudiants français aux USA contre 2 millions en France, quelle fuite en effet...

Bruno.

Oui, les écoles se frottent les mains. Si les facs n'acceptent pas les bacheliers, où iront-ils? Dans les écoles effectivement. Ou alors à Pôle Emploi et c'est vrai qu'un chômeur coûte financièrement moins qu'un étudiant. N'est-ce pas? Mais socialement j'ai comme un doute... La gastronomie étant pour certains l'art d'accommoder les restes, je considère que l'université française - malgré toutes les réserves que j'y mets et certaines choses qui me mettent en colère - ne se débrouille pas trop mal pour accommoder ce "reste" que représente une communauté étudiante riche, diverse, débrouillarde, etc. Ce n'est peut-être pas politiquement correct de parler de "reste" et certainement outrecuidant de se référer à la haute gastronomie, mais je reste dans une gastronomie de tous les jours qui préfère donc le "reste" à ceux qui ne voient dans ce "reste" déjà qu'un déchet. Vous écrivez, il est vrai "tout venant". Mais bon...

Matif.

"ça" râle aussi contre la faiblesse du budget de la recherche : 18 milliards dont 6 donnés aux entreprises sous forme de crédit impôt recherche. Et oui, le niveau en lycée et devenu vraiment bas, même les étudiants s'en plaignent ! La recherche d'aujourd'hui, ce sont les emplois de demain.

Thibault Grégoire.

Ras-le-bol des enseignants-chercheurs et de leurs paradoxes. Ca râle contre la "sélection" à l'entrée, par contre c'est les premiers à latter les étudiants aux examens de fin de première année et à dénoncer des bacheliers dont le niveau ne cesserait de chuter.. Ca défend les valeurs d'ouverture de l'université à tous, par contre aucun problème pour sélectionner à la batte en IUT, en Licence pro, en master, en doctorat et, surtout, en fin de première année avec des taux d'échec très élevés. Et au passage, ça veut démocratiser l'enseignement sup' mais ça pousse surtout ses enfants en classe prépa et en grandes écoles parce que c'est tellement mieux quand même... Le militantisme de salon déconnecté des réalités sociales est décidément bien dans l'air du temps et s'arrange très bien d'un double discours élitiste.

Frida.

Les disciplines de branleurs cancérisées par les rouges

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