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À l'université de Bourgogne, 3.000 euros pour les bons pédagogues

Sophie Blitman
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Étudiants de l'université de Bourgogne en amphi
Étudiants de l'université de Bourgogne en amphi // ©  Service comm' uB

Organisation d'une "Semaine de la pédagogie" du 2 au 6 février 2015, remise de prix d'excellence en enseignement au printemps… L'université de Bourgogne met en place des actions concrètes pour valoriser la pédagogie et inciter les enseignants-chercheurs à repenser leurs pratiques, comme l'explique Stéphanie Grayot-Dirx, vice-présidente déléguée aux partenariats scolaires, à l’orientation et à la réussite en licence.

undefinedL'université de Bourgogne a placé cette semaine du 2 au 6 février 2015 sous le signe de la pédagogie. Quel est le but d'une telle opération ?

Lancée par le Cipe (Centre d'innovation pédagogique et d'évaluation), qui propose tout au long de l'année des formations sur la pédagogie universitaire, cette initiative s'inscrit dans le plan de formation de nos enseignants-chercheurs. La différence est qu'en consacrant, pour la première fois, une semaine entière à cette question, nous mettons l'accent sur la nécessité d'avoir une réflexion sur nos pratiques et nos méthodes.

Concrètement, une vingtaine d'enseignants-chercheurs suivent une formation intensive, animée par le Cipe et des intervenants de l'université Laval (Canada) avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration. Il était difficile d'étendre la formation à davantage de participants, d'une part car il s'agit de travaux en petits groupes, d'autre part car il n'est pas évident pour les collègues de se libérer une semaine. Néanmoins, le vendredi après-midi est ouvert à tous, à travers une réflexion sur la politique d'établissement que nous pourrions mettre en place pour favoriser l'investissement pédagogique, mais aussi sur les besoins concrets des enseignants-chercheurs en matière de formation.

Surtout l'objectif est d'essaimer, au-delà du noyau de collègues formés. Nous souhaitons que ceux-ci partagent leur expérience et incitent leur entourage à pousser la porte du Cipe pour participer à des formations.

Par ailleurs, si cette première édition est centrée sur les enseignants-chercheurs, nous allons réfléchir à des formations dédiées aux personnels travaillant sur l'orientation et l'insertion professionnelle, qui se sont montrés intéressés par cette démarche.

Comme les primes d'excellence scientifique valorisent les travaux de recherche, les prix d'excellence en enseignement récompensent l'action pédagogique à titre personnel.

Au-delà de l'aspect formation, l'université a instauré des "prix d'excellence en enseignement", qui reflètent la volonté politique de valoriser l'investissement pédagogique. Ces récompenses sont-elles le pendant des PEDR (primes d'encadrement doctoral et de recherche) ?

Effectivement, nous avons été interpellés au sein de l'université par des collègues qui ne se sentent pas reconnus dans leur investissement pédagogique. Nous avons examiné les pratiques des établissements étrangers, et avons adapté ce qui se fait notamment au Canada.

Comme les primes d'excellence scientifique valorisent les travaux de recherche, les prix d'excellence en enseignement récompensent l'action pédagogique à titre personnel : d'un montant de 3.000 euros, ils ne doivent pas servir à financer un projet, contrairement aux appels que nous pouvons lancer par ailleurs. Ils revêtent par ailleurs une dimension symbolique que n'ont pas les PEDR.

Les dossiers doivent être déposés d'ici à fin février, par un enseignant, une équipe pédagogique mais aussi par les collègues ou un groupe d'étudiants qui souhaitent présenter la candidature d'un enseignant. Alors que nous sommes de toutes parts abreuvés de documents administratifs, nous avons eu à cœur de mettre en place une procédure très simple, qui consiste à décrire une pratique pédagogique intéressante et innovante, qu'elle fasse appel ou non au numérique. Un à trois prix seront décernés le 7 avril par un jury, présidé par Mariane Frenay, professeur à l'université catholique de Louvain et titulaire de la chaire Unesco en pédagogie universitaire.

Quelles autres actions envisagez-vous de lancer dans votre université ?

Nous voulons développer des actions fondées sur l'échange de bonnes pratiques. Cela pourrait prendre la forme, peut-être au printemps, d'un café pédagogique à l'heure du déjeuner. Car si la pédagogie me paraît être aujourd'hui une véritable préoccupation des enseignants-chercheurs, ceux-ci sont beaucoup sollicités par l'enseignement, la recherche et les tâches administratives. Il n'est pas évident de dégager du temps pour se former.

Nous souhaitons aussi profiter du fait que nous allons renouveler notre contrat d'habilitation en 2017. Tout le monde réfléchit actuellement à la maquette de sa licence ou de son master. Nous allons saisir cette occasion pour repenser nos modalités pédagogiques dans les dix-huit mois qui viennent. Avec, toujours, l'objectif de porter le plus d'étudiants possible au plus haut niveau. Alors que l'université produit du savoir, l'enjeu, selon moi, est de définir comment transmettre au mieux ce savoir à la nouvelle génération.

La pédagogie également à l'honneur à Brest et à Poitiers
Autre établissement pionnier en termes de valorisation et d'échanges sur les pédagogies, l'UBO (université de Bretagne occidentale), dont la deuxième édition des Assises de la pédagogie s'est tenue les 28 et 29 janvier 2015. Étudiants, enseignants et personnels administratifs étaient conviés par le Siame (Service d'ingénierie, d'appui et de médiatisation pour l'enseignement ) à une "déambulation pédagogique" conçue autour de retours d'expérience et à un "pédacamp", formation collective sur le modèle des "barcamps". Parmi les thèmes évoqués : l'évaluation des étudiants, l'apport du numérique, la gestion des groupes mais aussi le savoir-être avec une intervention de l'Idefi (Initative d'excellence en formations innovantes) TalentCampus.

L'université de Poitiers a elle aussi organisé ses Assises, les 4 et 17 juin 2014. Une démarche qui s'inscrit dans le cadre de l'Idefi PaRé (Parcours réussite), et qui a donné lieu à l'ouverture, à la rentrée 2014 du Criip (Centre de ressources, d'ingénierie et d'initiatives pédagogiques).

Par ailleurs, au-delà de ces actions locales, le colloque QPES (Questions de pédagogie dans l'enseignement supérieur) se déroulera à Brest du 16 au 18 juin 2015.

Sophie Blitman | Publié le

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Etudiante UB.

Ce dispositif visant à récompenser la pédagogie des enseignants chercheurs est une très bonne initiative. Seulement, en tant qu'étudiante à l'Université de Bourgogne, je me suis interrogé sur les critères d'attribution de ce prix, qui me paraissent très discutables. Après m'être renseignée, j'ai découvert que ces critères sont : -l'internationalisation d'un enseignement -le rapprochement avec le monde socio-économique -le développement des usages du numérique Bien que ces critères remplissent correctement leur rôle pour le technocrate chargé de l'évaluation de la qualité d'un enseignement (en ce qu'ils sont plus facilement quantifiables, observables qu'un travail interactif avec les étudiants par exemple), ils ne répondent que très partiellement aux attentes et besoins des étudiants à mon sens. En effet, après en avoir discuté longuement avec d'autres étudiants, il semble qu'il aurait été la moindre de choses de mener une enquête préalable auprès des étudiants, pour sonder quels étaient, selon eux, les moyens d'améliorer la qualité des cours dispensés à l'Université. Les enseignants auraient pu également être pris en compte dans le cadre de cette enquête, notamment pour comprendre quelles sont les limites qu'ils rencontrent actuellement dans le cadre de leur travail et quelles sont les points qui pourraient être plus ou moins facilement améliorés. Il me semble quand même que ce travail préalable ne mange pas de pain, et n'aurait pas été très compliqué à mener. Ainsi, l'UB aurait pu se vanter d'un dispositif fondé sur un véritable travail de concertation, où les questions de qualité des enseignements et de pédagogie aurait pu être débattues. Du coup, et mon message se terminera ainsi, j'en viens à me demander si ce dispositif, dont la "symbolique forte" est revendiquée par l'Université, n'est pas plutôt une simple opération de comm' pour masquer une réalité qui pose des questions de fond : le manque de Professeurs dans certaines disciplines (qui fait que les étudiants qui souhaitent faire un doctorat doivent partir dans une autre Université pour l'encadrement de leur recherche), la conjoncture économique actuelle du marché du travail (on ne va quand même pas dire que c'est la faute des enseignants mauvais pédagogues si des étudiants ne trouvent pas de travail après un Master!) et la suppression de nombreuses formations (alors même que la fusion avec l'Université de Franche Comté a été présentée comme une aubaine pour les étudiants dijonnais qui verraient ainsi se multiplier les offres de formation!). J'affirme donc, et en tant qu'étudiante de l'UB, un avis très défavorable sur la mise en place de ce "nouveau" dispositif.

Tension A..

S'il est louable de récompenser ainsi la pédagogie, il y a des questions ouvertes : - 1 à 3 prix à l'échelle d'une université, ça fait moins de 1% de succès ? Une montée en puissance est-elle prévue, éventuellement au détriment de la PEDR ? - la pédagogie doit être "innovante". L'enseignant qui fait un enseignement de très bonne qualité, mais de manière classique dans la forme, inventant des exercices excellents, donnant beaucoup de temps d'interaction avec les étudiants, suivant les étudiants de très près en projets et mémoire, corrigeant soigneusement les examens, éventuellement en posant plusieurs pour avoir une forme de contrôle continu assurant un travail régulier - celui là a t-il sa chance par rapport à celui qui est "innovant" ? Autant je suis très partant pour l'innovation, autant il faut faire bien attention à valoriser les formes bien faites et classiques. - le titre de l'article "l'université de bourgogne 3000 euros pour les bons pédagogues" : le titre est très problématique, sauf à considérer que par définition, les 99% qui ne sont pas lauréats sont de mauvais pédagogues. Non, l'université de Bourgogne envoie un micro-signal, sympathique mais marginal. Risque que bien des enseignants le prennent comme de la com, même si (et je le crois) l'intention est sincère.

Enseignant-e uB 1.

je confirme à A.Tension que le risque pointé est une réalité. Signalée comme telle aux porteurs du dispositif.