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Les universités à la chasse aux joueurs de Pokémon

Paul Conge
Publié le
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Krabi, un pokémon, devant la faculté Paris 1
Krabi, un Pokémon à attraper place de la Sorbonne, devant Paris 1. // ©  Université Paris 1 Panthéon Sorbonne/Twitter
Si Najat Vallaud-Belkacem ne veut pas de Pokémon rares dans les collèges et les lycées, certaines universités s’inquiètent, elles aussi, des remous causés par le jeu mobile de l’été, basé sur la réalité augmentée. D'autres ont, au contraire, décidé de se prendre au jeu.

Des étudiants d'un nouveau genre vont arriver sur les campus : les Pokémon. À la rentrée, les établissements d'enseignement supérieur devront gérer la folie Pokémon Go, ses attroupements, ses chasses aux monstres virtuels virant parfois à la cohue.

des Phénomènes d'attroupement

À la sortie du jeu, en juillet 2016, des universités sont devenues des points d'intérêt sur la carte virtuelle. Une arène de combat a été ainsi implantée au cœur de l'université de Perpignan-Via-Domitia. "Les services de sécurité sont alertés sur le phénomène", rassure le service de communication de l'UPVD, qui n'a pas connaissance, pour l'instant, de mesures prises pour "gérer les attroupements" s'ils se manifestent. 

Le 25 août, les personnels de l'UFR de droit de l'université de Bretagne occidentale, à Brest, ont abordé le sujet lors d'une réunion de rentrée. Résultat ? Les désordres seront gérés "comme n'importe quel trouble, comme des perturbations des cours magistraux", explique, dans un tweet exaspéré, une maître de conférences en droit public. "Le phénomène existe en tant que source potentielle de perturbation, de ce fait il doit être appréhendé en tant que tel", nous explique cette professeure. "Si les CM [cours magistraux] sont perturbés cela peut entrainer des sanctions disciplinaires, idem en cas de comportements dangereux." 

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'enseignants jugent le débat superficiel.

des Intrusions de personnes extérieures

Le problème, c'est que Pokémon Go fonctionne de façon aléatoire. Et les irruptions de bêtes virtuelles dans le monde réel ne sont pas sans provoquer quelques difficultés. Sur un campus de l'International University de Floride, l'apparition d'un monstre rare a entraîné le déferlement d'une horde d'étudiants. Inquiet de l'arrivée de dresseurs importuns, l'ossuaire de Douaumont a obtenu d'être "déréférencé" du jeu via une demande expresse à Niantic Labs, l'éditeur du jeu. La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, veut faire de même, et demande à l'entreprise de jeu vidéo d'assurer qu'il n'y ait aucun Pokémon rare dans les établissements scolaires.

Mais d'autres périls sont pointés, qui concernent autant pour les lycées que pour les facs. Sur Rue89, le proviseur d'un lycée d'Angoulême raconte même comment il redoute "l'intrusion d'éléments extérieurs" dans son établissement, devenu un Pokéstop, un lieu où trouver des bêtes et se ravitailler. "Dans ce contexte sécuritaire, cela risque de créer des problèmes", confie-t-il.

UN campus mis en valeur

Interrogée à ce propos, l'université Paris 13 prévient : "Nous avons des filtres et des contrôles à l'entrée du campus" et assurer "ne pas s'inquiéter des attroupements, car nous avons un grand campus". Plutôt que de considérer le jeu du seul point de vue sécuritaire, l'administration de Paris 13 se résout d'ailleurs à en tirer parti. "Il y a une arène sur le campus de Villetaneuse, un Pokéstop sur celui de Bobigny. Nous nous servons de la chasse aux Pokémon pour faire découvrir le campus", mais aussi à redorer l'image "stigmatisée" d'une "université de banlieue". 

Première attraction, des Pokémon ont été disséminés sur le site de l'établissement, incitant les étudiants-internautes à en faire des captures d'écran. Deuxième idée, "Cette année, la visite du campus proposée par les archivistes inclut l'arène Pokémon. Elle est située sur une tour qui s'éclaire au solstice d'été, ça permet de visiter un lieu du 1 % artistique". Le reste est laissé à la discrétion de l'enseignant : "S'il ne veut pas de téléphone dans son cours, il peut l'interdire".

Il y a une arène à Villetaneuse, un Pokéstop à Bobigny. Nous nous servons de la chasse aux Pokémon pour mieux communiquer. (Le service de communication de Paris 13)

Le pari du déclin

Qui plus est, les universités s'appuient sur la diminution du nombre de joueurs quotidien, comme l'ont souligné plusieurs médias – tout en relativisant ce déclin. Misant sur cette baisse, l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne renonce à se mettre en branle. "Aucune mesure officielle n'a été prise pour le moment, considérant que, d'ici à la rentrée, le phénomène aura encore diminué", explique-t-elle. Pour l'heure, la communication de l'université à ce sujet se borne à quelques tweets. "Pour le moment, les seules actions entreprises devraient se limiter à cela", abonde le responsable des relations publiques. La légèreté, une bonne solution ? Réponse à la rentrée.


Paul Conge | Publié le

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