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Après l'échec de l'UBL, les universités de l'Ouest redessinent leurs alliances

Guillaume Mollaret
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Siège de l'Université Bretagne Loire, situé dans le bâtiment de la cité internationale Paul Ricœur à Rennes.
L’Université Bretagne-Loire emploie une centaine de personnes et gère 6 millions d’euros de budget. // ©  Université Bretagne Loire
Comue expérimentale, coopération territoriale, nouvel établissement, GIP... Les sept universités fondatrices de la Comue Université Bretagne-Loire vont refonder leur coopération sur de nouvelles bases, sans abandonner pour autant les actions communes réussies.

Son périmètre interrégional était immense. Son défi de fédérer sept universités, 19 écoles, 4 établissements de santé et 6 organismes de recherche dans un triangle Brest-Le Mans-Nantes en passant par Rennes, tout aussi gigantesque… La Comue UBL (Université Bretagne-Loire), comme bon nombre d’établissements publics du même genre, n’a pas su (pu) assurer l’ensemble des missions qu’elles s’étaient fixées.

Trop vaste, cette Comue a également joué de circonstances défavorables. "C'est la notion même de Comue qui pose problème. Globalement, cela n'a pas fonctionné à cause de l'imposition d'un contour géographique qui n'était pas basé sur le projet", regrette Jean Peeters, président de l’UBS (université Bretagne-Sud).

"Sur le plan politique, nos deux régions, Bretagne et Pays de la Loire, n’ont pas fusionné. On a sans doute été trop précurseurs", pointe Rachid El Guerjouma, président de Le Mans Université. "Sur certains aspects émergents, la Comue n’a pas eu le temps de faire ses preuves", déplore Christian Roblédo, président de l’université d’Angers.

Malgré un beau dossier, le jury ne voulait pas d’une organisation en réseau.
(O. Laboux)

De plus, la Comue a échoué dans sa conquête d'un Idex. "Malgré un beau dossier, le jury ne voulait pas d’une organisation en réseau", se souvient le président de l’Université de Nantes, Olivier Laboux. "Cet échec d’un projet commun au sein de l’UBL est notre échec à tous", insiste le président de l’université Rennes 2, Olivier David.

En décembre 2018, Pascal Olivard, président démissionnaire de l’UBL, avait ouvertement dénoncé le choix des six établissements rennais de quitter la Comue pour se recentrer sur une politique de site, sur leur territoire métropolitain.

Quid de l’UBL, qui emploie une centaine de personnes et gère 6 millions d’euros de budget ? Dans une lettre ouverte datée du 7 janvier 2019, les salariés se disent inquiets pour leur avenir, la plupart étant installés à Rennes. Olivier David se montre toutefois rassurant : "Chaque cas sera étudié en fonction des modalités de coopération qui seront, in fine, validées par le ministère." Celles-ci devraient s’articuler selon différents scénarios.

Un GIP pour les projets interrégionaux

Au-delà des nouvelles organisations territoriales rendues possibles par l’ordonnance ministérielle de décembre 2018, les présidents ont voté à l’unanimité la constitution d’un GIP (groupement d’intérêt public), qui doit encore être avalisé par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Cette nouvelle structure ne sera pas un énième établissement chapeau mais une structure de coordination, les universités souhaitant conserver les réussites de la Comue : la formation doctorale, les masters co-accrédités, l’entrepreneuriat étudiant et la Satt (Société d’accélération du transfert de technologie) créée dans le cadre des appels à projets des investissement d’avenir. Exit, en revanche, les questions liées à la recherche et à la vie étudiante.

Lire aussi : Une ordonnance au secours des Comue chancelantes

"Ce GIP nous permettrait de conserver notre philosophie de travail en commun tout en allégeant la structure, sans générer de confusion avec les politiques de site propres à chaque université", argumente Olivier Laboux.

Par ailleurs, les universités de l’Ouest comptent utiliser, chacune à leur façon, une des trois possibilités offertes par l’ordonnance de décembre : établissement expérimental, convention de coordination territoriale, Comue expérimentale.

Nouvel établissement ou Comue expérimentale ?

Seul établissement à avoir obtenu un Isite, l’université de Nantes, qui compte 37.000 étudiants, envisage la création d’un établissement expérimental regroupant l’École centrale de Nantes, le CHU et l’Inserm. Logique, dans la mesure où l’Isite a été obtenu sur les thématiques "santé du futur" et "usine du futur".

À Rennes, les universités Rennes 1 et Rennes 2, l’INSA, Sciences po, l’ENS, l’École nationale supérieure de chimie de Rennes et l’École des hautes études en santé publique hésitent encore entre une Comue expérimentale ou un nouvel établissement.

Nous travaillons avec le ministère sur la forme juridique la plus adaptée.
(O. David)

"Nous travaillons avec le ministère sur la forme juridique la plus adaptée, afin de conserver la personnalité morale et juridique de son établissement tout en ayant la possibilité de collaborer avec les autres établissements du supérieur de la métropole (Agro Campus, IMT, ndlr) qui n’ont pas rejoint le projet 'Unir'", détaille Olivier David.

Quant aux universités du Mans et d’Angers, elles ont décidé de faire le pari d’une Comue expérimentale. Un rapprochement qui pourrait permettre de pallier l’absence de pôle Staps à Angers et de filière médecine au Mans. "Nous souhaitons créer des composantes communes", explique Rachid El Guerjouma. D’autant que l’idée d’un rapprochement entre les deux établissements précède la création de l’UBL.

"Notre démarche est cohérente sur le plan du territoire et de la formation car nos deux sites sont relativement complémentaires", abonde son homologue angevin, Christian Roblédo. En outre, les deux universités développent le projet de création d’un IAE commun. Elles ont également déjà des laboratoires de recherche partagés. Si la fusion entre ces deux universités n’est pas encore à l’ordre du jour, le mot n’est pas tabou dans la bouche des deux présidents.

Le charme de la convention de coordination territoriale

En souplesse et d’une seule voix, l’UBS (université Bretagne-Sud), à Vannes et Lorient, et l’UBO (université Bretagne-Ouest), à Brest et Quimper, s’entendront sur la forme la plus flexible de partenariat proposée par l’ordonnance réformant les Comue. En adoptant une convention de coordination territoriale – comme les établissements de l'Université Languedoc-Roussillon), elles pourront notamment travailler sur des thématiques de recherches communes, en partenariat avec l’ENIB (École nationale d’ingénieurs de Brest).

"Nous avons déjà des laboratoires en commun avec l’UBO. Par ailleurs, nous développons des diplômes co-accrédités. Le régional revient en force", souligne Jean Peeters, qui n’hésite pas à comparer la future organisation au secteur automobile : "Certains feront le choix d’un modèle de type PSA où deux marques indépendantes (Peugeot et Citroën, ndlr) travaillent sous l’égide d’un même groupe. Nous faisons plutôt le choix de l'alliance, à l’instar de Renault et Nissan."


Guillaume Mollaret | Publié le

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