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Aux États-Unis, le débat sur l’armement des enseignants fait rage

Hélène Labriet-Gross
Publié le
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Aux États-Unis, le débat sur l’armement des enseignants fait rage
Plus d’un million de personnes ont manifesté le 24 mars pour demander une réglementation plus stricte sur les armes à feu. // ©  Jim WEST/REPORT DIGITAL-REA
La fusillade survenue le 14 février 2018 dans un lycée de Parkland, en Floride, a ravivé le débat sur le port d’armes à feu dans les établissements scolaires. Si, pour Donald Trump, les enseignants doivent être armés, de nombreuses voix en faveur d’une réglementation plus stricte s’élèvent, portées par des lycéens rescapés de la fusillade.

"Protégez les enfants, pas les armes !", "Vos enfants pourraient être les prochains", "Assez, c’est assez"… Brandissant des pancartes à bout de bras, plus d’un million de personnes ont manifesté le 24 mars dans les rues de centaines de villes américaines, pour demander une réglementation plus stricte sur les armes à feu.

À l’initiative de ce mouvement national, baptisé "March for our Lives" ("Marche pour nos vies"), un groupe de lycéens regroupé derrière #NeverAgain (plus jamais ça). Rescapés de la fusillade du 14 février 2018, qui a fait 17 morts au lycée de Parkland, en Floride, ils entendent changer les lois sur le port d’armes.

Une semaine après le massacre, Donald Trump recevait les familles des victimes à la Maison Blanche pour leur faire part de son projet : armer les enseignants, afin qu’ils puissent riposter en cas d’attaque à main armée.

Le port d’armes autorisé pour le personnel enseignant

L’argumentaire du président républicain est simple : il s’agit de dissuader les attaquants potentiels de toute intrusion, en fournissant des armes au personnel enseignant, qui serait formé à leur utilisation. Cette théorie est parfaitement alignée avec les convictions de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes qui a largement soutenu Donald Trump lors de la campagne présidentielle de 2016, et dont le président, Wayne LaPierre, déclarait au lendemain d’un autre massacre, celui de Sandy Hook, en 2012 : "La seule manière de stopper un méchant avec une arme est d’avoir un gentil avec une arme."

Certaines écoles, en particulier dans les milieux ruraux, n’ont pas attendu la fusillade de Parkland pour adopter cette stratégie. À Sidney, dans l’Ohio, les écoles sont équipées de pistolets Glock semi-automatiques, gardés dans des coffres sécurisés par reconnaissance biométrique. Des gilets pare-balles sont également mis à disposition du personnel.

Selon une enquête nationale menée par la Commission éducative fédérale, le personnel enseignant est légalement autorisé à porter une arme dans au moins dix États. En Floride, dans l’État même où s’était déroulé la fusillade de Parkland une semaine plus tôt, un budget de 67 millions de dollars a été voté pour former 37.000 enseignants à l’utilisation d’armes. Chaque enseignant qui se portera volontaire pour cette formation recevra un bonus de 500 dollars, mesure préconisée par Donald Trump pour rallier plus d’enseignants à cette cause.

La réglementation des armes, au programme des élections de mi-mandat

Premiers concernés par ces mesures, les enseignants n’ont pas été consultés par le gouvernement sur la question. Ils ont toutefois fait entendre leurs voix dans un sondage Gallup, réalisé auprès de 497 enseignants du primaire et du secondaire en mars 2018. Celui-ci révèle que 73 % d’entre eux sont contre l’armement du personnel enseignant dans les écoles. Sept enseignants sur dix pensent que cette mesure ne réduira pas les morts en cas de fusillade. Pire, 58 % estiment que cela rendrait les écoles plus dangereuses.

Lors de la manifestation du 24 mars, les enseignants ont tenu à soutenir les élèves et à faire entendre leur opinion sur le port d’armes. Sur les pancartes qu’ils avaient confectionnées, on pouvait lire : "Je suis un professeur, pas un tireur d’élite", "Armez les enseignants avec de l’amour et de meilleurs salaires". Le hashtag #ArmMeWith a été largement utilisé pour demander plus de livres, d’ordinateurs, de matériel scientifique par opposition à la nécessité de porter une arme.

Ces suggestions rejoignent les revendications des étudiants de Parkland à l’origine de la mobilisation nationale du 24 mars. Mais, au-delà de cette mobilisation, les jeunes militants ont clairement affiché leurs ambitions politiques : les élections de mi-mandat se tiendront en novembre et ils espèrent mettre la réglementation des armes à feu à l’ordre du jour. À plus long terme, ils incitent les jeunes qui seront en âge de voter aux présidentielles de 2020 à s’inscrire maintenant sur les listes électorales. La bataille ne fait que commencer.


Hélène Labriet-Gross | Publié le

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