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Brexit : le dilemme de Jo Johnson, ex-ministre des universités, et frère de Boris !

Etienne Gless
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Joseph "Jo"Johnson a démissionné de son poste de ministre des universités le 5 septembre dans le gouvernement de son frère Boris Johnson
Joseph "Jo"Johnson a démissionné de son poste de ministre des universités le 5 septembre dans le gouvernement de son frère Boris Johnson // ©  CreativeCommons ChrisMcAndrew
Quand le vœu pieu devient réalité... Plusieurs responsables d’universités britanniques auraient aimé voir Jo Johnson - en charge de l’enseignement supérieur au sein du cabinet de Boris Johnson - réitérer son opposition à un Brexit sans accord et démissionner en cas de no deal le 31 octobre. C'est ce qu'il vient d'annoncer le 5 septembre 2019 privilégiant "l'intérêt national à la loyauté familiale". Mais d’autres auraient préféré qu'il se maintienne à son poste pour protéger le milieu universitaire et améliorer les relations avec l’Union européenne.

Jo Johnson, ministre des universités – et frère de Boris – devait-il rester ou sortir du gouvernement ? Décision inédite dans l’histoire du Royaume-Uni, l’annonce le 28 août par Boris Johnson de la suspension du Parlement britannique pour cinq semaines, fait réagir vivement outre-Manche la communauté universitaire plaçant Joseph "Jo" Johnson dans une position délicate. La situation s'est dénouée le 5 septembre 2019 avec la décision du cadet de démissionner au nom de "l'intérêt national".

Dans la famille Johnson, Joseph – frère cadet de Boris – était devenu ministre d’Etat en charge des universités et de la science le 24 juillet dernier. Un poste qu’il avait déjà occupé dans le gouvernement de Theresa May entre 2015 et 2017 avant de prendre le poste de ministre des transports et de démissionner fin 2018.

Lors du référendum de 2016, Jo Johnson avait voté pour le "Remain" (maintien dans l’Union européenne) et répété par la suite son opposition à un Brexit sans accord, "qui infligerait des dégâts insupportables à notre nation" en militant pour l’organisation d’un nouveau référendum.

Rester et défendre la communauté universitaire ou démissionner et être cohérent ?

A son poste, le frère du Premier ministre était considéré comme un solide avocat de l’enseignement supérieur au sein du gouvernement par les milieux universitaires. Mais interrogés par le Times Higher Education, plusieurs vice-chanceliers d’universités se sont exprimés pour que Jo Johnson sorte de son silence et se prononce clairement sur la perspective de plus en plus probable d’un Brexit sans accord le 31 octobre. Il aura pris sa décision dès le 5 septembre en décidant de sortir du gouvernement.

Lire aussi : Brexit : les universités veulent peser dans les débats

"C’est le plus gros problème que nous ayons à affronter", estime ainsi Bill Rammell, vice-chancelier de l’université de Bedfordshire. "A moins que Jo Johnson ne pense que ces grandes gesticulations [de Boris Johnson] permettent d’aboutir à un accord et qu’il ne démissionne dans le cas contraire, il sera en totale contradiction avec son opposition au No deal".

D’autres vice-présidents d’universités estimaient au contraire que Jo Johnson aurait dû rester en poste pour défendre au sein du cabinet de Boris Johnson le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche. Colin Riordan, de l’université de Cardiff, jugeait par exemple qu’à son poste Jo Johnson "veut réellement améliorer la compréhension mutuelle avec l’Union européenne. Il est le plus influent, il comprend le secteur même si nous ne sommes pas d’accord sur tout".

Appels à des "democracy days"

Au Royaume-Uni, les universités sont dans leur ensemble – étudiants et enseignants – largement opposées à une sortie de l’Union européenne. Depuis le coup de force du premier ministre britannique le 28 août, plusieurs d'entre elles comptent donc lancer cet automne des appels à des meetings et des "democracy days" réunissant enseignants, étudiants et personnels en réponse à la suspension du Parlement.

Le coût d'un Brexit sans accord pour les universités et les étudiants
En cas de "No deal Brexit", le coût de l'exclusion des universités britanniques des programmes de recherches européens pourraient les priver d'un milliard de livres (1,1 milliard d'€) par an. Selon une étude conjointe d'août 2019 du think-tank britannique the Higher Education Policy Institute avec le cabinet de conseil London Economics et Kaplan, le Brexit pourrait aussi se traduire par une diminution pour les universités britanniques de 57% du nombre de nouveaux étudiants en provenance de l'Union européenne.


Etienne Gless | Publié le

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