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Brexit : les universités britanniques veulent peser sur les négociations

Cécile Peltier
Publié le
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Brexit : les universités britanniques veulent peser sur les négociations
Le Français Michel Barnier et le Britannique David Davis sont les deux négociateurs en chef pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. // ©  Wiktor Dabkowski/ZUMA-REA
Alors que les négociations du Brexit se sont ouvertes le 19 juin 2017 à Bruxelles, les universités britanniques ont rappelé à leur gouvernement l'importance de maintenir la participation du Royaume-Uni aux programmes européens de mobilité et de coopération en matière d'enseignement et de recherche.

Quel avenir pour les enseignants-chercheurs étrangers au Royaume-Uni, la mobilité étudiante en Europe ou encore la coopération en matière de recherche et d'innovation ? Depuis le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l'UE (Union européenne), le 23 juin 2016, les universités d'outre-Manche se demandent à quelle sauce elles vont bien pouvoir être mangées.

Alors que le premier round des négociations du Brexit, menées côté européen par Michel Barnier et côté britannique par David Davis, a débuté lundi 19 juin 2017 à Bruxelles, la tension est à son comble sur les campus.

Décidées à peser sur les discussions, les universités ont rappelé au gouvernement de Theresa May leurs exigences, dans une déclaration diffusée le 17 juin. Dame Julia Goodfellow, présidente de l'UUK (Universities UK) et vice-chancelière de l'université du Kent, insiste sur la nécessité de préserver l'ouverture internationale, centrale dans la réussite du modèle universitaire britannique, qu'elle décrit comme "parmi les plus performants au monde".

"À travers les négociations, le gouvernement […] doit veiller à ce que le Royaume-Uni puisse continuer d'accueillir, avec un minimum de barrières à l'entrée, les étudiants et membres du personnel universitaire européens de talent, a insisté la présidente de l'équivalent britannique de la CPU (Conférence des présidents d'université). Il doit aussi assurer un accès à des réseaux et des programmes de recherche collaboratifs européens précieux, ainsi qu'à Erasmus+ et aux autres programmes de mobilité."

Selon elle, "un secteur universitaire prospère, qui favorise la croissance économique locale et permet de tisser des relations à l'échelle mondiale, est la clé pour faire du Brexit un succès à long terme".

Régler le sort des ressortissants européens

La première des cinq demandes de l'UUK concerne le sort des 33.735 ressortissants européens qui enseignent dans les universités du Royaume-Uni. Ces derniers doivent pouvoir continuer à résider et à travailler dans le pays, avec leurs familles, tout en bénéficiant d'un accès aux services publics, détaille l'association.

L'autre gros sujet de préoccupation ? La recherche. L'UUK demande à son gouvernement de garantir la participation du Royaume-Uni au programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 – dont il est "l'un des principaux acteurs" – jusqu'à son terme, puis à celui qui devrait prendre le relais au 1er janvier 2021, FP9.

De même qu'il est indispensable, selon l'organisation, que le Royaume-Uni puisse continuer à bénéficier des actions Marie Sklodowska-Curie en faveur de la mobilité des enseignants-chercheurs, ainsi que d'Erasmus+.

Un secteur universitaire prospère, qui favorise la croissance économique locale et permet de tisser des relations à l'échelle mondiale, est la clé pour faire du Brexit un succès à long terme.
(J. Goodfellow)

Enfin, les universités britanniques insistent sur la nécessité pour le Royaume-Uni de conserver un système de reconnaissance et d'équivalence des diplômes et des qualifications professionnelles avec les pays de l'UE.

La CPU exprime son soutien… mais suivra le cadre

En quête de soutien, l'UUK a fait, en parallèle de sa déclaration, la tournée de ses homologues européennes. Parmi elles, la CPU, avec qui elle a signé le 20 juin une déclaration conjointe. Objectif : réaffirmer la volonté des deux associations de travailler ensemble, mais aussi de renforcer les échanges sous toutes leurs formes (enseignants, chercheurs, étudiants, administration), alors que le Royaume-Uni accueille chaque année 18.000 étudiants français, et la France près de 5.000 Britanniques.

Mais attention, ce texte est "une déclaration d'intention, pas une convention de partenariat", précise Jacques Comby, président de l'université Lyon 3 Jean-Moulin et à la tête de la commission des relations internationales et européennes de la CPU.

"Nous souhaitons continuer à travailler avec nos amis britanniques, mais, dans tous les cas, cela se fera dans le cadre qui nous le permettra, c'est-à-dire celui qui sera déterminé à l’issue des négociations du Brexit. Il est encore trop tôt pour parler avec eux de l'avenir d'Erasmus ou d’une participation du Royaume-Uni au futur programme cadre", poursuit le "Monsieur international" de la CPU.

"À ce jour, non seulement ce cadre n'est pas défini, mais on ne sait même pas qui va le discuter pour le Royaume-Uni : s'agira-t-il de Madame May ou d'un nouveau Premier ministre ? Aura-t-on un 'Brexit dur' ou 'plus doux' ? Les Britanniques vont-ils choisir de continuer à participer et à cotiser aux programmes d'enseignement supérieur et de recherche, et à quel niveau ? L'avenir nous le dira."

Des États associés

En effet, des dispositions permettent aujourd'hui à des États non membres de l'UE de participer à Horizon 2020, moyennant une contribution à son budget : 14 pays associés sont ainsi éligibles au même titre et selon les mêmes règles que les 28 membres de l'Union.

C'est le cas par exemple de la Suisse, de la Norvège, de la Turquie ou encore d'Israël. "Certains peuvent choisir de ne prendre part qu'à certains volets ; c'était le cas encore récemment de la Suisse avec l'ERC [Espace européen de la recherche]", précise Jacques Comby.

Les prochaines semaines s'annoncent donc déterminantes pour l'enseignement supérieur et la recherche tant britanniques qu'européens.


Cécile Peltier | Publié le

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