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Budget 2012 : deux universités en situation critique

Propos recueillis par Camille Stromboni
Publié le
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Olivier Sire + ??
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Les présidents d'université ont déjà poussé un cri d'alarme, début octobre 2011, sur leurs difficultés financières. Pour certaines universités, la situation est critique. Jean-Louis Gout, président de l'université de Pau et des pays de l'Adour, et Olivier Sire, président de l'université de Bretagne-Sud, ne sont pas certains de réussir à faire voter leurs budgets en équilibre d'ici décembre, hormis en gelant des postes et en fermant des formations. Ils s'expliquent sur EducPros.

Quelle est la situation budgétaire dans votre université ?

Olivier Sire : Il va être difficile de présenter un budget équilibré et sincère pour 2012. Il nous manque environ 1,1 millions d’€. Cela supposerait, au minimum, de geler une vingtaine de postes, soit deux ou trois par composante.

Avec pour conséquence des fermetures de formations et des missions que nous ne pourrons plus remplir. Le Conseil d’administration pourrait d’ailleurs refuser de voter un tel budget. Mais je n’imagine pas un seul instant que l’État ne nous entende pas ! Une réunion vient d’être fixée fin novembre avec le directeur des affaires financières du ministère [Frédéric Guin].

Jean-Louis Gout : Je ne vois pas comment je pourrais faire voter mon budget. Il faudrait geler une dizaine de postes ! Même si les 14,5 millions d’€ de GVT annoncés par le ministère sont une réponse positive , cela ne résout pas le problème. Il nous manque 2 millions d’€.

Cette somme peut paraitre faible, par rapport à notre budget global [105 millions], mais nous avons très peu de marges de manœuvre. En effet, il existe un ensemble de données budgétaires qui ne bougent pas. Nous sommes réduits à jouer sur la masse salariale. Sans parler d’ailleurs de l’arrêté licence : si l’on souhaite l’appliquer, notamment avec le socle de 1500 heures de formation, cela devient juste inouï !

L’ensemble des présidents rencontrent des difficultés budgétaires. Pourquoi votre université est-elle si fortement touchée ?

span style="font-weight: bold;">JEAN-LOUIS-GOUT-président-université-de-PauOlivier Sire : À l’UBS (université de Bretagne-Sud), nous étions déjà sur la corde raide, avec un déficit de 144 postes. Si le modèle de dotation avait été appliqué, nous aurions dû avoir 400.000€ de plus dans notre budget 2011, par exemple.

Trois quarts de nos laboratoires sont notés A et A+, nos effectifs étudiants sont en hausse, nous accueillons plus de 40 % de boursiers : nous ne cessons de monter en performance, de jouer notre rôle d’ascenseur social, mais cette efficience n’est pas totalement accompagnée.

Jean-Louis Gout : Les petites universités comme la mienne sont historiquement sous-dotées. Notre dernier budget était déjà serré l’an dernier :  nous avions dû geler deux postes.

Nous sommes aussi plus à l’écart des investissements en cours dans les universités, via l’Opération Campus par exemple – où nous n’avons rien – ou le Grand Emprunt. Mais même les grandes universités ont des difficultés sur la masse salariale.

La gestion de l’université n’est-elle pas en partie en cause ?

Olivier Sire : Les difficultés rencontrées viennent d’un calcul serré de notre socle de départ et d’augmentations mécaniques de la masse salariale sur lesquelles nous n’avons pas de prise : ancienneté que prennent nos collègues, rattrapages de carrière décidés au niveau national, cotisations nouvelles que l’État ne payait pas mais impose aux établissements…

"Faire des économies est une chose, mais si nous devons perdre 20 postes par an, ce n’est pas possible !"

Dès mars 2011, nous avons alerté du risque de dépassement de la masse salariale. Nous avons gelé des postes de personnels administratifs, différé certains recrutements de maîtres de conférence, ou remplacé ces recrutements par l’embauche de contractuels.

Le dépassement va donc être plus faible que prévu, mais nous arrivons au bout de l’exercice. Nous allons être obligés de puiser dans nos ressources propres pour payer nos personnels titulaires…Faire des économies est une chose, mais si nous devons perdre 20 postes par an, ce n’est pas possible !

"Ce n'est absolument pas un problème de mauvaise gestion de notre part, mais une dérive dans le transfert des charges"

Jean-Louis Gout : Laurent Wauquiez a fait allusion à la responsabilité des présidents d’université dans ces difficultés budgétaires [en évoquant les "efforts de gestion" nécessaires ], alors que ce n'est absolument pas un problème de mauvaise gestion de notre part mais une dérive dans le transfert des charges aux universités, sans que les moyens ne suivent.

Il faut réajuster notre masse salariale à la hausse : elle a progressé avec les promotions des enseignants-chercheurs, qui dépendent pour moitié du CNU, avec les augmentations de primes décidées par l’Etat, par exemple récemment pour certains personnels Biatoss, ou encore avec l’augmentation des cotisations employeurs pour les transports. L’autonomie a enfin donné lieu à un transfert de compétences pour lesquels nous sommes obligés de recruter des personnels.

Université Bretagne-Sud

Budget consolidé 2012 : 67 millions d’€
Dont masse salariale des titulaires : 42 millions d’€
Ce qui manque : 1,1 millions d’€

Université de Pau et des pays de l'Adour

Budget consolidé 2012 : 105 millions d’€
Dont masse salariale des titulaires : 65 millions d’€
Ce qui manque : 2 millions d’€

Lire aussi

La biographie d'Olivier Sire , président de l'université de Bretagne-Sud
La biographie de Jean-Louis Gout , président de l'université de Pau et des pays de l'Adour.

La lettre de la CPU sur le budget (octobre 2011)

Le billet de Pierre Dubois, blogueur EducPros, qui liste les différentes manières de "rogner" les dépenses d'une université : Rogner, sabrer des dépenses

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