Newsletter

Comment la globalisation bouleverse l’université


Publié le
Envoyer cet article à un ami
La Bibliothèque de l'Arsenal de l'université Toulouse 1
Dans cette université globale, le savoir est de plus en plus échangé en tant que marchandise, soulignent les auteurs. // ©  JPGPhotos / UT1 Capitole
Sur le site de "The Conversation France", Hugo Harari-Kermadec, maître de conférences en économie de l'éducation à l’École normale supérieure Paris-Saclay – Université Paris-Saclay, Léonard Moulin, chargé de recherche en sciences sociales à l’Institut national d'études démographiques, et Leila Frouillou, maître de conférences en sociologie à l'université Paris-Nanterre, interrogent les stratégies de globalisation économique mises en place depuis deux décennies à l’université.

L’enseignement supérieur a toujours revêtu une dimension internationale. Cependant, un nouveau pas semble avoir été franchi à la fin des années 1990. Outre l’accroissement des mobilités étudiantes, une carte globale de l’université émerge, avec de nouveaux acteurs, publics comme privés, alors que les systèmes nationaux subissent des processus de polarisation et de hiérarchisation.

En France, cette globalisation de l’enseignement supérieur est d’abord européenne et a commencé avec le processus de Bologne, lancé en 1998, ayant pour but de faire de l’espace européen de l’enseignement supérieur, un système "d’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde". C’est donc d’une globalisation économique qu’il s’agit, dont un des aspects les plus visibles est la hausse et la financiarisation des frais d’inscription.

Le développement de la dimension européenne et l’internationalisation de l’enseignement supérieur français constituent l’un des axes stratégiques du rapport de la Stranes (Stratégie nationale de l’enseignement supérieur, 2015). Néanmoins, on constate que les stratégies mises en place, ainsi que les effets qu’elles produisent, sont rarement questionnées.

Une concurrence accrue entre établissements

La globalisation de l’enseignement supérieur conduit en effet à une concurrence accrue entre établissements et à une participation toujours plus grande des acteurs privés, qu’il s’agisse du financement du système (par les familles) ou de la poursuite de la massification de l’accès au supérieur, aujourd’hui largement pris en charge par les établissements privés […].

Dans cette perspective, les thèses du New Public Management se diffusent progressivement au nom de l’efficience supposée des mécanismes de marché […]. Le développement de la sélection et celui des frais d’inscription accompagnent le présupposé selon lequel chaque étudiant est avant tout l’entrepreneur de son devenir professionnel, investisseur dans son capital humain individuel […] mû par sa seule volonté de vouloir percevoir un salaire plus élevé demain […].

Le développement de la sélection et celui des frais d’inscription accompagnent le présupposé selon lequel chaque étudiant est avant tout l’entrepreneur de son devenir professionnel.

Des conséquences stratégiques lourdes

Dans le même temps, la concurrence induit une évolution des stratégies d’acteurs et une stratification de l’offre éducative. En France, cela se traduit notamment par une autonomie croissante des universités […] et une diversification des diplômes (loi ORE de 2018).

Cette mise en marché de l’enseignement supérieur est visible non seulement à travers le développement de la sélection, des frais d’inscription, de la concurrence entre établissements et l’accroissement des moyens et acteurs privés, mais aussi à travers l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Ce dernier élément se matérialise par l’essor de stratégies visant à attirer les bons étudiants étrangers ainsi que le développement d’activités d’enseignement à l’étranger.

Un marché mondial de la connaissance

Toutes ces transformations, combinées aux tendances contemporaines du capitalisme, ont conduit à l’émergence d’un marché global de l’enseignement supérieur et de la connaissance : augmentation des frais de scolarité […], augmentation vertigineuse de la dette des étudiants […], nouvelle gestion publique du corps professoral et des critères quantitatifs d’évaluation […], des appels à la concurrence pour les subventions […] ne sont que quelques-uns des changements qui diluent les frontières entre le monde universitaire et le monde marchand.

Même si ces changements ne se traduisent pas directement par la privatisation des universités, dans cette université globale, le savoir est de plus en plus échangé en tant que marchandise […]. La constitution d’un marché de l’enseignement […] n’est pas sans poser un certain nombre de questions. Parmi celles-ci, il y a la question des publics et des établissements qui prennent part à cette évolution de l’enseignement supérieur.

Un des potentiels effets inégalitaires de la globalisation est qu’elle ne permet de mobilités que pour certains étudiants, malgré les politiques mises en œuvre dans quelques pays. De la même manière, quels sont les effets sur la structuration nationale des systèmes d’enseignement supérieur de l’insertion dans la globalisation de certains établissements ?

Lire la suite

 // © The Conversation
// © The Conversation

| Publié le

Vos commentaires (1)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
mal_pensant.

La globalisation du sup, c'est probablement un trompe-l'oeil. Il n'est qu'à considérer la multiplication en régions des campus et antennes d'écoles et d'universités, publiques et privées, pour se rapprocher de leurs candidats potentiels. La vraie tendance de fond, du moins en France, c'est au contraire un localisme de plus en plus fort !