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Vers un modèle universitaire plus démocratique ?

Éléonore de Vaumas
Publié le
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Campus de l'université de Nanterre
L'université de Nanterre a lancé une grande consultation fin 2018 auprès de sa communauté à travers laquelle elle sonde ses usagers sur la vie du campus. // ©  Communication Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Les conséquences du grand débat national ont essaimé jusque dans les universités qui, depuis quelques mois, multiplient les dispositifs collaboratifs pour donner voix au chapitre à leur communauté et la sonder sur ses attentes. Certains établissements, comme Nanterre ou Rennes, vont même jusqu'à intégrer des propositions à leurs axes stratégiques, tout en gardant la main sur la plupart des sujets.

Une plate-forme participative pour désamorcer les tensions : c’est l’idée qu’a eue la direction de l’université de Paris-Nanterre après les événements perturbés du printemps de l'an dernier. "Le but était de recueillir un maximum d’avis de la communauté sur toute une série de questions touchant à l’université, et d’inscrire les plus populaires à notre projet stratégique 2020–2024", indique Jean-François Balaudé, président de l’établissement. La consultation, ouverte du 11 juillet au 21 septembre 2018, a ainsi permis de recueillir 575 contributions, avec près de 3.000 votes. Après avoir été passées au crible par un comité constitué d’élus des trois catégories (étudiants, enseignants-chercheurs, BIATSS), 183 propositions ont été finalement retenues et intégrées dans les axes stratégiques.

Une démarche participative et consultative dont se sont également emparés les sept chefs d’établissement membres de la future Unir (université de Rennes) via la mise en place d’une plate-forme participative dès le mois de novembre 2018, enjoignant les 60.000 étudiants et personnels des établissements à s’exprimer sur le projet de regroupement. "Nous voulions avoir leur avis sur les actions proposées car c’est pour eux que nous travaillons. C’est important que les principaux usagers puissent devenir acteurs de l’université", explique Marion Ageneau, directrice générale des services à l’ENSCR (École nationale supérieure de chimie de Rennes). Un souhait qui a rencontré un écho favorable de la part de la communauté universitaire rennaise, puisqu’au terme de quatre semaines de consultation participative, plus de 13.000 contributions ont été recensées et 227 propositions émises.

Faire émerger de nouvelles attentes

Aider la communauté à se réapproprier l’université en donnant une voix à chacun. Ce mouvement global en faveur d’une plus grande démocratie universitaire gagne progressivement du terrain en France. "Ce genre de démarche permet de casser cette idée que tout vient d’en haut", se réjouit le président de l’université Paris-Nanterre. Un avis largement partagé par Marie Mazenot : "L’expérience universitaire ne se limite pas uniquement aux enseignements qui y sont dispensés. Notre volonté est de faire de l’étudiant un acteur de l’université et non un simple usager”, appelle de ses vœux la vice-présidente étudiant de l’UGA (université Grenoble-Alpes). À l’instar de Tours, Rennes, Nanterre et Toulon, l'université de Grenoble a ainsi lancé en septembre dernier son premier BPE (budget participatif étudiant). "C’était l’opportunité de sonder les étudiants à tous les niveaux de formation, notamment ceux qui ne sont inscrits dans aucune association, sur les décisions qui les concernent directement", ajoute la VPE.

C’est important que les principaux usagers puissent devenir acteurs de l’université.
(M. Ageneau)

Équiper les espaces communs d’un micro-ondes, installer un distributeur de tampons hygiéniques ou encore un bac à compost sur le campus… l’enveloppe, d’un montant de 37.000 euros, a ainsi permis à 11 projets, sur les 30 proposés, d’émerger autour de la vie étudiante sur les campus. "Nous avons été surpris par le nombre de projets en lien avec les préoccupations environnementales car ce ne sont pas des éléments qui remontent au quotidien", se souvient Marc Gandit, enseignant-chercheur et chargé de mission vie étudiante à la VPF (vice-présidence formation) de l'UGA.

Surpris, Jean-François Balaudé l’a aussi été à la lecture de certaines propositions : "Si nous nous attendions à voir ressurgir la demande d’améliorer l’offre de restauration sur le campus, qui est récurrente ces dernières années, nous ne pensions pas que la communauté avait autant d'attentes quant à l'idée de faire de la remise des diplômes un rendez-vous annuel ou au souhait que les professeurs d’université interviennent en première année", illustre le président de l’université francilienne.

Une démarche systématique ?

Quant à la possibilité de généraliser cette démarche participative à tous les choix à opérer au niveau de l’université, il n’en est visiblement pas encore question. "Même si je suis convaincu de l’importance de conforter ce type de dispositifs pour l’avenir et de manière durable, nous n’allons pas le faire systématiquement sur tous les sujets. Par contre, sur des enjeux de vie de campus, environnementaux ou encore de responsabilité sociétale, je suis très intéressé de voir ce que nous allons continuer à faire", poursuit le numéro 1 de la faculté nanterroise.

Du côté de l’Unir, on parle aussi de prolonger l’expérience pour favoriser toujours plus de démocratie au sein de la communauté universitaire. Après plusieurs mois consacrés à la conception, au lancement et au travail d’analyse des propositions de la plate-forme de consultation, l’Unir veut ouvrir son dispositif collaboratif à d’autres établissements et projette de refaire une consultation sur la question de la mobilité interne des personnels sur le périmètre Unir. "Il y a un réel besoin de s’exprimer, observe Marion Ageneau à Rennes. On peut facilement imaginer la réutiliser pour enclencher de nouvelles actions. Et la parole qui est donnée à la communauté fait sens.”

À l’université de Lyon, la plate-forme de crowdfunding désertée
L’idée tenait pourtant du génie. Mais après trois ans d’existence, la plate-forme de financement participatif, Fund by U, imaginée pour les établissements de la Comue de Lyon pour soutenir des projets étudiants, a dû fermer boutique, faute de projets pour l’alimenter. "Difficile de buter contre des Kisskissbankbank ou Ulule qui ont des moyens de communication très importants. C’est un milieu extrêmement concurrentiel et la plate-forme n’a pas réussi à trouver sa cible. Les étudiants sont compliqués à capter", analyse Sophie Rérole, directrice mécénat à la Fondation pour l’université de Lyon.
Mise en place en 2015, à l’origine pour des projets de recherche, la plate-forme s’est peu à peu transformée au service des associations étudiantes de la Comue. "Nous avons eu de très beaux projets, comme l’édition d’un livre pour les 70 ans de Sciences po Lyon, mais cela n’a pas suffi à maintenir le dispositif à flot", justifie-t-elle. Un échec imputable en grande partie, selon elle, à un manque d’image et de notoriété. "Certains établissements ont joué le jeu et ont relayé le projet, mais, pour les autres, ce n’était pas forcément un sujet prioritaire."


Éléonore de Vaumas | Publié le

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