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Doctorat : un projet d'arrêté qui ne passe pas

Propos recueillis par Olivier Monod
Publié le
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Remise des diplômes de doctorat de l'université Bordeaux Montaigne
Remise des diplômes de doctorat de l'université Bordeaux Montaigne // ©  Université Bordeaux Montaigne

Un nouvel arrêté pour encadrer le doctorat est en préparation. Après la fuite du texte début avril 2015 et les premières réactions négatives qui ont suivi, le ministère a finalement décidé de prendre le temps de la concertation, reportant cette réforme à la rentrée 2016. Juliette Guérin, porte-parole de la Confédération des jeunes chercheurs, revient sur les risques d'un tel arrêté.

Comment avez-vous pris connaissance de ce projet d’arrêté sur le doctorat, qui a suscité d'importantes critiques ?

Nous en avons pris connaissance il y a quelques semaines par notre réseau de jeunes chercheurs ! Nous n’avions alors aucune nouvelle du ministère depuis notre audition sur le sujet en juillet dernier, alors que cet arrêté devait entrer en application à la rentrée 2015.

Au même moment, le texte a été diffusé par le collectif Papera et le ministère nous a de nouveau sollicités.

En quoi ce texte pose-t-il problème sur le fond ?

Il est incompatible avec la réalité d'un doctorat régi par un contrat de travail. Le vocabulaire est très estudiantin. Il porte la vision du doctorat comme étape de formation et non comme travail professionnel de recherche.

Ses objectifs sont intéressants : promouvoir le doctorat comme expérience professionnelle, confirmer la place d’excellence du doctorat aux niveaux national et international. Mais les déclinaisons techniques de ces objectifs ne sont pas à la hauteur. Le texte parle par exemple d'"insertion professionnelle" alors que le doctorat est une expérience professionnelle...

Nous voulons également alerter sur les mauvaises pratiques existantes et comment le futur arrêté pourrait les faciliter. L’année de césure qu'il propose pourrait être, par exemple, tout à fait utilisée par les doctorants, en accord avec leur directeur doctoral, pour réaliser une année de doctorat supplémentaire, non rémunérée.

Que préconisez-vous pour encadrer le doctorat ?

Nous avons été déçus, car le texte ne reprenait aucune de nos propositions. Nous sommes favorables à une ouverture des modalités d'obtention du doctorat, mais il faut que la partie recherche soit rémunérée et prise en compte.

Nous ne sommes ainsi pas opposés par principe à la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour valider un doctorat ou à la mise en place de doctorats à temps partiel. Mais il faut bien encadrer ces pratiques afin de préserver la qualité et l’unicité du doctorat.

On imagine très bien un directeur doctoral demander à son doctorant de trouver un travail alimentaire pour financer sa recherche et de faire valider ensuite cette expérience au titre de la VAE. Nous sommes contre tout doctorat réalisé dans de mauvaises conditions de travail et de financement.

Aller plus loin
- Le projet initial d'arrêté sur le doctorat du ministère (pdf)
- Le communiqué de la Confédération des jeunes chercheurs : "Réforme du doctorat : le Ministère promet, les jeunes chercheur-e-s proposent" (pdf)

Propos recueillis par Olivier Monod | Publié le

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Az-Eddine Bennani.

Considérer la préparation d'un doctorat comme une période de formation traduit la réalité. Nous sommes nombreux à avoir préparé et soutenu nos doctorat et HDR en parallèle avec nos activités professionnelles.

Vico.

Bonjour, Je suis assez sceptique sur le fait que le directeur de thèse ne participe pas aux délibérations. Je ne vois pas bien l'intérêt. Serait ce pour qu'il ne soit pas juge et partie, du genre conflit d'intérêt. Le juridisme à l'anglo-saxonne nous mène où.. ne vont pas les anglo-saxons d'ailleurs. Un directeur défend son étudiant. Il n'est pas là pour le faire échouer. Il sait choisir le jury qui convient. Qui voudrait encore être directeur de thèse dans de telles conditions!! déjà on fait ensuite passer le docteur devant le CNU pour qu'il soit qualifié. On multiplie les mesure de défiance, les comités bidules, les autorisations et maintenant on veut un doctorat où le directeur est absent. C'est assez surréaliste. On objectera: mais il y a des thèses nulles. Il y en a eu. Il y en aura. Ce n'est pas en pénalisant tout le monde qu'on fera monter le niveau. Les glandeurs et les faussaires sont en général super adaptatifs et ils sauront échapper aux chicanes. Ceux qui en souffriront seront ceux qui travaillent!!!

ONCLE SACHA.

QUE DE NAIVETES DANS CES REACTIONS/ Tout d'abord, Vis à vis du collectif jeune chercheur, la possibilité de valider un doctorat par VAE existe et est pratiquée depuis environ dix ans! Secundo ayant moi même l'intention d'effectuer cette démarche, je suis un peu lassé d'un certain "jeunisme" en vogue dans l'enseignement supérieur, un parcours à la barack obama étant inconcevable en France.... On fait de la recherche et l'age n'a pas grand chose à y voir même s'il est grand temps de sécuriser la situation matérielle des doctorants surtout dans les métropoles qui concentrent les moyens de recherche mais ou les surcouts de la vie quotidienne transforme la vie avec un salaire de demi ater en une expérience en mode survie.... Par ailleurs cher certialo, un ministére ne peut et ne doit pas légiférer mais exécuter une politique concçu par un gouvernement et voté par le parlement, même si parfois tout cela semble fonctionner plus confusément. Par contre tout a fait d'accord pour la mise en place d'un fonctionnement qui privilléggie le mode projet à celui de controle bureaucratique;

Baptiste.

Attention à l'amalgame que laisse entendre la CJC entre l'arrêté "formation doctoral", et le décret "contrat doctoral", ce sont 2 objets différents! La formation doctorale n'implique pas systématiquement un contrat de travail, car cela reste un cycle d'étude! Le texte proposé par le ministère n'est que la fusion des 3 arrêtés précédents, avec de très menues évolutions. Comment dire que ce texte "bouleverse" le doctorat, alors qu'in fine, ce sont les mêmes mesures qui s'appliquent? Les contrats doctoraux, quant à eux, sont restrictifs car souvent "offerts" avec le sujet de recherche. Ces contrats à temps plein donne lieu à ce double statut étudiant/salarié. Avant de réclamer que tous les doctorats soient financés/sous contrat, il faudrait peut-être voir à rétablir un équilibre entre les sciences "dures" et les secteurs DEG-LSH-SHS. Il pourra toujours rester des doctorants en formation initiale sans contrats, car il existe aussi les bourses, qui généralement ne peuvent être cumulées à une rémunération. De même, que des thèses menées en formation continue peuvent avoir tout leur intérêt selon l'objet, et ne requièrent pas non plus de contrat doctoral.

Certialo.

Encore une trouvaille bureaucratique pour empoisonner un peu plus la recherche et l'université. Ce ministere ne comprend pas ce qu'il fait, mais légifère quand même. On essaie tout et son contraire. Pour qui connait les grandes université américaines, c'est l'exact contre-pied des formations doctorales, de Berkeley, par exemple, qui l'organise en projets. L'unité de formation, c'est le projet de recherche, et pas un vague comité administratif, vaguement école et vaguement doctoral. On revait d'une vraie autonomie des universités, on a l'allemagne de l'est.

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