Fuite des cerveaux : la Chine durcit sa législation

De notre correspondante à Shanghai, Emilie Torgemen
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Fuite des cerveaux : la Chine durcit sa législation
Le gouvernement chinois vient d’adopter un texte restreignant la liberté des étudiants boursiers partis suivre un master ou un doctorat à l’étranger. Cette décision marque le raidissement de Pékin face à la fuite de ses cerveaux. Sur le million d’étudiants chinois partis à l’étranger entre 1978 et 2006, seuls 26 % sont rentrés au pays.

Après la carotte, le bâton. Les étudiants chinois boursiers qui suivent un master ou un doctorat à l’étranger sont tenus de « servir la patrie au moins deux ans » à leur retour. Un règlement publié conjointement en 2007 par les ministères de l’Éducation et des Finances les oblige à rentrer au pays à la fin de leur cursus sous peine de devoir rembourser leurs frais de scolarité et une amende à hauteur de 30 % du montant de leur bourse. La guerre des savoirs prend une nouvelle tournure à l’échelle internationale. Un enjeu politique et économique. Le texte systématise la sanction jusque-là négociée au cas par cas.

« Au départ de Chine, les étudiants signent un contrat – les parents sont bien souvent caution – qui prévoit les obligations à accomplir en cas de nonretour, système contractuel qui date de 1996 », commente Benoît Boiteau, responsable universitaire de l’ambassade de France à Pékin. Alors que la portée réelle de ce texte qui ne concerne que les boursiers (4 % des étudiants à l’étranger) est limitée, il a été largement relayé dans les journaux officiels.  

Rien d’étonnant si l’on rappelle que la Chine fait face à un important problème de fuite des cerveaux (1). Trois quarts des étudiants partis entre 1978 et 2006 ne sont jamais rentrés. Le retour des Haigui, tortues de mer, surnom donné aux Chinois ayant étudié et souvent travaillé à l’étranger avant de retraverser les mers pour rejoindre leur terre d’origine, est un enjeu capital. Particulièrement à un moment où les dirigeants prônent un « développement scientifique », c’est-à-dire basé sur une industrie à forte valeur ajoutée et plus uniquement sur une maind’oeuvre à faible coût.

25 000 Chinois ont choisi la France

Le pouvoir a jusqu’à présent plus communiqué sur les traitements de faveur accordés pour attirer les précieux talents formés à l’étranger : les Haigui bénéficient de parcs industriels dédiés, de forums d’emplois spécifiques... Des programmes comme Chunhui ou Changjiang distribuent des bourses aux experts les plus prometteurs, des dotations financières sont mêmes prévues pour les chercheurs qui ne rentrent que pour le temps d’une cession de cours ou de conférences. Les meilleurs talents ont droit à des faveurs comme l’admission préférentielle de leurs enfants dans les universités les plus prestigieuses.  

L’an passé, la Chine a envoyé 100 000 étudiants hors de ses frontières (2). « Avec la croissance économique chinoise, davantage de familles peuvent financer des études supérieures, or les capacités d’accueil du système universitaire chinois sont encore limitées, analyse Stéphane Vacca, responsable de Campus France en Chine. Les études à l’étranger sont considérées comme une nouvelle voie de sélection par les familles aisées qui, du fait de la politique de l’enfant unique, investissent beaucoup dans l’éducation. Enfin, une partie de ces étudiants fuient la difficulté du Gao Kao, concours national d’entrée à l’université. » 

La France de son côté attire de plus en plus d’étudiants chinois. En 2006, elle en comptait 25 000 sur son territoire, 20 % de plus qu’en 2004, mais elle reste loin derrière les pays anglophones. Ji Yuchen, qui prépare ses bagages pour Brest où il suivra un master en ingénierie électrique, a choisi la France parce que « les formations professionnalisantes de haut niveau n’existent pas en Chine ». Pour l’heure, l’attractivité française tient surtout au faible coût des études et, clichés obligent, aux formations dans l’art ou la mode.

(1) Sur le million d’étudiants partis à l’étranger entre 1978 et 2006, seuls 26 % sont rentrés au pays.

(2) Les États-Unis, premier pays d’accueil, ont délivré, en 2007, plus de 51 000 visas, soit deux fois plus qu’en 2004.


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