Universités et écoles d'ingénieurs unies face à l'austérité

Céline Authemayou
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C. Lerminiaux, président de la Cdefi / J-L. Salzmann, président CPU
C. Lerminiaux, président de la Cdefi / J-L. Salzmann, président CPU // ©  CDEFI / C.Stromboni
Main dans la main. Le 20 novembre 2014, la CPU et la Cdefi ont convié leurs membres à une grande conférence au Cnam, à Paris. Prévue par le code de l’Éducation, cette première réunion des chefs d’établissement leur a permis d’affirmer leur volonté de parler d’une seule et même voix, dans un contexte économique tendu. Et de promouvoir l'enseignement supérieur comme un pilier de la compétitivité.

Au cœur du grand amphithéâtre de l'Abbé-Grégoire, à quelques pas du musée du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), l'heure est aux grands questionnements. Pour ce premier rendez-vous entre CPU (Conférence des présidents d'universités) et CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), les présidents d'universités et directeurs d'écoles d'ingénieurs ont décidé d'évoquer ensemble les grands chantiers à venir, guidés par une même ambition : faire de l'enseignement supérieur un pilier de l'économie du pays. "Nous avons encore un peu de travail, sourit Christian Lerminiaux, président de la CDEFI jusqu'au 1er décembre 2014. Mais c'est à nous de prendre ce dossier à bras-le-corps."

Dans l'assemblée, le consensus est de mise. La cinquantaine de chefs d'établissement présents sont tous prêts à signer ce "pacte". "L'apport économique et scientifique de nos établissements est indéniable, rappelle Jean-Loup Salzmann, président de la CPU. Nous devons travailler ensemble pour élaborer une stratégie claire."

sensible budget

Face à des budgets publics rognés - le vote du budget 2015 à l'Assemblée nationale est encore dans toutes les têtes - et à des possibilités d'investissement réduites, la question financière reste plus que jamais sensible pour les chefs d'établissement. "Dans les pays voisins, les universités disposent d'une surface financière qui leur permet d'investir, que ce soit en matière de pédagogie ou d'implantation à l'international, constate, envieux, Christian Lerminiaux. Quant aux pays en développement, ils investissent des milliards d'euros dans le secteur. En Turquie par exemple, les entreprises bénéficient d'avantages fiscaux importants lorsqu'elles s'installent sur les campus universitaires."

Car il est là, le nerf de la guerre : trouver de nouvelles sources de financement pour moins dépendre des subventions publiques. "Et cela ne doit pas uniquement passer par une augmentation des droits de scolarité", tient à préciser le président de la CDEFI.

La grande conférence réunit CPU et Cdefi, le 20 novembre au CNAM - ©CPU

Quelle place pour les doctorants dans la société ?

Pour nourrir la réflexion, la "grande conférence" avait convié à cette session de travail plusieurs intervenants. Parmi eux, Rolf Tarrach, recteur de la toute jeune université du Luxembourg. "L'Europe est un continent extraordinaire en matière d'enseignement, mais elle connaît plusieurs problèmes spécifiques." Et d'évoquer le peu de place donnée aux docteurs dans la société. "Nous produisons en Union européenne 100.000 docteurs par an, calcule Rolf Tarrach. C'est bien plus qu'aux États-Unis et pourtant, nous n'arrivons pas à en faire une force de frappe économique. Nous devons absolument transformer notre recherche fondamentale en source de richesse."

Si le recteur se permet quelques critiques envers le fonctionnement du système de recherche européen, le prix Nobel Jean Tirole, présent dans le grand amphithéâtre du CNAM, tire, lui, à boulets rouges sur la France. Volontiers provocateur, l’économiste n’a pas épargné les universités, en émettant "quelques réserves" vis-à-vis du système. "L’université fait aujourd’hui face à une double concurrence. La première, loyale, vient des grandes écoles. La seconde, effrénée, est internationale. Des pays comme les États-Unis, la Chine, Singapour investissent énormément pour attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs professeurs. Qu’ils partent est normal, mais il faut arriver à les faire revenir en France. Car ce sont eux qui construisent l’avenir et non les prix Nobel, qui sont tous vieux, il faut bien l’avouer !"

Aujourd’hui, la sélection existe : c’est l’échec pour les plus faibles et l’exil pour les meilleurs.
(Jean Tirole)

L’économiste a profité de la tribune qui lui était offerte pour soumettre plusieurs propositions. Des propositions écoutées religieusement par les chefs d’établissement. Parmi elle, l’idée de sélectionner à l’entrée de l’université. "Aujourd’hui, la sélection existe : c’est l’échec pour les plus faibles et l’exil pour les meilleurs… Comment voulez-vous former lorsque les niveaux des étudiants sont si hétérogènes ?"

Autre piste de réflexion évoquée, revenir à des établissements pluridisciplinaires de petite taille. "La norme internationale se situe à 10-15.000 étudiants, pas plus. En France, les universités sont bien au-delà de ces chiffres, ce n’est pas sérieux." La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, venue saluer la Grande Conférence a dû particulièrement apprécier cette dernière proposition, alors que le ministère a impulsé une politique de regroupement à grande échelle avec les Comue.


Céline Authemayou | Publié le