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Grandes écoles : l'insertion professionnelle des diplômés toujours au beau fixe

Étienne Gless
Publié le
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Grandes écoles : l'insertion professionnelle des diplômés toujours au beau fixe
La présidente de la CGE, Anne-Lucie Wack, entourée de Peter Todd, DG d'HEC Paris, et Alice Guilhon, DG de Skema (à gauche), et Julie Joly, directrice du CFJ (à droite). // ©  Etienne Gless
La 27e enquête d'insertion de la CGE, rendue publique le 18 juin 2019, fournit des indicateurs d'insertion toujours très favorables, mais stables après deux années de progression. À noter toutefois deux ombres au tableau : l'insertion plus laborieuse des diplômés d'écoles autres que d'ingénieurs ou de management et les inégalités salariales hommes/femmes présentes dès le début de carrière.
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Les arbres ne grimpent pas jusqu'au ciel ! Il en va de même des derniers indicateurs d'insertion des diplômés 2018 des 190 écoles membres de la CGE (Conférence des grandes écoles). Ceux de l'avant-dernière promotion (diplômée en 2017) atteignaient déjà des sommets que la promotion 2018 égale, voire dépasse très légèrement. Mais difficile de progresser.

Dans l'ensemble, 8 diplômés 2018 sur 10 ont été recrutés avant même leur sortie de l'école ou dans les deux mois qui ont suivi : 91,2% des ingénieurs du cru 2018 sont même en emploi au premier trimestre 2019 (au moment de l'enquête de la CGE). Leurs collègues managers les talonnent à 88%. Un taux en léger recul toutefois par rapport à l'an passé.

Côté rémunérations, là aussi les indicateurs sont au vert : les salaires moyens d'embauche (hors primes) en France continuent de progresser sur un an pour les ingénieurs (+2,2%) comme pour les managers (+2,6%). Le salaire moyen d'embauche d'un jeune diplômé de grande école en 2018 s'établit à 34.920 € (hors primes). Le salaire médian est, quant à lui, de 35.000 €.

Plus du tiers des apprentis embauchés dans l'entreprise qui les a formés

L’enquête d'insertion 2019 de la CGE s'est intéressée à la situation des apprentis. Ils étaient 15,5% dans la promotion 2018 à avoir effectué leurs études en contrat d'apprentissage : 19,6% dans les écoles de management et 13,4% dans les écoles d'ingénieurs. Dans l'ensemble, les apprentis diplômés de grandes écoles s'insèrent un peu plus facilement que la moyenne : leur taux net d'emploi dépasse les 90% (90,3% précisément) moins de six mois après l'obtention de leur diplôme, contre 89,5% pour l'ensemble des diplômés.

Par contre, leur salaire à l'embauche est légèrement inférieur à 34.570 € bruts par an contre 34.920 € pour l'ensemble des diplômés. Enfin, 36,1% des apprentis diplômés sont embauchés dans leur entreprise d'accueil, et la part de cadres à la sortie de l'école parmi les apprentis (87,1%) est la même que l'ensemble des diplômés.

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Les diplômés d'autres écoles à la traîne

L'immense majorité des diplômés en emploi se satisfait aussi du poste occupé. Pour 91,4% des hommes et 88% des femmes, l'emploi correspond à leur niveau de qualification. Sur une échelle de 1 à 5, la satisfaction dans l'emploi des diplômés 2018 atteint 4,1 sur 5, soit plus de 81% de satisfaits ou de très satisfaits. Là encore, un record.

Mais ces résultats d'ensemble appellent quelques nuances. Pour la durée de la recherche du premier emploi par exemple, l'indicateur est à relativiser : il ne prend en compte que la durée de la recherche fructueuse d'un emploi sans tenir compte des diplômés qui sont toujours en quête d'un emploi depuis la fin de leurs études.

Et pour les élèves des grandes écoles "autres" que les écoles d'ingénieurs et de management (écoles de journalisme, de communication, d'architecture, de design ou institut d'études politiques), l’entrée sur le marché du travail s'avère un peu plus difficile : seuls 57% d'entre eux sont en activité professionnelle au premier trimestre 2019 contre 72,8% des ingénieurs et 77,7% des managers, 13,7% sont en recherche d'emploi et 18,3% poursuivent des études.

Écarts de rémunérations

Autre bémol, les inégalités qui commencent dès le début de carrière pour les diplômés d'écoles d'ingénieurs comme ceux d'écoles de management. L'embellie de l'emploi pour les jeunes diplômés n'atténue en rien cette discrimination. Les femmes nouvellement diplômées ont plus de difficultés que les hommes à trouver un premier emploi en CDI : 75,6% d'entre elles y parviennent contre 86,5% des jeunes diplômés hommes. L'étude montre que le CDD est le lot de 22,4% des femmes ingénieurs, mais de seulement 10,7% des hommes ingénieurs. Le constat vaut pour les écoles de management : 17,2% des jeunes femmes managers débutent en CDD contre seulement 9,5% des hommes, soit moitié moins.

Le statut cadre est l’un des facteurs déterminants de la différence salariale entre hommes et femmes.
(P. Todd)

Sur le front des salaires, les inégalités aussi demeurent, malgré une conjoncture économique très favorable à l'emploi des cadres, y compris des jeunes diplômés. En moyenne, l'écart salarial est de 6%. « Le statut cadre est l’un des principaux facteurs déterminants de la différence salariale entre hommes et femmes : 1,56 point d’écart de salaire s’explique par une proportion inférieure de femmes embauchées sous le statut cadre » analyse Peter Todd, directeur général de HEC et président de la commission Aval de la CGE.

Illustration : 80% des salaires des femmes ingénieures sont compris dans une fourchette entre 25.920 et 40.000 €. Pour les hommes ingénieurs, la limite inférieure s'établit nettement au-dessus, à 29.400 € minimum, soit 3.500 € de plus que celle des femmes. Quatre-vingts pour cent d’entre eux perçoivent en effet un salaire compris entre 29.400 et 41.036 €. Du côté des femmes managers, même scénario : pour 80% d'entre elles, l'éventail des salaires se situe entre 26.143 et 42.000 €, alors que, pour 80% des managers hommes, le salaire évolue entre 28.800 et 46.000 €.

Méthodologie :
L'enquête d'insertion 2018 de la CGE a été réalisée entre janvier et mars 2019 avec l'Ensai (École nationale de la statistique et de l'analyse de l'information) et couvre 186 des 190 écoles membres de la conférence. Les diplômés de 139 écoles d'ingénieurs, 37 écoles de management et 14 autres grandes écoles (instituts d'études politiques, écoles de journalisme, de communication, d'architecture, de design…) ont répondu à l'enquête annuelle. Et 38.046 questionnaires envoyés aux écoles par l'Ensai étaient exploitables.


Étienne Gless | Publié le

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