Inégalités : les dépenses consacrées aux études des femmes plus faibles que celles des hommes

Camille Jourdan
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Inégalités : les dépenses consacrées aux études des femmes plus faibles que celles des hommes
// ©  plainpicture/Ritzmann
Dans sa note "Dépenses d’enseignement supérieur : quelles disparités selon le genre des étudiants ?", la doctorante Cécile Bonneau démontre que les montants investis dans l'enseignement supérieur varient selon le genre, en défaveur des femmes. Elle a identifié un écart de 18%, résultant très majoritairement des choix d’orientation des femmes, et des différences de dépenses consenties entre filières sélectives et non sélectives.

Les dépenses d’enseignement supérieur dédiées aux étudiantes sont inférieures de 18% à celles consacrées à leurs homologues masculins. Ce constat est issu d’une étude menée par Cécile Bonneau, doctorante affiliée à l’Institut des politiques publiques.

Un écart de 18% entre dépenses pour les étudiantes par rapport aux étudiants

Malgré ses difficultés à recueillir des données complètes sur les coûts des différentes formations en France, Cécile Bonneau est parvenue à identifier des écarts majeurs au sein des dépenses investies dans l’enseignement supérieur, en fonction du genre des étudiants.

Pourtant, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à suivre des études supérieures : elles représentent 53% des étudiants et anciens étudiants chez les jeunes de 18 à 24 ans. Mais quand le cursus d’un étudiant "coûte", en cumulé, 25.000 euros, celui d’une étudiante atteint seulement 20.500 euros.

Ces 18% d’écart sont marqués par des différences entre les dépenses publiques (21.500 euros pour les hommes et 17.900 euros pour les femmes), mais aussi entre les dépenses privées, qui correspondent aux frais d’inscription (3.600 et 2.600 euros).

Dans sa note, l’auteure détaille encore : "10% des étudiants se voient consacrer des dépenses supérieures à 52.500 euros, contre moins de 5% des étudiantes. Symétriquement, seules 10% des étudiantes bénéficient de dépenses au moins égales à 35.700 euros, alors que 17% des étudiants sont dans ce cas."

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Les étudiantes choisissent des parcours moins coûteux

Selon Cécile Bonneau, les choix d’orientation sont au centre de ces disparités. Les femmes privilégient en effet des cursus pour lesquels les investissements accordés sont moindres. Elles sont sur-représentées dans certaines filières (89% dans les formations paramédicales, et 57% à l’université), et sous-représentées dans d’autres : seuls 34% des étudiants des grandes écoles, et 38% de ceux des IUT et des CPGE, sont des femmes.

En parallèle, les femmes sont également moins nombreuses à choisir des disciplines scientifiques, comme les mathématiques et l’ingénierie informatique (17%), ou les sciences de la terre et de la matière (35%), disciplines plus onéreuses. En revanche, le droit, la littérature, les arts, les langues et les sciences sociales comptent moins d’un tiers d’hommes.

Les sciences de la vie, l’économie-gestion et la médecine affichent des répartitions plus équilibrées. "Les femmes choisissent donc majoritairement les sciences humaines et sociales et optent pour des filières moins sélectives que les hommes", résume Cécile Bonneau.

Les femmes choisissent majoritairement les sciences humaines et sociales et optent pour des filières moins sélectives que les hommes. (C. Bonneau, doctorante)

Ces disparités de répartition dans les formations selon le genre engendrent mécaniquement des disparités de dépenses entre étudiantes et étudiants.

En effet, les montants investis dans les filières sélectives sont largement supérieurs à ceux injectés à l’université. De 3.430 euros pour un an de licence à l’université, on passe à 10.848 euros par an en école d’ingénieurs, 13.400 euros en CPGE et 12.372 euros en section de technicien supérieur.

"Les écarts sont moindres entre disciplines, note Cécile Bonneau, même si les études scientifiques sont plus coûteuses que les sciences humaines."

L'inégalité dans les dépenses pour former, source des inégalités salariales ?

Pourquoi de tels écarts ? La doctorante soulève des "raisons légitimes" : "Les sciences requièrent du matériel spécifique, et davantage de travaux pratiques". Mais selon elle, le fossé des coûts entre filières sélectives et non sélectives, qui s’explique principalement par un taux d’encadrement et un volume horaire plus élevés, interroge. D’autant que "le coût des formations d’enseignement supérieur est fortement corrélé avec leur rendement salarial", souligne la doctorante dans sa note.

Le coût des formations d’enseignement supérieur est fortement corrélé avec leur rendement salarial. (C. Bonneau)

"Les inégalités de dépenses d’enseignement supérieur selon le genre pourraient donc contribuer à la perpétuation des inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail", conclut-elle.

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Faire évoluer les choix d'orientation des femmes

Pour tenter de rééquilibrer cette situation, essentiellement due aux choix d’orientation des femmes, Cécile Bonneau rappelle quelques leviers visant à les inciter à opter pour des disciplines scientifiques et des filières sélectives, notamment à travers des "modèles positifs d’identification".

Mais la doctorante suggère aussi de passer par une "diminution des écarts de coût entre formations sélectives et non sélectives, qui sont particulièrement prononcés en France".

Enfin, elle plaide pour une "meilleure information sur les coûts des formations auprès des étudiant(e)s et de leur famille" : "Parcoursup pourrait être ce vecteur d’information. Peut-être que cette transparence pourrait aussi contribuer à modifier les choix d’orientation des femmes."


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