Femmes et filles de science : le combat contre les stéréotypes se poursuit

Clément Rocher
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Femmes et filles de science : le combat contre les stéréotypes se poursuit
Les membres de l'association Elles bougent veulent encourager les lycéennes et étudiantes à se diriger vers des études d'ingénierie. // ©  ©Ellesbougent
La journée internationale des femmes et des filles de science, qui a lieu ce mardi, témoigne de l'importance de développer la présence des étudiantes dans les filières scientifiques, alors qu'elles y restent encore minoritaires.

Les femmes se font encore rares dans les sciences… Elles représentent en effet moins de 30% selon l’Unesco. Ce pourcentage tend même à diminuer dans des domaines scientifiques tels que l’informatique, les technologies de l’information et de la communication, l’ingénierie, les mathématiques et la physique.

Pour tenter d’inverser cette tendance, la journée internationale des femmes et des filles de sciences se tient chaque année le 11 février. Adoptée par l'Organisation des Nations Unies (ONU) en 2015, cette journée rappelle que les femmes jouent un rôle indispensable dans la communauté scientifique tandis que l'accès des jeunes filles aux filières scientifiques demeure encore problématique dans le monde entier.

"Les activités et célébrations organisées partout dans le monde dans le cadre de cette journée visent à sensibiliser la société civile et les pouvoirs publics sur les accomplissements des femmes de sciences, tout en encourageant les nouvelles générations de filles à relever de nouveaux défis scientifiques", explique l'UNESCO.

Des stéréotypes anciens et inconscients

Marie-Sophie Pawlak, présidente-fondatrice de l'association Elles bougent, s'est emparée de cette problématique et de ses enjeux dès 2005, alors qu’elle travaillait dans les écoles d’ingénieurs.

"Dans le cadre de mes fonctions, je rencontrais des entreprises afin de connaître les profils qu'ils allaient recruter dans les années à venir et d'adapter éventuellement les formations. Elles m'ont souvent indiqué qu'elles souhaitaient recruter davantage de femmes." Ce souhait met en lumière un problème central : un déficit chronique de jeunes filles dans les formations menant aux carrières scientifiques.

Ainsi, elle prend la décision de bouger les choses en amont, au moment de l'orientation des étudiantes. "Il fallait avoir davantage de jeunes filles dans les écoles d'ingénieurs mais il y avait une méconnaissance totale du secteur. Elles sont victimes de stéréotypes ancrés et inconscients."

Lire aussi : Les écoles d’ingénieurs en quête d'une plus grande féminisation

Immersion en entreprise avec des "marraines"

Depuis sa création, l'association encourage les lycéennes et étudiantes à se diriger vers des études d'ingénierie afin de favoriser la mixité dans le monde professionnel et lutter contre les stéréotypes de genre. Chaque année, plusieurs événements sont organisés à travers toute la France.

L'association propose notamment aux jeunes filles des immersions en entreprise ou sur des salons industriels en compagnie de jeunes femmes récemment diplômées. Elles échangent ainsi sur leur parcours dans l'enseignement supérieur et professionnel dans des métiers tournés vers les sciences et l'ingénierie.

"Ces femmes sont les marraines de l'association Elles bougent, toutes en poste dans les 200 entreprises partenaires de l'association. Elles peuvent témoigner dans plus 500 événements que nous organisons en France. Elles transmettent de l'enthousiasme et sont en général fières et heureuses de leur métier. Les jeunes filles peuvent échanger avec ces femmes de manière conviviale et décomplexée."

27% de filles dans les écoles d'ingénieurs

Le déficit de filles dans les écoles d’ingénieurs est un des enjeux majeurs de ces établissements qui multiplient les actions pour promouvoir les filières scientifiques auprès des jeunes filles. Ainsi, la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI) organise depuis 2011 l’opération Ingénieuses afin de susciter des vocations d’ingénieures auprès des lycéennes.

"Quand on regarde les statistiques, nous sommes à 27% de filles dans les écoles d’ingénieurs, un taux qui progresse doucement. Ce n’est pas encore satisfaisant, il faut travailler le sujet sur la durée", souligne Jacques Fayolle, le président de la CDEFI.

Un grand chantier sur l’orientation attend la CDEFI. "Il faut profiter de la réforme du baccalauréat et casser les stéréotypes classiques. Il y a encore des réflexes acquis qui se reproduisent mais la réforme va bousculer ces réflexes en ouvrant un panel d’entrées plus large dans les écoles d’ingénieurs."

Lire aussi : Ingénieuses 2019 : le combat pour la féminisation des écoles d'ingénieurs continue

La cause progresse

Marie-Sophie Pawlak constate une nette amélioration dans les mentalités. "Il y a 15 ans, ce n'était pas le sujet le plus facile à aborder et il n'était pas toujours très bien accueilli. Aujourd'hui, nous avons un président de la République qui a fait de l'égalité homme-femme la cause nationale de son quinquennat. Les langues se délient et les gens agissent."

Quels sont les nouveaux défis à relever selon la présidente de l'association ? "Nous parlons de plus en plus aux jeunes filles des métiers autour de l'industrie du futur. La transformation numérique des entreprises touche l'ensemble des secteurs. Nous avons besoin d'ingénieures, de développeuses, de codeuses… Nous en avons besoin pour toute l'économie."

Marie-Sophie Pawlak rappelle que la sensibilisation des jeunes filles aux domaines liés à la science représente un sujet international. "Il est important que cette journée existe, le nom interpelle. Mais à Elles Bougent c'est tous les jours la journée internationale des femmes et des filles de sciences."


Clément Rocher | Publié le

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luna.

il serait bon aussi d’aborder la prévention des risques professionnels spécifiques aux femmes : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=210

Frida la blonde.

C'est celà oui ... c'est le moment de se diriger vers les métiers de l'ingénierie. C'est de plus en plus mal payé, les "victimes" vont pouvoir prendre les places vacantes