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L’arrêté doctorat déchaîne les passions

Martin Clavey
Publié le
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Remise des diplômes de doctorat de l'université Bordeaux Montaigne
Plusieurs tribunes parues dans la presse pour dénoncer l'arrêté se fondent sur des informations erronées. // ©  Université Bordeaux Montaigne
Depuis la publication du nouvel arrêté régissant le doctorat, fin mai, plusieurs tribunes ont été publiées dans la presse pour dénoncer le texte. Seul problème : elles se fondent sur des informations inexactes.

"Démonétisation du doctorat", "déclin de l'université française", "imposture bien française". On irait même vers "une médiocrité généralisée"... Certains universitaires n'ont pas de mots assez forts pour qualifier le nouvel arrêté sur le doctorat publié fin mai 2016... Et le font savoir par voie de presse. Mais ces tribunes attribuent à ce texte des dispositions qui n'y sont pas, notamment l'obtention du doctorat par validation d'acquis.

La VAE en place depuis 2002

L'arrêté change bien quelque peu l'encadrement du doctorat, limitant à six ans la thèse et officialisant les comités de suivi individuel. Mais le principal tort de cet arrêté serait, selon les différentes tribunes publiées ces derniers jours, de permettre l'obtention d'un doctorat par VAE (validation des acquis de l'expérience).

Mais, comme l'indique Émilien Ruiz, maître de conférences à l'université de Lille, dans un long billet de blog sur le sujet, le doctorat en VAE ne fait pas partie de ce texte. En fait, le dispositif de VAE n'est évoqué dans l'arrêté que pour signifier qu'il est possible de faire un doctorat en ayant obtenu son master par VAE, possibilité très encadrée et déjà existante depuis l'ancien arrêté de 2006.

Plus étonnant encore sans doute pour les auteurs de ces différentes tribunes, le doctorat en VAE existe déjà, et cela depuis 2002, comme l'expliquait en 2015 Mix Lamalice (pseudonyme d'un blogueur et maître de conférences). Dans un nouveau billet, celui-ci affirme que l'obtention du doctorat en VAE est "tout sauf une sinécure, comprenant la rédaction d'un manuscrit, une soutenance devant un jury d'enseignants-chercheurs, d'avoir à justifier au cours de sa carrière en entreprise d'un travail de recherche ayant donné lieu à publications, brevets, etc."

Cette forme de reconnaissance est loin d'être généralisée : elle ne concerne qu'environ 15 cas par an.

La thèse ne sera pas remplacée par un portfolio

Dans leur tribune publiée dans "Le Monde", Jean-Noël Luc, professeur à l'université Paris 4 Paris-Sorbonne, et Serge Sur, professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, affirment qu'"il vous suffira bientôt, à côté d'un mémoire hâtif, d'un 'portfolio' exaltant vos 'activités'" pour devenir chercheur.

Le texte prévoit effectivement un portfolio du doctorant que la Confédération des jeunes chercheurs (CJC) considère être "ni plus ni moins qu'un CV". Mais il n'est en aucun cas prévu par le nouvel arrêté que le portfolio devienne l'élément majeur pour l'obtention du doctorat. Contacté par Le Monde, le ministère confirme bien que "n'importe quelle personne qui passe un doctorat présente une thèse devant un jury".

L'encadrement du doctorant... encadré

Enfin, les différentes tribunes attaquent la généralisation des comités de suivi individuel qui serait, selon Éric Anceau, professeur à l'université Paris 4 Paris-Sorbonne et à Sciences po Paris, un avilissement du directeur de thèse. Directeur de thèse qui, selon la tribune du Monde, est "l'ennemi" de ce texte.

S'il est vrai que le directeur de thèse devra maintenant travailler avec un comité de suivi du doctorant, ce comité sera surtout chargé de "prévenir toute forme de conflit, de discrimination ou de harcèlement". La direction de la thèse reste donc bien à la charge... du directeur de thèse.

Les clichés sur le doctorat ont la vie dure... même dans le milieu de la recherche.


Martin Clavey | Publié le

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