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Les universités en quête d'autonomie réelle

Éléonore de Vaumas
Publié le
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Les universités en quête d'autonomie réelle
Une partie des présidents d'universités réunis à Vannes pour le colloque annuel de la CPU. // ©  CPU
Si le thème n’est pas nouveau, il faut toujours autant parler. Cette année, au colloque annuel de la Conférence des présidents d'université les 21 et 22 mars 2019 à l’université de Bretagne-Sud, il était (encore) question d’autonomie des universités et des freins, notamment budgétaires, qui freinent leur développement.

C’est une circulaire de 18 pages sur les SUMPPS datant de février 2019 qui a ravivé quelques inquiétudes. Un document de travail, envoyé à tous les services, dans des termes identiques, où le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche détaille à la virgule près la manière dont chaque centime doit être utilisé.

Sans en dévoiler le contenu exact, ils étaient plusieurs, au colloque annuel de la CPU (Conférence des présidents d'université), les 21 et 22 mars 2019 à Vannes, à le citer en exemple pour pointer les maladresses de l’État vis-à-vis des universités. "On a parfois l’impression de revenir en arrière, avec un exécutif trop prescripteur, qui envoie des injonctions paradoxales et entrave nos capacités d’innovation et d’invention", se rebiffe Yvon Berland, président d’Aix-Marseille université.

On a parfois l’impression de revenir en arrière, avec un exécutif qui envoie des injonctions paradoxales et entrave nos capacités d’innovation et d’invention.
(Y. Berland)

"On est agacés de recevoir sans cesse des circulaires pour tout et n’importe quoi. Tout ne peut pas être décidé Rue Descartes, abonde Gilles Roussel, président de la CPU. L’autonomie n’est pas une bureaucratie décentralisée."

Frédérique Vidal, qui a fait une apparition le deuxième jour du colloque, a tenu à dissiper tout malentendu : “N’attendez pas de moi que je remette en cause d’une quelconque façon l’autonomie des établissements. […] Tout n’est pas encore achevé. Chacun le sent et le voit bien : il arrive encore à l’État de souhaiter faire à la place des universités", a reconnu la ministre en invitant les présidents à poursuivre le dialogue.

Des freins budgétaires à lever

La question de l’autonomie des universités revient régulièrement à l’ordre du jour. La CPU lui a d’ailleurs déjà consacré un colloque en 2001. Depuis, la promulgation de la loi LRU en 2007 a profondément transformé le paysage de l’enseignement supérieur, notamment en termes de maîtrise de la masse salariale et de liberté d’affectation des emplois, de montée en compétence des services et d’amélioration de l’offre de formation.

"On ne peut pas nier que les choses se sont améliorées, mais il reste encore de nombreux verrous", observe Sylvie Retailleau, présidente de la Comue Université Paris-Saclay.

Un rapport de l’EUA (European University Association) datant de 2017, dans lequel la France se classe à la 22e position sur 29, relève ainsi un grand nombre de freins budgétaires, notamment dans la visibilité pluriannuelle des moyens accordés par l’État, sur leur capacité d'emprunt et sur le montant des droits d’inscriptions, sans oublier la transmission du patrimoine immobilier aux universités.

De nombreuses questions restent encore en suspens sur la formation professionnelle, la gouvernance, la place des CNU, la gestion des ressources humaines… qui méritent d’être creusées. D’ici un mois, la CPU devrait faire remonter une quinzaine de propositions émanant du colloque pour déterminer quels volets mettre en avant.

Une reconnaissance qui tarde à se manifester

À ce stade, l’une des principales difficultés des établissements est de jongler entre un modèle autonome, avec le désir de développer leur propre "signature", et une obligation d’évoluer dans un cadre en tant qu’opérateur du service public. "Pour moi, c’est la preuve que nous sommes au milieu du chemin", confie Emmanuelle Garnier, élue en novembre 2018 à la tête de l’université Toulouse-Jean-Jaurès.

De son côté, Jean Peeters, président de l’université de Bretagne sud (UBS), où se tenait le colloque, s’interroge : "Pour qui travaillons-nous ? Pour quoi faire ? Quelle est notre place ? Nous devons arriver à trouver un équilibre entre notre vocation de service public et nos intérêts locaux."

À l’heure où l’autonomie est perçue comme le meilleur levier de l’amélioration de l’ESR, l’université cherche encore à prouver sa légitimité, tant vis-à-vis de l’exécutif qu’à l'international. "Depuis le passage à l’autonomie, les universités ont pris des décisions que l’État n’a pas été capable de prendre avant, et malgré cela, le travail de conviction sur notre capacité à bouger reste encore à faire”, constate Christine Gangloff-Ziegler, présidente de l’université de Haute-Alsace.

Depuis le passage à l’autonomie, les universités ont pris des décisions que l’État n’a pas été capable de prendre avant.
(C. Gangloff-Ziegler)

"Je pensais que nous avions fait nos preuves, s’emporte, quant à lui, Olivier Laboux, son homologue nantais. Cela me paraît incroyable que l’on puisse encore douter de nous."

Confiance, pilotage, autonomie, mais aussi professionnalisation… Dix ans après l'intégration de nouvelles règles du jeu, les universités souhaitent désormais ouvrir une nouvelle page dans leur autonomie. Et obtenir de l’État la garantie de marges de manœuvre renforcées, sans craindre une réappropriation du gouvernement. "Il faut continuer à nous faire confiance, et à nous donner la possibilité d’expérimenter", insiste Yvon Berland.

Des sources de financement à diversifier

Qui dit plus grande autonomie ne signifie pas pour autant désengagement financier de l’État. Or, remarque Gilles Roussel, "l’université est le parent pauvre de la dépense publique dans un contexte de forte augmentation du nombre d’étudiants."

Si la loi de 2007 a donné aux universités la possibilité de renforcer leurs fonds propres, en prospectant pour des financements auprès de partenaires privés et publics, notamment via le mécénat dans le cadre de fondations, le président de la CPU regrette que cela soit souvent des ressources fléchées. "Sans moyens supplémentaires, je ne vois pas comment nous pourrons former de plus en plus personnes", observe-t-il.

Ces dernières années, les financements sur appels à projets, via l’ANR, les crédits européens, le plans Campus, les PIA (programmes d’investissement d’avenir) et même les appels d’offres au sein du MESRI se sont largement développés. D’autres sources de financement pourraient permettre aux établissements de mobiliser des ressources propres, comme la possibilité de redonner aux établissements la capacité d’emprunter dans les conditions de droit commun, ou celle d’opérer un prélèvement d’un fonds de roulement pour toute opération qui n’a pas forcément un caractère permanent.

"En l’absence d’augmentation de la dotation versée par l’État, nous essayons de mettre les curseurs au bon endroit pour avoir une vision pluriannuelle et une stabilité de financement, afin de maintenir nos budgets à l’équilibre", ajoute Sylvie Retailleau, qui a participé à des travaux sur ce thème à la CPU.

Auto-introspection

En contrepartie, l'université se dit prête à assumer sa part de responsabilités. Comme celle de relever les défis qui devraient se poser dans les prochaines années. "Transition numérique, climat, sécurité… C’est à nous d’ouvrir la voie sur ces enjeux de société. Nous devons également être précurseurs en matière d’autonomie participative. L’université doit être exemplaire", signale Gilles Roussel.

Un gros travail doit également être fourni envers les enseignants-chercheurs afin de mieux reconnaître leurs capacités d’innovation et leur engagement pédagogique. "Il nous faut assouplir les modalités de pilotage des projets de recherche en lien avec les organismes et mettre de la cohérence avec nos partenaires européens et internationaux", poursuit le président de l’Upem (université Paris-Est-Marne-la-Vallée).

À cet égard, celles-ci pourraient se révéler de précieuses alliées pour expérimenter de nouvelles pratiques et développer l’attractivité de l’enseignement français à l’étranger. La question est de savoir comment les universités se saisiront de cette opportunité pour repousser les frontières de leur autonomie, tout en restant fidèles à leur mission de service public.


Éléonore de Vaumas | Publié le

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Valerie Lambert.

La cpu remet sur le tapis la remise en cause des statuts des enseignants chercheurs. Encore une fois la mobilisation va être intense et vive. Ce sont des collègues qui rêvent d'être des managers du privé. Ils faut qu'ils prennent définitivement qu'ils sont payés par les impôts des français et qu'ils sont dans le service public.