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L'université Paris 2 Assas claque la porte de Sorbonne Universités

Camille Stromboni
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Université Paris 2 - Assas - © Camille Stromboni - 2012
Université Paris 2 - Assas - © Camille Stromboni - 2012

L'université Paris 2 a mis ses menaces à exécution, en votant sa sortie du PRES Sorbonne Universités vendredi 13 septembre 2013. La fac de droit parisienne crée un précédent important, à l'heure où l'impulsion ministérielle est au regroupement des établissements.

Clap de fin ? L'université Paris 2, par un vote du conseil d'administration du 13 septembre 2013, a décidé de sortir de Sorbonne Universités, pôle qui l'unissait à ses consœurs Paris 4 et l'UPMC (université Pierre et Marie Curie). Avec un vote sans appel : 24 voix pour et 2 contre.

Un PRES qui ne fonctionne pas

La prestigieuse fac de droit de la rue d'Assas menaçait depuis plusieurs mois de claquer la porte, arguant d'un partenariat inefficace et surtout d'un risque de plus en plus fort de se voir imposer des choix par ses homologues, avec les nouvelles mesures prévues par la loi ESR. "Lorsque les décisions se prennent contre l'opinion d'un établissement, cela signifie que les modalités initiales de notre union ne sont plus respectées", estime son président Guillaume Leyte, faisant référence à l'élection du nouveau président du PRES, Thierry Tuot la semaine précédente, contre l'avis de Paris 2.

De manière générale, Guillaume Leyte souligne des "dysfonctionnements du PRES", "qui ne fonctionne pas et n'a jamais fonctionné, si ce n'est pour créer des formations en commun que nous espérons bien poursuivre et développer", tranche-t-il.

Du côté de Sorbonne Universités, son président Thierry Tuot exprime sa "tristesse pour ce qui ne constitue pas une surprise, même si nous espérions une autre issue".

"Nous avons fait tous les efforts possibles. J'ai écrit à Guillaume Leyte en proposant une négociation totalement ouverte, sans préalables, pour définir toutes les garanties dont Assas aurait besoin. Il n'a pas répondu. C'est dommage pour les étudiants et les enseignants de Paris 2, qui vont être privés des nombreux projets du PRES et de l'IDEX. Mais ce n'est pas la fin de l'histoire. J'espère que la sagesse prévaudra et qu'après réflexion, ils seront amenés à nous rejoindre de nouveau. La porte reste grande ouverte."

Vers de nouveaux partenaires

Cette rupture crée un précédent inédit dans le paysage institutionnel de l'enseignement supérieur : au moment où Geneviève Fioraso veut réduire la carte de France à trente sites universitaires et renforcer les regroupements, une université sort d'un PRES, et se retrouve seule pour l'instant.

"Le ministère a affirmé qu'il accompagnerait les universités autonomes selon leur souhait. J'espère qu'il va le faire réellement", glisse Guillaume Leyte, désagréablement étonné de la forte pression ministérielle subie avant le vote du CA pour convaincre Paris 2 de ne pas quitter le PRES.

Paris 2 ne compte pas pour autant rester seule bien longtemps. "Nous avons déjà des discussions avec des partenaires de premier plan, qui sont dans la même démarche que nous", indique-t-il succintement. La forme associative – plutôt qu'une communauté d'universités – conviendrait mieux au président d'Assas. Parmi les noms qui circulent : une école de commerce du côté de Cergy pourrait en faire partie...

"Je ne suis aucunement inquiet, conclut-il. Le risque pour l'université Paris 2 était de rester dans Sorbonne Universités." Prochaine étape courant octobre, où le président devrait dévoiler son, ou ses, nouveaux partenaires.


Camille Stromboni | Publié le

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Martinville.

Bravo... un universitaire courageux qui dit non à la logique soviétique qui préside aux réformes Pécresse et Fioraso : construction d'usines à gaz, constitution d'une nomenclatura d'universitaires collabos du ministre et d'apparathciki aux belles carrières, gosplanisme pédagogique.

Said.

[quote]peut être faut-il aussi admettre une sélection plus tôt dans le cursus (en fin de première année) plutôt que d’essayer insidieusement (sous le slogan mensonger "de favoriser la réussite"...) de transposer la politique désastreuse qui a ruiné le bac (augmenter artificiellement le taux de réussite pour dévaluer dans la même proportion la valeur du diplôme). [/quote] C'est le cas justement, je ne sais pas trop pour les universités peu réputées ou à cursus marginaux (socio/psycho/art etc) mais Assas filtre énormément sur sa première année ou le passage de Vaugirard à Assas est aux alentours de 40% des étudiants, sans oublier la L2 (première année au centre Assas) qui est au droit ce qu'est à la médecine la première année. Enfin le Master2 à Assas est très difficile d'accès, il faut compter deux mentions et l'obtention d'un concours ou une scolarité au collège de droit pour avoir la certitude d'y entrer. Pour le coup, on peut vraiment pas dire que paris2 soit dans une politique de bradage de son diplôme de droit, on est encore loin du passage en AJAC de la Sorbonne par exemple et à des années lumières de l'obtention d'un bac, fut-il obtenu en mention TB.

CD.

Puisqu'il s'agit d'une excellente faculté de droit, ils vont pouvoir s'amuser, vu que les PRES n'existent plus depuis le 23 juillet dernier (article 117 de la loi Fioraso). On est dans une situation transitoire où le président de Sorbonne Université est celui qui était en fonction le 23 juillet, pas un autre, c'est la loi qui le dit. S'ils sont bons en droit, ils feront donc annuler l'élection du président ! Sinon, bien sûr qu'il faut mettre fin à ces structures opaques qui gaspillent l'argent public pendant que les universités ont de grosses difficultés.

CD.

Je retire, j'ai dit une bêtise. S'il est vrai que les PRES n'existent plus, celui-ci s'était constitué comme "fondation" et pas "établissement public" de coopération scientifique. L'article 117 ne joue donc pas. Mauvais choix initial !

Lionel.

Finissons-en avec les PRES, tous les PRES. Ces structures ne font que consommer du temps, de l'énergie et des finances. Ce sont des vraies usines à gaz avec une gestion démocratique réduite au minimum (cf. récente annulation des élections à Lyon).

Titi.

Bien d'accord avec vous. Et niveau visibilité, ça n'a pas l'air d'être un succès. Les gouvernements ne savent plus quoi inventer : d'abord des "pôles", maintenant des "communautés d'universités"... Que c'est confus ! Comment présenter ces entités caméléons à des étudiants étrangers ?!

P..

Également en accord avec vous - peut être eut-il été judicieux de regarder le fonctionnement des universités étrangères qui fonctionnent : on peut faire de grands ensembles mais à condition de largement déconcentrer le pouvoir vers les facultés à l'image de ce que font Harvard ou Oxford; peut être faut-il aussi admettre une sélection plus tôt dans le cursus (en fin de première année) plutôt que d’essayer insidieusement (sous le slogan mensonger "de favoriser la réussite"...) de transposer la politique désastreuse qui a ruiné le bac (augmenter artificiellement le taux de réussite pour dévaluer dans la même proportion la valeur du diplôme).

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