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Les Open Badges, un complément aux diplômes universitaires

Caroline Pain, Maud Vincent
Publié le
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Les Open Badges, un complément aux diplômes universitaires
En valorisant l'ensemble du parcours de l'étudiant, les Open Badges sont un outil d'insertion professionnelle. // ©  Open Recognition Alliance
Pour valoriser les compétences qui n'apparaissent pas dans les diplômes traditionnels, des universités françaises, comme celle de Caen ou la Comue Léonard-de-Vinci, commencent à enrichir les CV de leurs étudiants en utilisant des Open Badges.

"Créatif", "communicant", "battant", "meneur"… Voilà le type de badges numériques que l’université de Caen a élaboré depuis 2016 avec le soutien du Cemu (Centre d'enseignement multimédia universitaire). Pionnier en France, avec cette expérimentation, l’établissement cherche à valoriser certains savoirs non curriculaires et pourtant indicateurs de réussite académique comme professionnelle.

Chaque membre d’une promotion ayant fait preuve d'un fort esprit d’équipe et d’entraide peut se voir attribuer un badge "équipier". Le badge "battant" récompense, lui, un étudiant qui, malgré de grandes difficultés personnelles, a réussi à s’impliquer et à obtenir son diplôme. "Un élève qui travaille la nuit pour financer ses études peut demander ce type de badge", souligne Isabelle Duchatelle, vice-présidente de la CFVU (commission de la formation et de la vie universitaire) de l’université de Caen.

L'université de Caen a créé 12 badges numériques ouverts pour valoriser les compétences informelles de ses étudiants. // © Université de Caen Normandie
L'université de Caen a créé 12 badges numériques ouverts pour valoriser les compétences informelles de ses étudiants. // © Université de Caen Normandie

Créés il y a sept ans par les fondations MacArthur et Mozilla, les Open Badges constituent un système standardisé de badges numériques qui permettent de certifier les compétences informelles, dites "soft skills", qui ne figurent pas dans la maquette du diplôme.

"Le badge contient des métadonnées sur une compétence particulière : dans quel cadre a-t-elle été acquise ? Par qui ? Qui en atteste ? Quand ? Une fois que l’étudiant a accepté le badge, il peut l’afficher sur son CV, ainsi que sur les réseaux sociaux pour mettre en avant cette compétence", détaille Serge Ravet, président de l’association Reconnaître-Open Recognition Alliance, la branche francophone de l’Open Recognition Alliance créée en février 2018 à la suite de la Déclaration de Bologne pour une reconnaissance ouverte, qui accompagne les structures désirant mettre en place ce genre de dispositifs. Depuis le 1er janvier 2017, c’est le consortium IMS Global Learning qui est responsable du maintien et de l'évolution du standard.

 // © Reconnaître - Open Recognition Alliance
// © Reconnaître – Open Recognition Alliance

Quand le diplôme seul ne suffit plus

Prendre en compte les apprentissages informels, ainsi que les réalisations, engagements, valeurs et aspirations d’une personne, voilà l'intérêt des Open Badges. "90 % des apprentissages ne sont pas mis en valeur dans les diplômes", pointe Serge Ravet.

Pourtant, l’engagement sportif ou associatif, une passion pour la musique ou le théâtre, la participation à un chantier de jeunes bénévoles… sont autant d’activités participant au parcours d’apprentissage.

Reconnaître les savoirs acquis par les étudiants en dehors des cours, c’est leur donner de la valeur.
(B. Froment)

"Reconnaître les savoirs acquis par les étudiants en dehors des cours, c’est leur donner de la valeur", estime pour sa part Bénédicte Froment, directrice de la vie étudiante à l’université de Tours.

C’est pour valoriser ces aptitudes et capacités, très demandées par les employeurs aujourd’hui, que des dispositifs universitaires d’Open Badges commencent à émerger. L’enjeu est déterminant pour l’employabilité des étudiants, qui ne repose plus uniquement sur le seul savoir académique consacré par l’obtention du diplôme et l’évaluation par les notes, et qui rejaillit ensuite sur l’attractivité des universités.

 // © Reconnaître - Open Recognition Alliance
// © Reconnaître – Open Recognition Alliance

À Caen, les Open Badges étendus à tous les étudiants

Après avoir expérimenté un dispositif d’Open Badges destiné au pôle banque, assurance et finance de l’IAE, l’université de Caen propose cette année ce système complémentaire de certification à l’ensemble de ses 27.000 étudiants. "C'est plus compliqué avec les grosses cohortes. Il faut être capable d'évaluer les demandes déposées par les étudiants sur la plate-forme numérique dédiée. Nous envisageons que l'évaluation soit réalisée par les étudiants déjà porteurs du badge", confie Émilie Lenel, ingénieure pédagogique.

L’université de Caen poursuit un autre objectif avec la mise en place de ces badges numériques : réduire le risque de décrochage des étudiants à distance dans le cadre de la formation continue. Pour les aider à rester mobilisés et motivés, l’université a mis au point des badges d’engagement.

Développée par un enseignant finlandais, la plate-forme Open Badge Factory choisie par l'université normande est adaptée à un contexte d’enseignement public et possède l’avantage d’être accessible par deux adresses emails : l’institutionnel, rattaché à l’identité numérique de l’étudiant lié à son établissement, et le personnel, permettant à l’étudiant de conserver un accès à ses badges après la fin de ses études.

"Badgeons la Normandie" ancre les compétences localement

Dans la perspective d’un passeport de compétences numériques à enrichir tout au long de la vie – au cœur de la philosophie soutenant les Open Badges (voir encadré ci-dessous) –, l’université souligne l’importance d’un ancrage territorial, avec la participation des acteurs locaux, notamment de l’emploi, pour qu'ils se familiarisent avec ce dispositif et contribuent à ce que les badges soient reconnus par tous.

En effet, le projet d’Open Badges s’inscrit dans un écosystème plus large facilitant la reconnaissance et la valorisation des apprentissages tout au long de la vie.

C’est notamment la raison d’être du réseau d’organisations "Badgeons la Normandie", avec lequel l’université de Caen collabore. Tout comme le living lab Le Dôme qui, grâce au badge, souhaite valoriser les compétences et les connaissances acquises lors d’une activité au fablab et transférables ailleurs.

"Les badges donnent un sens supplémentaire à un parcours associatif, mais aussi à l’insertion professionnelle. C’est ce que nous tentons de faire avec notre fablab et des jeunes de l’école de la deuxième chance. Un de nos engagements, c’est de se demander comment un établissement culturel, scientifique et technique devient un outil d’insertion professionnelle", rappelle François Millet, sur le site prospectif Usbek & Rika.

 // © Badgeons la Normandie
// © Badgeons la Normandie

Effet de vague ou lame de fond ?

Aujourd’hui, deux autres établissements, l’université de Tours et la Comue Université confédérale Léonard-de-Vinci, qui regroupe les universités de Limoges et de Poitiers, expérimentent ce nouveau dispositif de valorisation des compétences.

À Tours, les premiers badges devraient être délivrés au cours du premier semestre 2019. "Nous avons déjà une UE Cercip (Compétences, engagement, réflexions citoyennes, pratiques), explique Bénédicte Froment, mais nous souhaitions la compléter avec des badges numériques. Un étudiant qui détient l’UE Cercip n’est pas obligé de demander des badges, et inversement." L’université de Tours espère délivrer une cinquantaine de badges sur le premier semestre.

La Comue Léonard de Vinci, membre fondateur de l’association Reconnaître – Open Recognition Alliance, envisage de lancer son système d’open badge en 2019. Elle étudie deux champs d’action au sein de groupes de travail composés d’étudiants, de personnels et d’entreprises : les activités sportives à Limoges et la mobilité et l’international à Poitiers, en collaboration avec l’agence Erasmus.

Effet de vague ou lame de fond ? Ces nouveaux dispositifs de valorisation des compétences restent "minoritaires dans l’enseignement supérieur", à en croire Mehdi Gharsallah, conseiller stratégique au numérique (Dgesip) au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. "Il est difficile d’enclencher l’approche par compétences ; certains estiment que cela pourrait déstabiliser la notion de diplômes nationaux", avance ce dernier.

Sans oublier de soigner la communication. "Si les étudiants sont familiers avec le numérique, les badges sont encore peu connus", reconnaît Émilie Lenel.

Mehdi Gharsallah considère néanmoins qu’il ne s’agit pas d’un effet de mode. "Les Open Badges ont vocation à se développer parce qu'ils sont caractéristiques de la culture numérique : horizontalité, désintermédiation, partage, etc. Et de pointer le cas de l’Italie, en mentionnant Cineca, un consortium associant 67 universités, 9 institutions de recherche et le ministère italien de l’Éducation, qui a déployé, en 2015, une plate-forme unique de badges utilisable dans tous les établissements.

"L’objectif de cette plate-forme est de favoriser l'insertion professionnelle, en offrant la possibilité aux personnes de construire leur parcours", relève Chiara Carlino, chargée de projet. 70.000 badges ont été délivrés depuis 2015.

Open Badges : le manifeste des fondations Mozilla et MacArthur
La fondation Mozilla explicitait dans un article publié en août 2012 "Open Badges for Lifelong Learning" la philosophie et la vocation des badges numériques ouverts. "Le temps est venu de connecter l’apprentissage […] à un écosystème plus large d’accréditation et de reconnaissance afin de permettre à chaque apprenant de capitaliser sur ses expériences d’apprentissage passées, les inspirer et les aider à en trouver de nouvelles, ainsi que de communiquer leurs réalisations et leurs compétences aux diverses parties prenantes. […] Ainsi, un écosystème de badge est une pièce manquante essentielle afin de parvenir à connecter les divers apprentissages à la diversité des apprenants et traduire cet apprentissage en un outil puissant pour trouver des emplois, rejoindre des communautés de pratique, démontrer des compétences ou rechercher de nouvelles opportunités apprentissages."


Caroline Pain, Maud Vincent | Publié le

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Sirius.

Ridicule et néfaste. Plutôt que de jouer la carte de gadgets, ces universités devraient se consacrer à donner de la valeur et de la fiabilité à leurs diplômes.