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Logement étudiant : des observatoires pour adapter l'offre à la demande

Hélène Bielak
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Logement étudiant : des observatoires pour adapter l'offre à la demande
À Bordeaux, 80 % des logements des étudiants appartiennent au parc privé. // ©  Sébastien Ortola/REA
Cinq territoires sur les 30 qui s'étaient portés candidats ont obtenu, le 30 janvier 2019, la labellisation pour installer des observatoires territoriaux du logement étudiant. L’enjeu ? Produire des outils statistiques pour une meilleure compréhension des problématiques locales et une meilleure orientations des politiques publiques.

Comment cerner au mieux les besoins de logement des étudiants et les faire coïncider avec les politiques d’aménagement du territoire ? Voilà la question, centrale, derrière la mise en place d’observatoires territoriaux du logement étudiant, annoncée le 30 janvier 2019 à Paris.

Le résultat d’un travail mené conjointement par l’AdCF (Assemblée des communautés de France), l’Avuf (Association des villes universitaires de France), France urbaine, la CPU (Conférence des présidents d’université) et la FNAU (Fédération nationale des agences d’urbanisme).

Après un appel à manifestation d’intérêt en 2018, auquel avait répondu trente territoires, cinq d’entre eux ont été sélectionnés et labellisés : la région Île-de-France, Brest Métropole, Amiens métropole, Grand Reims et Ardenne Métropole [Charleville-Mézières] et Sillon Alpin [Grenoble-Alpes métropole]. La seconde vague de labellisation, d'ici à la fin du mois de mars 2019, concernerait la Région Nouvelle-Aquitaine, la Lorraine Nord et le Grand Nancy.

Concrètement, cette labellisation signifie que ces territoires ont adopté une même méthodologie et des indicateurs communs, facilitant leur comparaison. "Jusqu'à présent, nous ne disposons d’aucune base de données consolidée sur cette question, déclare Zoé Chaloin, chargée de mission à la FNAU. Il manquait un objet entre les politiques publiques de l’habitat et l’enseignement supérieur."

Recenser les logements vacants

La mise en place de ces observatoires territoriaux a donc vocation à faire dialoguer les collectivités territoriales et les établissements d'enseignement supérieur. Dans un premier temps, leur mission sera de dresser un état des lieux du logement étudiant, en compilant les données des acteurs locaux et nationaux (Insee, Crous, universités, CAF, etc.).

Vincent Hoffman-Martinot, président de la Comue d’Aquitaine et membre de la commission vie étudiante de la CPU (Conférence des présidents d'université), espère ainsi obtenir des statistiques sur les logements privés à Bordeaux.

Le secteur privé est celui sur lequel nous avons le moins d'informations.
(V. Hoffman-Martinot)

"Ici, 80 % des étudiants ayant quitté le domicile parental trouvent à se loger dans le parc privé, souligne-t-il. C’est le secteur sur lequel nous avons pourtant le moins d’informations. Bien que l’on sache que certains propriétaires louent sans aucune honte des logements miteux pour des sommes très élevées."

L’état des lieux doit aussi permettre d’identifier les besoins des étudiants en les adaptant à l’offre locale. "À certains endroits, des résidences sont vides ou occupées très peu de temps, alors qu'ailleurs, comme à Paris, Lyon ou Bordeaux, le marché est très tendu", déplore Zoé Chaloin.

Anticiper et adapter l'offre à la demande

Du côté des élus, Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims et de l’Avuf, insiste sur la "nécessité d’outils pour comprendre les évolutions des besoins et de l’offre de logements étudiants, afin d'adapter nos politiques publiques en fonction".

Les habitudes de logement ont beaucoup évolué ces dernières années. De plus en plus d’étudiants partent en stage ou à l’étranger une partie de l'année, laissant de fait leur logement vacant. "Dans ce contexte, comment éviter que des pans entiers de quartiers restent vides? Et comment adapter nos transports publics ? s’interroge Catherine Vautrin. Notre offre doit être la mieux adaptée possible."

Les OTLE doivent permettre de mesurer plus finement les flux étudiants sur un territoire, en un temps donné. L’enjeu étant de pouvoir anticiper les pics démographiques et les périodes de décrue.

Et ainsi d’estimer les réels besoins en matière de logement. "Une augmentation d’étudiants n’implique pas forcément la construction de logements supplémentaires si le parc global augmente", remarque Zoé Chaloin, réagissant à l’annonce du gouvernement, le 26 septembre 2018, d'un plan de construction de 60.000 logements étudiants à l’horizon 2022.

Un rapport attendu en 2020

Quid des moyens mis en œuvre pour la récolte de ces données ? Ils sont à géométrie variables, selon le territoire. "Il n’y a pas de financement national dédié", précise Zoé Chaloin.

À Bordeaux, une personne sera recrutée par la Comue d’Aquitaine pour travailler à temps plein sur le sujet, épaulée par une autre personne du Crous local. À Reims, cette collecte d’informations fera partie des missions d’une agence d’urbanisme, avec laquelle le Grand Reims travaille déjà.

Les observatoires auront jusqu’à juillet 2019 pour faire remonter toutes les données demandées. Puis, à l’automne prochain, une première analyse sera rendue publique au niveau national. Au premier trimestre 2020, un rapport plus complet sera présenté.

La présidente de l’Unef, Mélanie Luce, regrette "l’absence d’organisations étudiantes dans les gouvernances de ces observatoires", tout en voyant là l’occasion de dresser un constat allant dans le sens des revendications de son organisation.

"Cela dit, les villes n’ont pas à attendre la mise en place d’observatoire pour agir, pointe-t-elle. Il y a des problèmes qu’on connaît déjà, comme le manque de logements en résidence du Crous. Il faudrait déjà s'y attaquer."

Un (af)flux de données
Parmi les données devant être récoltées par les OTLE, on trouve notamment le nombre de logements étudiants par typologie (résidences Crous et privées, internat, foyer de jeunes travailleurs etc.), le nombre de départs et d’arrivées dans les résidences entre janvier et avril, le nombre d’étudiants s'étant vu refuser une place en résidence Crous ou le loyer médian pour un T1 sur le territoire.
Des données surtout quantitatives, qui pourront être complétées par un volet plus qualitatif, selon les partenaires locaux.
Chaque observatoire a mis en place un comité technique et un comité de pilotage, rassemblant des représentants de l’enseignement supérieur, des collectivités territoriales et des acteurs locaux de l’urbanisme.


Hélène Bielak | Publié le

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