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Manuel Tunon de Lara : "Il faudra deux ou trois ans pour installer les parcours adaptés"

Laura Taillandier
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Manuel Tunon de Lara, président de l'université de Bordeaux, janvier 2015
Manuel Tunon de Lara préside l'université de Bordeaux depuis janvier 2015. // ©  Camille Stromboni
Comment le Plan étudiants est-il mis en œuvre dans les établissements ? Parcours adaptés, tri des dossiers, articulation de la réforme avec les nouveaux cursus universitaires... Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux, répond aux questions d'EducPros.

Dans plusieurs universités, des étudiants et enseignants se mobilisent contre le Plan étudiants. Comment se passe le déploiement de la réforme dans votre établissement ?

Cette réforme s'inscrit dans un contexte particulier pour notre université. D'une part, nous avons remis à plat notre offre de formations en 2016, et d'autre part, notre projet NewDeal a été sélectionné dans le cadre des "Nouveaux cursus à l'université". Ce projet est très axé sur le premier cycle, la motivation des étudiants et l'adaptation des parcours. Il est donc très cohérent avec la réforme.

À ma connaissance, il n'y a pas de mobilisation particulière dans notre établissement. Nous avions discuté de ce sujet pendant les élections. C'est vrai qu'il y a des inquiétudes. Pour les enseignants-chercheurs, elles portent sur la question de l'accompagnement et du traitement les dossiers de candidature des lycéens. Pour les étudiants, c'est davantage une crainte de voir diminuer les capacités d'accueil, alors que nous sommes plutôt dans une logique d'augmentation des places. On remplace le tirage au sort par un examen des dossiers. Nous ne pouvons qu'améliorer la situation, par rapport à la rentrée précédente.

L'an dernier, vous aviez eu recours au tirage au sort, notamment en Staps. Comment vos capacités d’accueil évoluent-elles cette année ?

Un certain nombre de nos capacités d'accueil étaient limitées, en psychologie et en Staps, notamment. Cette année, les places dans les filières en tension ont été augmentées à la marge. Nous nous sommes calés sur les flux du rectorat pour accueillir au mieux l'ensemble des lycéens de l'académie. En Staps, nous ouvrirons 50 places supplémentaires, et 30 en psycho. Nous augmentons également les capacités en AES (administration économique et sociale). Si nous avons toutefois plus de demandes que de places, nous pourrons proposer à ces élèves d'autres filières ou des parcours adaptés dans le cadre des "Oui, si".

Quelle forme ces parcours adaptés prendront-ils ? S'agit-il de nouveaux dispositifs ?

La question n'est pas encore totalement résolue. Ces parcours demanderont encore deux ou trois années pour être installés. Le directeur d'études jouera un rôle important dans leur définition. Il faudra aller dans le détail pour bien accueillir ces étudiants, c'est là que se situe le plus gros du travail. Nous pourrons par exemple jouer sur la durée des parcours et leur permettre de faire une licence en quatre ans. Ce ne sera pas forcément en place dans toutes les filières dès la rentrée, mais nous pouvons nous baser sur des dispositifs déjà existants que nous réactiverons.

Il faudra aller dans le détail pour bien accueillir ces étudiants, c'est là que se situe le plus gros du travail.

Dans différents domaines, un portail d'entrée en licence existe, avec des passerelles pour réorienter les étudiants sur des parcours différents. C'est en sciences et technologie qu'il est le plus rodé. Pendant le premier semestre, les élèves suivent un tronc commun en mathématiques, informatique, ingénierie, avant de se spécialiser. Les étudiants qui ne sont pas au niveau bénéficieront d'un accompagnement supplémentaire, dans le cadre d'un "semestre rebond". Nous pouvons donc nous baser sur ce système de remise à niveau et de tutorat.

Comment les attendus et critères d’analyse des dossiers ont-ils été élaborés ? Quels ont été vos choix au niveau de l'établissement ?

Il n'y a pas eu de modifications fondamentales par rapport au cadrage national des attendus. En psychologie, la coloration "neurosciences" a été accentuée, ou en Staps, l'engagement citoyen et sportif. Cette question a fait l'objet de véritables discussions collectives de nature pédagogique, alors qu'il y a trois ou quatre ans, nous avions l'impression que les collègues étaient plus habitués à innover dans le domaine de la recherche… Aujourd'hui, tout le monde a envie de participer et cette dynamique est intéressante. Cela impliquera de voir comment reconnaître cet investissement dans la formation au niveau de l'établissement.

Comment les dossiers seront-ils triés ?

Instruire des dossiers d'entrée à l'université, ce n'est pas une nouveauté. Nous avons un gros IUT (institut universitaire de technologie) et plusieurs formations s'appuient sur cette démarche. Nous avons des éléments pour nous y aider : la fiche avenir, le projet de formation motivé, les notes… Même s'il ne s'agit pas uniquement de traiter des données, mais bien de favoriser la réussite des étudiants.

Nous réfléchissons également à la nomination des directeurs d'études dans les filières. Peut-être en aurons-nous plusieurs… Tout dépendra de nos discussions avec le rectorat sur les moyens supplémentaires alloués notamment pour cette fonction. Nous souhaitons que le directeur d'études puisse travailler à la mise en place des parcours adaptés. Si les équipes ont planché sur la rédaction des attendus, ces rôles d’accompagnement et d’adaptation sont nouveaux. Une fois la fiche de poste définie, les candidatures seront ouvertes en interne et en externe.

Comment la mise en œuvre de la réforme s'articulera-t-elle avec celle du projet NewDeal, qui porte également sur la personnalisation des parcours ?

Le projet NewDeal s'inscrit dans un temps plus long – le financement court sur dix ans –- et la thématique est beaucoup plus large. Il concerne l'ensemble du premier cycle, ainsi que l'insertion professionnelle. Pour les étudiants, nous devons mieux adapter encore les parcours à leurs projets. La réforme précipite un peu les choses… Nous souhaitons finaliser le plus urgent, pour ceux qui rejoindront l'université à la rentrée et qui pourraient être en difficulté.

Nous souhaitons des moyens en masse salariale pour éviter l'éparpillement des heures supplémentaires.

Cette question de l'entrée à l'université suppose de se pencher dès maintenant sur l'amont et l'aval. Il faudra réfléchir à la variété de formations offertes à certains lycéens, notamment issus de bacs technologiques et professionnels, pour sortir de la logique comptable et optimiser la façon dont on propose des formations courtes. Il faut également développer nos liens avec le lycée. Nous nommerons un vice-président chargé de l'orientation et des relations au secondaire. Et nous relançons la dynamique avec les proviseurs de l'académie qui ont des représentants au sein du conseil d'administration et de la CFVU (commission de la formation et de la vie universitaire).

Les moyens seront-ils suffisants pour déployer cette réforme dès cette année ?

Il y a clairement un engagement sur des moyens supplémentaires. Nous discutons avec le rectorat, pour les évaluer en fonction de l'augmentation des effectifs et des mesures que nous proposerons. Nous souhaitons des moyens en masse salariale pour éviter l'éparpillement des heures supplémentaires. Nous ne voulons pas de rustine mais bien créer des emplois.


Laura Taillandier | Publié le

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