Exclusif. Sélection : des universités menacent de fermer des masters

Camille Stromboni
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Université Paris 2 - Assas - 2012
Les présidents signataires de la lettre craignent que l'image de leurs formations ne figurant pas sur la liste du ministère soit dégradée. // ©  Camille Stromboni
Cinq présidents d'université écrivent une lettre ouverte, qu'EducPros s'est procurée, pour dénoncer l’absence d'une partie de leurs masters 2 sur la liste des formations ayant le droit de sélectionner. Certains agitent même le chiffon rouge de la fermeture de ces cursus.

Les tensions autour de la sélection en master sont loin d’être apaisées, dans certaines universités en tous cas. Cinq présidents signent une lettre ouverte, qui sera adressée à Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon le 7 avril 2016 au soir, pour dénoncer le rétropédalage de l’État et les "immenses dommages" à venir. 

"Alors que vous aviez conjointement rappelé la nécessité de sécuriser juridiquement les procédures d’admission en master 2 telles qu’elles existent actuellement, nous assistons non seulement à une reculade mais à une gestion indigne de ce dossier vital pour les universités", écrivent les présidents de Toulouse 1, Paris 1, Paris 2, Paris 5 et Paris 7.

Chaque établissement a reçu, le 4 avril 2016, un mail de la DGESIP (Direction générale de l’enseignement supérieur et la recherche) avec la liste de ses diplômes qui pourraient figurer dans le décret fixant les masters 2 autorisés à sélectionner. Un texte que le ministère prépare depuis plusieurs semaines, en réponse à la décision du Conseil d’État de février 2016, jugeant illégale toute sélection en master en l’absence de ce texte réglementaire.

Une liste amputée

Mais la liste retenue par le ministère a été "autoritairement amputée", dénoncent les universitaires signataires. L'objectif de la Rue Descartes étant de faire figurer sur cette liste entre 30 à 40% des masters existants.

Ce qui revient à "remettre en cause" et "à déstabiliser profondément [l’]offre de formation en master qui est sous forte tension", estiment les présidents.

"Nous allons devoir fermer des masters, menace Bruno Sire, président de l’université Toulouse 1, dont la faculté de droit a voté une motion en ce sens. Nous ne pouvons pas accueillir 300 personnes là où il y a 30 places ! Nous n’avons pas les moyens financiers, humains, ni les stages nécessaires pour certains, donc nous n’ouvrirons pas ces masters s’ils ne sont pas inscrits sur la liste."

Je ne peux ni m’exposer à 500 contentieux en sélectionnant, ni prendre plus d’étudiants là où il n’y a pas de place.
(F. Dardel)

"Je ne peux ni m’exposer à 500 contentieux en sélectionnant, ni prendre plus d’étudiants là où il n’y a pas de place. Si nous voyons que c'est intenable, nous fermerons des formations", renchérit Frédéric Dardel, à la tête de Paris 5.

"Aucun de mes masters en biologie et santé n’a été retenu sur la liste, illustre le biologiste. Les enseignants-chercheurs me disent qu’ils sont complètement découragés, pour eux, c’est un déni de leur travail, notamment des procédures de recrutement et d’examen des dossiers qu'ils accomplissent. Je ne sais pas s’ils vont vouloir continuer à s’investir dans ces missions."

La sélection des étudiants venant d'autres facs reste permise

Un énervement que tempère le ministère, soulignant tout d'abord que ces désaccords existent dans moins de dix universités. La Rue Descartes soutient également qu'en l'état des textes actuels, les universités peuvent refuser, même dans ces masters 2 ne figurant pas sur la liste, les étudiants issus d'un autre établissement ou d'une autre mention. Ce qui rendrait le problème inexistant.

Des arguments balayés par Bruno Sire. "Tout d’abord, je ne vois nulle part dans les textes juridiques pourquoi nous aurions le droit de faire cette sélection-là. Mais, surtout, c’est totalement aberrant ! Et cela ne suffira pas : même nos étudiants sont bien plus nombreux à demander certains masters plutôt que d'autres, je ne peux pas accepter tout le monde dans la même option !"

La défense de la réputation des M2

C'est enfin la question de la dégradation de l'image de leurs formations que soulèvent les cinq présidents. "Nos universités, de haute réputation pour l'ensemble de leurs disciplines, ne sauraient voir sans réagir la qualité et la sélectivité de leurs diplômes anéanties d’un trait de plume sans aucune concertation", écrivent-ils.

"Demain, il y aura la soupe populaire à l’université et les bonnes formations seront ailleurs, et payantes. Par aveuglement, on détruit le service public", assène Bruno Sire.

La Curif (re)monte au créneau
Dans un communiqué du 8 avril 2016, la Coordination des universités de recherche intensive françaises "constate que la liste limitative de masters préparée par le ministère ne sécurise pas la rentrée". La Curif était déjà montée au créneau en février 2016.

La "qualité de l'offre de masters" sera atteinte, dénonce-t-elle. "La Curif demande une fois encore l’ouverture immédiate d’un chantier global sur le master qui devrait aboutir à un système permettant à la fois de garantir le droit de toute personne titulaire d’une licence à une formation en master (pouvant être différée dans le cadre de la formation tout au long de la vie), tout en garantissant la réussite des étudiants par un recrutement sélectif à l’entrée en master sur la base de prérequis transparents et opposables".

Lire le communiqué de la Curif : Sélection en master : la concertation doit démarrer maintenant ! (pdf)

Camille Stromboni | Publié le - Mis à jour le