Newsletter

Université de Bretagne-Sud : genre et égalité des sexes au programme de la formation des enseignants

Isabelle Dautresme
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Cours "genre et égalité des sexes" à l'université de Bretagne Sud © I.Dautresme - février 2014
Cours "genre et égalité des sexes" à l'université de Bretagne Sud © I.Dautresme - février 2014

L’UBS (université de Bretagne-Sud) n’a pas attendu la polémique sur les études de genre pour parler égalité des sexes. Depuis la rentrée de septembre 2013, 21 étudiants du master MEEF (métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation) professorat des écoles sont sensibilisés à la question du genre et de l’égalité femmes-hommes dans le cadre d’une nouvelle unité d’enseignement et de recherche. Retour sur une initiative originale.

Morgan Guyvarc'h, enseignante à l'UBS © I.Dautresme - février 2014“Se mobiliser et mobiliser les élèves contre les stéréotypes et promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons fait partie des missions fondamentales de l'enseignant”, peut-on lire dans le référentiel des compétences des enseignants de juillet 2013. Libre à chaque université de décider de la manière d’aborder le sujet. À l’UBS (université de Bretagne-Sud), “la question a été jugée suffisamment importante pour qu'on y consacre un module d’enseignement et de recherche à part entière, donnant droit à trois ECTS”, précise Morgan Guyvarc'h, professeure de lettres modernes à l’initiative de ce projet.

Au programme : étude de genre et observation de terrain

Baptisé "Cours genre et égalité des sexes", le module, qui comprend dix heures de cours par semestre, mêle théorie et pratique. On y aborde en effet aussi bien les études de genre et l’histoire des femmes aux États-Unis et en France que les représentations des filles dans les manuels scolaires ou dans la littérature jeunesse.

Véronique Mehl enseignante à l'UBS © I.Dautresme - février 2014Une large place est également laissée aux retours d’expériences. “Lors de leurs stages dans les écoles, les étudiants prennent pleinement conscience de la réalité des inégalités de traitement entre filles et garçons. L’idée est alors de les amener à réfléchir à des pratiques professionnelles qui vont à l’encontre de ces stéréotypes", explique Véronique Mehl, enseignante d’histoire grecque et également porteuse du projet. Autant d’éléments qui viendront enrichir leur mémoire de master en lien avec la question du genre à l’école. Parmi les thématiques choisies cette année par les futurs enseignants : les pratiques différenciées d’enseignement des sciences, le genre en grammaire ou encore la violence genrée dans la cour de récréation.

Un enseignement qui doit rester facultatif

Si la sensibilisation des futurs enseignants à la question de l’égalité entre les sexes est jugée essentielle par Éric Limousin, directeur de la faculté de lettres, langues, sciences humaines et sociales, qui a applaudi des deux mains l’initiative des deux enseignantes, pas question pour autant de rendre cet enseignement obligatoire. “Ce serait prendre le risque de développer des attitudes de rejet”, explique le directeur, qui croit davantage à un essaimage des bonnes pratiques par imitation. Un avis que partage Élodie, étudiante en M1 : “Le simple fait de parler de mon thème de recherche ‘Jeux et genre dans la cour de récréation’ en salle des maîtres a amené des enseignants bien installés à s’interroger sur leurs propres méthodes.”

Quant à savoir si ces futurs professeurs éclairés parviendront à être plus justes dans leurs pratiques que leurs aînés, il est encore trop tôt pour le dire. “Face aux élèves, on agit dans l’urgence et on a tendance à reproduire ce que l’on a vu faire”, souligne Laura, étudiante en M1. “D’où l’importance d’y avoir réfléchi pendant la formation”, glisse Morgan Guyvarc'h, dans un sourire.

Rendre cet enseignement sur le genre obligatoire serait prendre le risque de développer des attitudes de rejet (É. Limousin)

Absence de polémique

Et parce que la question de l’égalité filles-garçons ne concerne pas que les seuls futurs professeurs des écoles, deux mercredis par mois, Véronique Mehl et Morgan Guyvarc'h investissent les couloirs de l’université pour des lectures publiques de textes militants traitant du genre et de la condition des femmes, “dans le calme, pour ne pas dire dans l’indifférence”, note la professeure d’histoire. Preuve que les polémiques autour des questions de l’ABCD de l’égalité et des études de genre ont donné lieu à de vifs échanges à Lorient comme dans toute la France, elles n’ont pas franchi, pour l’heure, les portes de l’université bretonne !


Isabelle Dautresme | Publié le

Vos commentaires (2)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Flore.

Qu'il soit nécessaire, en 2014, de sensibiliser les enseignants (et futurs enseignants) aux risques de discriminations filles-garçons me stupéfie, et me paraît le signe d'une inquiétante régression sociale. - Je m'explique. Etant entrée en 6e en 1968, début de la mixité à l'école, je n'ai jamais connu (ni vu) la moindre différence de traitement entre les filles et les garçons tout au long de ma scolarité. (Et pourtant, aînée d'une famille nombreuse, je suis depuis toujours très sensible à cette question de l'égalité de traitement). Pourquoi, parmi les enseignants d'aujourd'hui, cette égalité que j'ai connue dans les années 70 n'est-elle pas "gagnée" ? L'explication me semble sociologique... Avec la dégradation du statut des enseignants depuis les 20-30 dernières années, les enfants des milieux intellectuels ne sont plus attirés par des carrières de l'enseignement primaire ou secondaire (c'est bien connu, il y a 40-50 ans, les enfants de profs voulaient être profs comme leurs parents ; aujourd'hui, ils fuient la profession !) ; de ce fait, et grâce à la démocratisation (massification) de l'accès à l'enseignement supérieur, les nouveaux enseignants proviennent plutôt de milieux économiquement plus faibles, culturellement moins "éclairés", où les stéréotypes de sexe et de genre sont les plus forts. Si nous voulons éviter que l'école soit un lieu de régression sociale, oui, il est urgent et essentiel d'amener les nouveaux enseignants à "évoluer" dans leurs représentations personnelles (des sexes, du genre) -mais aussi et surtout dans leur discours et leurs pratiques pédagogiques !

Marie.

Êtes-vous si sûre que cela de l'égalité des années passées ? Les manuels sur lesquels vous avez travaillé contenaient une floraison de clichés qui renvoyaient fille et garçon à une répartition figée des rôles (exemples, exercices). On sait par ailleurs que la répartition de la parole, la valorisation, l'attente de réussite dans une discipline (littéraire pour les filles, scientifique pour les garçons) entraînent la reproduction de comportements clichés. L'inégalité fille-garçon n'est pas juste un problème de "pauvres" ; les classes "éclairées", comme vous dites, ont encore beaucoup à faire pour intégrer la question de l'égalité fille-garçon / femme-homme dans leurs discours et leurs actes.

inza samassi.

l'enseignement de la théorie du genre s'impose dans la pratique éducative comme la nouvelle dynamique qui impulsera l'égalité des sexes entre les jeunes garçons et les jeunes filles, puis entre les hommes et les femmes dans la société