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La communauté universitaire vent debout contre un budget insuffisant

Camille Stromboni
Publié le
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L'université Grenoble 3 Stendhal
L'université Grenoble 3 Stendhal // ©  Université Stendhal

Dernière étape pour le budget 2015, les élus de la communauté universitaire se sont exprimés lors du Cneser du 27 avril 2015. Résultat : une unanimité contre ce financement des universités et des écoles publiques jugé très insuffisant, assortie d’une dénonciation des ponctions sur les fonds de roulement.

Quarante-neuf votes contre, 1 vote pour et 1 abstention. Le Cneser (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) exceptionnel du 27 avril 2015 a clôturé plusieurs mois d’incertitude quant au budget des établissements. Les élus se sont prononcés à la quasi-unanimité contre cette répartition des dotations. Des représentants des présidents d'université et des directeurs d’écoles d’ingénieurs aux syndicats des personnels et des étudiants. 

Un budget insuffisant

"Un vote de cette ampleur, c’est historique et c’est du jamais-vu, souligne Hervé Christophol, secrétaire général du Snesup. Cela montre à quel point la communauté universitaire est furieuse et remontée ! D’une part, contre le manque de considération de l’État, démontré par cette vacance de pouvoir au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. D’autre part, en raison de ce budget d’austérité, alors que le gouvernement nous affirme qu’il est en hausse ! Alors que le nombre d’étudiants augmente et que la mise en place des regroupements débute, ce qui représente un coût exorbitant."

C’est en effet un budget des écoles d’ingénieurs et des universités affiché avec une progression de 200 millions d’euros qui a été présenté par le ministère. Ce dernier soulignant que le prélèvement de 100 millions d’euros sur les fonds de roulement des établissements ainsi que les 100 millions d’euros dégagés par la fin des chantiers immobiliers, à Jussieu notamment, lui permettait d’assurer des financements nouveaux, comme celui de la progression de carrière des personnels (glissement vieillesse-technicité) ou la création des 1.000 emplois.

"Les charges nouvelles sont très loin d’être compensées totalement par l’État, rétorque l’universitaire. Et il ne faut pas oublier que la réserve de précaution - c’est-à-dire l’argent soi-disant donné aux établissements mais en fait gelé - double en 2015, pour atteindre 68 millions d’euros ! Sans parler des CPER (contrats de projets État-Région) qui chutent de 70% pour 2015-2020."

La ponction sur les fonds de roulement au cœur des critiques des dirigeants

Chez les directeurs d’écoles d’ingénieurs et les présidents d’université, c’est surtout la ponction sur les fonds de roulement qui scandalise. "Une mesure inique et contre-productive", dénonce la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), tandis que la CPU (Conférence des présidents d’université) s’élève contre cette "politique de gribouille, qui frappe les présidents et directeurs au prétexte qu’ils ont conduit des politiques trop précautionneuses".

"De manière générale, c’est une très mauvaise mesure de gestion", résume Lise Dumasy, présidente de l’université Grenoble 3 Stendhal, qui va être prélevée à hauteur de 2,8 millions d’euros.

Première concernée, avec 24 millions d’euros récupérés par l’État, l’université d'Artois se trouve dans l’incompréhension. "C’est un peu extraordinaire qu’une petite université comme la nôtre abonde pour un quart des 100 millions d’euros, cela ne paraît sérieux à personne, confie le président Francis Marcoin. Nous voulons bien contribuer à l’effort général, mais on voit que cela va profiter à des universités qui ont des trains de vie bien supérieurs au nôtre… Et surtout la méthode employée n’est pas crédible : il y a dix jours, on devait nous prélever 14 millions, d’après les calculs venant des rapports des inspections sur le sujet. Aujourd’hui, c’est 24 millions…"

"Heureusement, à court terme, cela n’impacte pas nos projets, relativise l’universitaire, qui a eu par ailleurs la bonne surprise de voir son budget général progresser de près de 1 million d’euros. "De toute façon, nous allons continuer à être raisonnables et nous n’avons pas l’intention de "faire tourner les camions" juste pour éviter d’être de nouveau ponctionnés. Mais il faut savoir ce que l’on veut : des universités prudentes ou à l'inverse qui dépensent le plus possible… quitte à gaspiller !"

Le Snesup et la Fage moins opposés à cette mesure

D’autres acteurs de la communauté sont en revanche plus nuancés quant à l’injustice d’une telle mesure. "Qu’il y ait une forme de péréquation et de solidarité entre établissements plus ou moins bien dotés, pourquoi pas, juge le secrétaire général du Snesup. Mais le problème est que cela se substitue aux financements de l’État."

Côté étudiants, contrairement à l’Unef, opposée à cette ponction sur les "investissements et la rénovation des locaux des universités", la Fage juge, elle, que le "principe de péréquation consistant à expertiser les fonds de roulement des établissements n’était pas néfaste à condition qu’il soit concerté et que le ministère précise ses intentions quant aux années 2016 et 2017."

Le budget 2016 à l’horizon

C’est d’ailleurs 2016 qui inquiète déjà les représentants universitaires. "La prochaine étape est de se battre pour le prochain budget, insiste Hervé Christophol. Les lettres de cadrage sont en train d’arriver, les universités et les écoles d’ingénieurs sont encore dans le collimateur de Bercy. Et il est clair que désormais, c’est Bercy qui dicte la ligne et le ministère qui exécute."


Camille Stromboni | Publié le

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