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Walt, une plate-forme pour mettre en avant l'apprentissage

Étienne Gless
Publié le
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La réforme de l'apprentissage initiée par Muriel Pénicaud, ministre du Travail, pousse les acteurs à revoir leur modèle d'affaires et les CFA à se rassembler.
Dans un premier temps, un chatbot sera hébergé sur Messenger, la messagerie instantanée de Facebook. // ©  Etienne Gless
Aftral, les Compagnons du devoir, le groupe IGS, RenaSup et les Maisons familiales et rurales… Ces réseaux de CFA regroupent leurs moyens dans une plate-forme pour promouvoir l’alternance auprès des jeunes. Lancement prévu en 2019.

L’initiative est symptomatique de la recomposition en cours du paysage de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin… Cinq réseaux de centres de formation d'apprentis (Aftral, les Compagnons du devoir, le groupe IGS, RenaSup et les Maisons familiales et rurales) ont annoncé, le 27 novembre 2018, le lancement d'une plate-forme en 2019.

Baptisée Walt (pour Work in Alternance), il s’agira dans un premier temps d’un chatbot accessible via Facebook Messenger qui, dès la fin de l'année, répondra en ligne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 aux questions des jeunes et de leurs familles afin de les orienter vers des métiers, des centres, des formations.

En complément, une plate-forme en ligne sera déployée dans le courant de l'année 2019, avec des contenus plus complets selon le profil de l'utilisateur : jeune, entreprise ou école. Un service d'orientation sera notamment proposé afin de faciliter les démarches des jeunes en les aidant à créer leur CV, mais surtout en les accompagnant dans leur recherche d'entreprise d'accueil. La future plate-forme devrait agréger et géolocaliser les offres d'emploi en alternance.

Du côté des entreprises, un label récompensant les entreprises vertueuses en matière d'accueil des alternants est envisagé. Walt planche également sur un service d'aide au recrutement. Gratuit, cet outil d'orientation s'adresse à toutes les filières et tous les niveaux.

Repenser le modèle économique des CFA

La loi du 5 septembre 2018 sur la "Liberté de choisir son avenir professionnel" bouleverse en effet les règles du jeu régissant les formations en alternance. Financement au contrat, allègement des conditions d’ouverture d'un CFA, possibilité pour les entreprises d’ouvrir un CFA, nouveaux processus de certification des organismes…

"Nous allons assister à un regroupement des branches professionnelles", poursuit Dominique Gobourg. "Les nouveaux Opco (opérateurs de compétences) créés par la loi pour financer l’apprentissage ne seront plus qu’une dizaine et se substitueront aux 20 Opca (organismes paritaires collecteurs agréés) actuels. Un vent de concurrence qui oblige les 965 CFA existants à repenser leur modèle économique et leur démarche commerciale."

Ce vent de concurrence oblige les 965 CFA existants à repenser leur modèle économique et leur démarche commerciale.
(D. Gobourg)

Certains acteurs craignent déjà une concurrence sauvage entre CFA et nouveaux acteurs de la formation.

"Avec l’entrée en vigueur de cette loi, le marché va réguler l’offre de formation. Nous devons nous adapter", confie Dominique Gobourg directeur de l’alternance chez Opcalia, organisme de collecte de taxe d’apprentissage et porteur du projet.

Promouvoir l'alternance et lutter contre les idées reçues

Les réseaux de CFA associés dans Walt ont dépensé 600.000 euros pour concevoir cet outil de promotion commun. Et ils en attendent beaucoup, sur l’information et l’orientation des jeunes en particulier : "En milieu rural, les entreprises peinent à trouver des jeunes en alternance. Certains métiers sont peu connus. Un conseiller d’orientation ne peut pas connaître l’intégralité des métiers", déplore Dominique Ravon, le président du réseau des MFR (maisons familiales rurales).

"Nous avons du mal à recruter des candidats dans nos métiers du transport et de la logistique", confirme Loïc Charbonnier, président d’Aftral, qui compte 44 CFA dans le secteur.

Pour 71 % des 15–34 ans, les réseaux sociaux constituent le premier mode d'accès à l'information. D'où le choix d'un chatbot hébergé sur Messenger, la messagerie instantanée du plus gros réseau social au monde, Facebook : "Nous devons innover pour parler aux jeunes : les salons, les informations publiques ne suffisent plus", ajoute le président d'Aftral.

Nous devons innover pour parler aux jeunes : les salons, les informations publiques ne suffisent plus.
(L. Charbonnier)

Si l'apprentissage est considéré comme un tremplin vers l'emploi avec un taux d'insertion professionnelle de 70 % dans les sept mois suivant l'obtention du diplôme, c'est une voie encore trop souvent dénigrée. Pour le président des Compagnons du devoir, la plate-forme Walt permettra de lutter contre les idées reçues : "Pourquoi si peu de jeunes veulent être apprentis ? Parce qu’on en parle encore comme une voie de garage, synonyme d’échec", pointe Jean-Claude Bellanger.

"L’alternance est encore trop envisagée comme une roue de secours, se désole Jean-Marc Petit, délégué général de Renasup, qui compte 17.000 apprentis. Sur le logiciel Affelnet, l’apprentissage a longtemps été équivalent au redoublement."

Pour Roger Serre, le président du groupe IGS, qui forme 9.000 alternants à des métiers du tertiaire, "notre but est de faire aimer les métiers et l’apprentissage. Sur ce point, nous avons besoin d’accélérer et de partager."


Étienne Gless | Publié le

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