Newsletter

Concours enseignants : la sélection en master rebat les cartes

Erwin Canard
Publié le
Envoyer cet article à un ami
L'Espé de Clermont est la première école du professorat à avoir décroché la certification initiale ISO 9001 en juin 2015.
Les concours enseignants seront-ils modifiés ? // ©  Isabelle Dautresme
Capes et CRPE, placés aujourd'hui en fin de M1, apparaîtront bientôt comme une anomalie dans le système universitaire français, avec l'entrée en vigueur de la sélection dès la première année de master. De quoi remettre sur le tapis la place des concours... et leurs contenus.

Le débat n'est pas récent mais il revient une nouvelle fois sur le devant de la scène. La place des concours dans le cursus de formation des enseignants a fait l'objet de nombreuses discussions. La dernière en date a eu lieu entre 2011 et 2013, au moment de la concertation pour la refondation de l'école, lorsqu'il a été décidé de placer le concours en fin de première année de master, situation actuellement en vigueur.

Pourtant, le 26 octobre 2016, le Sénat a voté la possibilité, pour les universités, de sélectionner ses étudiants à l'entrée du M1. "Ce serait logique que les concours enseignants soient au même niveau que la sélection en master, estime alors Gilles Roussel, président de l'Upem, de la commission formation de la CPU, en première ligne lors des négociations autour de la sélection en master. C'est un sujet sur lequel nous avons une vraie interrogation."

"La sélection en master devrait avoir une influence sur la place du concours, renchérit Alain Boissinot, ancien recteur et président du Conseil supérieur des programmes. La solution trouvée pour le master montre que l'on veut une cohérence entre les deux années de master et le concours à bac+4 est ainsi un reliquat du passé de plus en plus difficile à justifier."

UN CONCOURS EN FIN DE L3, DE M2 OU... SUPPRIMÉ ?

Selon lui, ce "constat est largement partagé. Il n'y a alors pas 36 solutions mais trois : mettre le concours à l'entrée en master, en fin de L3 ; à la sortie de master, en bac+5 ; ou le supprimer." Chacune de ces décisions entraînerait une multitude de bouleversements, tant pratiques qu'idéologiques.

"Si on place le concours en fin de L3, une des questions compliquées à résoudre, c'est le statut des stagiaires, explique Jacques Ginestié, président du réseau national des Espé (Écoles supérieures du professorat et de l'éducation). Ils seraient en effet fonctionnaires-stagiaires durant deux ans et devront donc être payés comme tels, mais cela coûte cher."

En outre, " il faudra commencer une préprofessionnalisation en licence, au risque, sinon, de se retrouver en master avec des étudiants ayant réussi le concours mais qui réalisent ne pas être faits pour se retrouver devant des élèves", souligne Gilles Roussel.

Un concours en fin de L3 signifierait également que le master tout entier soit recentré sur la formation professionnelle alors que, actuellement, le M1 laisse une grande place à l'enseignement des savoirs académiques, en vue de la préparation au concours. "Les Espé deviendraient alors davantage autonomes vis-à-vis des universités, ce qui peut leur poser problème", présume Philippe Watrelot, formateur à l'Espé de Paris et qui a participé à la concertation sur la formation des enseignants en 2011-2012.

Les Espé deviendraient davantage autonomes vis-à-vis des universités, ce qui peut leur poser problème (P. Watrelot)

LA QUESTION DU NOMBRE DE CANDIDATS AU CENTRE DES DÉBATS

Placer le concours en fin de master nécessiterait de revoir les attendus des concours et de les professionnaliser davantage. "Tant que le concours sera sur les connaissances disciplinaires, la formation le sera aussi", relève Jacques Ginestié, partisan d'un double concours : un premier porté sur les disciplines en fin de licence et un autre, en fin de master, sur la pratique professionnelle. Mais "un concours en fin de M2 augmenterait le problème de vivier : plus le concours est loin, moins il y a de candidats", estime Philippe Watrelot.

Ce problème de vivier amène Alain Boissinot à envisager purement et simplement la suppression du concours. "Un concours est fait pour sélectionner les meilleurs lorsque l'on a pléthore de candidats. Or, nous avons un gros problème de vivier. Dans ces conditions-là, l'on se demande vraiment, à quoi sert le concours." Une telle réforme remettrait toutefois en cause le statut de la fonction publique des enseignants.

LE MINISTÈRE SATISFAIT DU CONCOURS EN M1

Au ministère de l'Éducation nationale, on explique que "la loi en cours d'examen sur la sélection en master n'oblige pas à procéder à une sélection, et d'autant moins que, concernant les enseignants, on cherche plutôt à recréer un bon vivier de candidats."

Ainsi, le ministère se refuse à envisager une modification du concours et de place, se satisfaisant d'avoir trouvé, avec le concours en fin M1, "un bon compromis." Le son de cloche est le même chez Daniel Filâtre, président du comité de suivi des Espé, qui vient de sortir un rapport sur la formation des enseignants (voir encadré) :"Le système a surtout besoin de stabilité."

François Fillon préparerait une évolution de la formations des profs
Outre la sélection en master, l'élection présidentielle pourrait rebattre les cartes. Dans son programme, François Fillon, dont l'équipe réfléchirait activement à réformer la formation des enseignants, propose notamment que les lycées professionnels soient placés sous la responsabilité des régions et qu'il n'y ait pas plus de cinq enseignants en 6e et 5e. Autrement dit, ils enseigneraient plusieurs disciplines. Autant de changements qui, s'ils se réalisent, entraîneraient indubitablement une modification des concours enseignants.
Pour un continuum de la formation enseignant
Daniel Filâtre, président du comité de suivi des Espé et recteur de l'académie de Versailles, a publié, le 29 novembre 2016, un rapport intitulé "Vers un nouveau modèle de formation tout au long de la vie." "Après s'être penché sur l'installation des Espé les années précédentes, répond Daniel Filâtre à EducPros, il était normal qu'en 2016, l'on commence à revenir sur les ambitions de la réforme. Nous avons donc travaillé sur une approche de formation continuée et tout au long de la vie."

Pour le recteur, une approche globale de la formation des enseignants en trois temps est nécessaire, dans un continuum : avant le concours ; du master jusqu'à la troisième année de titularisation (T3) ; après la T3. Après la T3, "nous considérons que le professeur n'est plus débutant et que l'on doit désormais axer la formation sur le développement professionnel", précise Daniel Filâtre.

Erwin Canard | Publié le

Vos commentaires (4)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Marie.

Oui c'est du grand n'importe quoi, les M1 sont trop jeunes et inexpérimentés.

Dity.

"apparaîtront bientôt comme une anomalie" LOL à peu près tout le monde est d'accord pour dire que les épreuves en avril en fin de M1, c'est du grand n'importe quoi...

Patrick Pelayo.

Il n’y a pas 3 solutions mais quatre pour le concours et sa place La quatrième solution Une admissibilité au concours en fin de licence servant de sélection pour le M1 (1 épreuve disciplinaire ou pluridisciplinaire pour les PE et une 2nde attestant d’une capacité à avoir une réflexion sur les problématiques éducatives) Une Admission en fin de M1avec des épreuves professionnelles et plus de stages dans la formation. Cela permettant de n’avoir des statuts FS qu’en M2

Loys Bonod.

La polyvalence disciplinaire au collège : la Cour des comptes en rêvait en 2013, François Fillon l'appliquerait donc quelques années plus tard… Il est vrai qu'avec la globalisation disciplinaire en sciences (en 6e) et en arts, la réforme 2016 a largement ouvert la brèche.

Les annuaires du sup

Newsletters gratuites

Soyez informés de l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Abonnez-vous gratuitement

Je m'abonne