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Idex : Jean-Marc Rapp défend les choix du jury

Camille Stromboni
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Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni
Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni // ©  Camille Stromboni

Huit regroupements universitaires ont été présélectionnés pour les Initiatives d’excellence sur les 20 candidats qui convoitaient une partie des 3,1 milliards d’euros. Succès du challenger niçois et des établissements lillois, retoquage des Idex montpelliérain et lorrain en Isite, échec des pôles multirégions comme l’Université Bretagne Loire… Jean-Marc Rapp explique les choix du jury qu’il préside à nouveau pour cette saison 2 des Investissements d’avenir.

Jean-Marc Rapp. Président du jury Idex, ce professeur à l'université de Lausanne a présidé l'EUA (European University Association) jusqu'en 2012Cette première sélection de la saison 2 des Idex [Initiatives d’excellence] a pu créer quelques surprises. Par exemple, le succès du projet niçois, qui était le challenger puisqu’il candidatait pour la première fois…

Nous avons noté en effet une vision commune forte des porteurs de l’Idex UCA [Université Côte d’Azur]. Au-delà du potentiel scientifique, évidemment nécessaire, nous avons jugé la trajectoire présentée prometteuse et crédible, et apprécié le soutien du tissu économique.

Vous avez en revanche recommandé à Montpellier, qui possède pourtant un potentiel scientifique conséquent, de revoir son projet d’Idex en Isite. Même chose pour les Lorrains. Pourquoi ?

Le projet montpelliérain présenté était centré sur les sciences de la vie. Il s’est focalisé sur ce domaine, comme le sont certaines grandes universités internationales, notamment en Norvège. C’est pourquoi, étant donné les règles du jeu, il nous semblait correspondre plutôt à ce qui est attendu d’un Isite.

En effet, le gouvernement nous a bien précisé, dans une note explicative, ce qui différait entre un Idex et un Isite : il s’agit non pas de la qualité scientifique exigée, qui est exactement la même, mais du spectre et de la variété des disciplines portées.

De la même manière en Lorraine, nous avons constaté un cœur de compétences dans le domaine de l’ingénierie et des sciences des matériaux, où les établissements sont très forts, mais cela ne correspond pas à une université "complète" comme on l’attend d’un Idex.

Cette recommandation n’est-elle vraiment qu’indicative ? Ces deux projets peuvent-ils avoir leurs chances s’ils persévèrent à présenter un Idex lors de la sélection finale de cette première vague, qui interviendra en janvier 2016 ?

Il s’agit d’une appréciation du jury mais ce sont les candidats qui choisissent. Ils présentent le projet dans la catégorie qu’ils souhaitent. Nous avons simplement remarqué que le périmètre du dossier correspondait à un Isite, mais ils peuvent aussi présenter un autre projet avec un spectre plus large. Ce sera leur décision.

Les Lillois passent pour la première fois la barre de la présélection des Idex. Pourquoi ?

Il y a eu des progrès très clairs dans la définition des partenaires et dans la construction d’une vision commune. Des universités se sont regroupées, la trajectoire est claire et prometteuse, l’ambition scientifique est là. Le projet mérite donc de poursuivre la compétition.

Nous devons respecter les conditions de l’appel à projets des Initiatives d’excellence : il s’agit de viser la création d’universités à visibilité internationale.

En observant le type de regroupements récompensés et ceux écartés, comme les candidats unissant les Bretons et les Pays de la Loire ou le pôle Centre Limousin Poitou-Charentes, n’y a-t-il pas une condition implicite pour être retenu : tendre vers un modèle très intégré préfusionnel ou fusionnel, sur un territoire restreint ?

Non. C’est inexact. La Comue Université Bourgogne-Franche-Comté a été retenue, alors qu’elle unit des établissements de deux régions différentes avec des universités séparées par un nombre important de kilomètres.

Mais nous devons respecter les conditions de l’appel à projets des Initiatives d’excellence : il s’agit de viser la création d’universités à visibilité internationale. Cela signifie qu’elles doivent être bien identifiées pour attirer étudiants, enseignants et chercheurs internationaux. L’étudiant doit savoir où il s’inscrit et l’enseignant-chercheur par qui il est recruté.

Cela implique un certain nombre de conditions, comme celle d’avoir une politique de ressources humaines commune et ambitieuse, respectant des processus d’excellence tels que le recrutement via des comités internationaux. On peut atteindre cet objectif par différents moyens – cela peut être avec une Comue si on la dote vraiment des compétences nécessaires – mais, si cette ambition de mise en commun est absente, c’est un vrai point noir.

Et bien sûr cela ne se fait pas en un jour, c’est pourquoi nous nous intéressons aux trajectoires.

Le modèle confédéral n’est donc pas exclu ?

Tout dépend de ce que l’on entend par ce mot, qui peut correspondre à des réalités très différentes. Une confédération peut tout à fait donner à sa direction des prérogatives stratégiques, en matière de ressources humaines notamment, ou de répartition partielle des spécialisations entre sites. Et être donc véritablement une université en devenir. Ou bien cela peut signifier une association plus lâche d’institutions qui veulent rester indépendantes en collaborant seulement sur certains projets.

Mais lorsque des candidats défendent un modèle "confédéral" d’établissement en conservant l’autonomie des composantes en dehors d’un périmètre très limité, si on ne se paie pas de mots, cela paraît difficile de croire qu’ils visent vraiment la création d’une université visible internationalement.

Il faut aussi rappeler que l’un des objectifs des Investissements d’avenir est de conduire à une modification du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche français, marqué par l’éclatement entre universités, écoles et organismes.

Nous nous intéressons aux trajectoires.

Concernant les huit dossiers présélectionnés, quels changements attendez-vous entre les deux tours ?

Nous avons d’une part apporté des recommandations sur mesure à tous les candidats, qui peuvent les partager publiquement s’ils le souhaitent, et d’autre part des remarques générales [voir le rapport].

Nous avons noté, par exemple, des références parfois surprenantes à des modèles comme l’université de Québec ou celle de Californie, alors que ces dernières sont des systèmes universitaires et non pas des universités. Ce n’est pas pertinent compte tenu des ambitions affichées, en particulier quand on cite ces modèles pour évoquer la volonté d’apparaître dans des classements internationaux, où ces dernières ne figurent pas. Il sera donc judicieux dans ces cas de réaliser des analyses comparatives plus rigoureuses à l’international.


Camille Stromboni | Publié le

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walsdorff.

Propos d'une grande clarté. Certains responsables devraient le relire avant de se présenter une énième fois avec un projet bancal, avec l'assurance que le temps joue pour eux.

Sirius.

Excellente interview. Cela fait plaisir de constater que le président du jury a des idées claires et une vraie connaissance de l'univers international des universités. Alors que certains groupements défendent l'idée d'"université confédérale". Alors que celles-ci n'existent pas en réalité. Leurs exemples, toujours les mêmes, University of London ou University of California ne sont tout simplement PAS des universités, mais des mini-ministères de l'enseignement supérieurs qui gèrent les budgets d'une partie des universités locales.