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Jean-Luc Mélenchon veut mettre la VIe République à l’université

Erwin Canard
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Jean-Luc Mélenchon propose de dissoudre les Comue.
Jean-Luc Mélenchon propose de dissoudre les Comue. // ©  Ian HANNING/REA
Cadrage national des conditions d'admission en licence, mandat unique pour les présidents d'université, fin des Comue... Dans une interview réalisée par écrit pour EducPros, Charlotte Girard, responsable du programme de Jean-Luc Mélenchon, détaille ses propositions. Nouveau volet de notre série d'entretiens à l'occasion de l'élection présidentielle.

Charlotte GirardVous souhaitez rendre l'université gratuite dès 2017. Pourquoi et comment une telle mesure serait-elle possible, seulement quelques semaines après votre arrivée au pouvoir ?

Rendre l’université gratuite est un signal. Il s’agit d’imposer un coup d’arrêt à la marchandisation du savoir et de réaffirmer le legs constitutionnel du Conseil national de la Résistance. On l’oublie un peu, mais le préambule de 1946 prévoit la gratuité de l’enseignement public à tous les niveaux ! Cette mesure est facile à mettre en œuvre, son coût a été inclus dans notre chiffrage global. La loi de finances rectificative de juillet 2017 permettra d’intégrer les 275 millions requis au budget de l’université.

Le total des frais d’inscription réglementaires représente une somme de 385 millions d’euros, mais 110 millions sont déjà reversés par l’État au titre des exonérations diverses, et toutes les universités ont déjà une ligne correspondant à ces transferts dans leur budget. La prise en charge par l’État passera par ces canaux existants.

Quelle est votre position sur la sélection à l'entrée de l'université ?

Les débats sur la dose de sélection à appliquer en licence reviennent à discuter de la gestion de la misère. Nous ne partageons pas cette vision malthusienne qui vise souvent les jeunes des classes populaires. Nous voulons investir dans l’enseignement supérieur public, notamment en embauchant des enseignants-chercheurs et personnels administratifs et de bibliothèque.

Au-delà de ça, il faudra consulter les instances compétentes, mais aussi les organisations étudiantes et les sociétés savantes, pour élaborer un cadre national qui spécifiera l’inventaire des diplômes, ainsi que les conditions pour être admis de droit dans un cursus de licence (essentiellement le type de baccalauréat) ou de master. Cela permettra de garantir des places en DUT ou en BTS aux bacheliers de filières technologiques et professionnelles.

Pour les étudiants ne satisfaisant pas ces conditions, les universités pourront procéder à un examen des dossiers, mais elles devront prévoir des années blanches, c’est-à-dire une remise à niveau pour des étudiants venant de spécialités différentes.

Pourquoi voulez-vous abroger les lois LRU et Fioraso ?

Le désengagement de l’État de l’ESR passe très largement par la mal-nommée "autonomie" des universités, acquise via la LRU, la loi Pécresse de 2007, et renforcée en 2013 par la loi Fioraso. Son approfondissement est dans les programmes de tous les candidats sortants (Hamon, Macron, Fillon).

Rendre les universités autonomes sans leur donner les moyens correspondants était un cadeau empoisonné. Quand l’augmentation des coûts de l’énergie n’est pas compensée, les universités doivent choisir entre recruter et payer le chauffage. Même chose pour la politique salariale du ministère, jamais compensée financièrement... C’est la faillite assurée. 

Rendre les universités autonomes sans leur donner les moyens correspondants était un cadeau empoisonné.


En conséquence, les universités développent des stratégies de compétition toujours plus féroces entre elles. Les plus grosses fusionnent entre elles, créant ainsi un système universitaire à deux vitesses : les petites universités, souvent dans des villes de moyenne taille, et les campus taille XXL, qui accélèrent la concentration urbaine et les dynamiques de concurrence.

Cette évolution alimente également la crise de la démocratie universitaire. On a vu des conseils d’administration auxquels l’opposition n’avait pas reçu de convocation en bonne et due forme, ou bien des présidents perdre leur majorité mais sauver leur poste grâce aux voix de membres nommés. On pourrait aussi parler de l’explosion des frais somptuaires et des primes exécutives dans certaines universités fermant des cursus et gelant des postes... Cela ne peut plus durer ! Il faut mettre la VIe République à l’université : un mandat unique sera instauré pour les présidents, qui seront désignés et pourquoi pas révoqués par les membres élus du CA, par eux seuls, et en leur sein.

Vous souhaitez donc supprimer les Comue mais, dans le même temps, associer les grandes écoles et les universités. Quelle forme prendrait cette association ?

Les Comue sont des monstres bureaucratiques et servent à contourner la démocratie universitaire. Elles seront dissoutes. Cela ne signifie pas que nous soyons opposés à toute forme de mise en réseau. Bien au contraire ! Les réformes Pécresse et Fioraso ont mis en danger des réseaux efficaces, librement consentis et basés sur des projets réels.

S’agissant de la réintégration des grandes écoles au système universitaire, l’étape majeure est la création d’un nouveau cadre national de l’université. Cette structure reposera sur l’association du CNU (Conseil national des universités) et du Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche), tous les deux renouvelés et démocratisés. Elle garantira l’équité des moyens, la lisibilité des offres de formation et le caractère national des statuts. Le Cneser sera consulté sur les dotations budgétaires et il veillera à ce que les écarts de financement soient résorbés par le haut.

L’appartenance à cette structure sera la condition pour la reconnaissance des diplômes d’un établissement par l’État. Les grandes écoles auront donc vocation à intégrer ce cadre national.

Les Comue servent à contourner la démocratie universitaire.

Vous souhaitez développer les BTS et DUT : cela signifie-t-il ouvrir plus de places dans les filières sous tension. Et à qui seront  destinées ces voies ?

Notre volonté est en effet de permettre la poursuite d’études en BTS et en DUT. En ouvrant des places mais aussi en agissant de façon active pour encourager les lycéens, en particulier des voies professionnelles et technologiques, à poursuivre dans ces voies. Ainsi, nous introduirons pour ces derniers un système de bonifications dans la procédure APB vers certaines filières sous tension.

Pourquoi vouloir supprimer les aides pour l'alternance alors que cette dernière permet à de nombreux jeunes d'entrer sur le marché du travail ?

Nous souhaitons uniquement supprimer des exonérations de cotisations sociales pour l’apprentissage. Or, l'alternance ne se limite pas à l’apprentissage. Elle se pratique aussi dans la voie professionnelle sous statut public. C’est cette dernière que nous voulons favoriser en lui accordant davantage de moyens, notamment une plus grande part des ressources de la taxe d’apprentissage.

L’apprentissage, qui correspond à certains parcours, se caractérise en effet par un taux d’abandon élevé, supérieur à 25 % en moyenne. Nous recherchons ainsi les voies les plus efficaces pour les jeunes souhaitant s’insérer sur le marché du travail. À cet effet, nous créerons par ailleurs une Bourse publique des stages.

Espe, place du concours… Que proposez-vous concernant le recrutement des enseignants ?

Nous voulons recruter 60.000 enseignants en cinq ans. C’est urgent au vu de l’augmentation des besoins liés à la démographie scolaire et à l’insuffisance des créations ces cinq dernières années. Il y a aujourd’hui plus d’élèves par classe que sous Sarkozy.

Nous connaissons la crise de recrutement qui frappe certains concours. Nous instaurerons donc un plan de prérecrutement en terminale et en licence. Le but est aussi de porter un maximum d’étudiants des classes populaires jusqu’à ces métiers. Au bout de quelques années, les enseignants seront à nouveau issus des mêmes milieux que leurs élèves.

Nous mettrons en place un cadrage de la formation dans les Espe (écoles supérieures du professorat et de l’éducation). En plus d’une formation aux droits de l’enfant et aux sciences de l’éducation, nous associerons des mouvements pédagogiques agréés à la formation des enseignants. L’année de stage se fera à tiers temps sur le service du tuteur.


Erwin Canard | Publié le

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Jean-Claude.

Les propositions de M. Mélanchon sont assez doctrinaires. Je suis par contre d'accord avec lui pour que les études supérieures soient gratuites pendant la scolarité, mais qu'elles soient partiellement remboursées après l'obtention du diplôme (pour ceux qui sont dans l'emploi), avec retour au moins partiel de ces sommes à l'établissement de formation. Ainsi les établissements délivrant des diplômes de qualité et correspondant aux besoins de la société seraient privilégiés. Cette boucle vertueuse manque cruellement dans notre pays. Quant aux grandes écoles, qu'Alpha se renseigne sur le nombre de boursiers qu'on y trouve, il verra que ce ne sont pas, dans la grande majorité des cas, des écoles pour fils à papa, de plus les boursiers y suivent les cours et participent aux examens qu'ils réussissent. Qu'il regarde le % de diplômés par rapport au nombre de recrutés, il est quasiment toujours supérieur à 95%... Toutefois, là où je suis d'accord avec M. Mélanchon, c'est sur le poids de plus en plus élevé des droits de scolarité, mais cela impacte surtout les classes moyennes, les boursiers étant exonérés de ces droits de scolarité.

Scarpalezos.

La question de la démocratie n'est pas résolue concernant les organes de nomination des nouveaux enseignant chercheurs, en plus le risque de donner trop de pouvoir au C.N.U en matiére de nominations risque de stériliser la recherche universitaire en faisant disparaitre les écoles de pensée minoritaire et les champ de recherche qui déplaisent aux grands maîtres du moment . L'indépendance des université en matiére de nominations à l'étape finale est indispensable à l'indispensable pluralisme de la recherche. sinon on s'oriente vers un "comité central de la science" expression du parti unique des réseaux dominants par secteurs et de leur éventuel désir de faire disparaître leur contradicteurs,. ( par exemple néolibéraux en économie, antirévolutionnaires type Furet en histoire,et partisans du dernier modèle à la mode en mécanique quantique, en Physique , etc) La mise en place d'une partie tirée au sort dans toutes les instances de nomination pourrait freiner les mécanismes de favoritisme car les "jurés" ne doivent leur nomination à personne et peuvent plus difficilement être amenés à laisser faire des injustices flagrantes. Un systéme mixte est seul capable de modéré les défauts des systémes "pures" (tout le pouvoir du début à la fin aux instances locales, tout le pouvoir au C.N.U., rien que des nommés, rien que des élus, rien que des tirés au sort etc) le pluralisme en recherche , l'honnéteté dans les évaluations sont des sujets trop importants pour être laissés à une poignée de présumés "excélents" élus ou nommés au niveau central. l'expérimentation est nécessaire pour arriver à un sysstéme optimal mais d'ors et déjà évitons les risques du "parti unique-CNU tout puissant" et la concentration des nomination au niveau nationale car seul une autonomie scientifique (et par conséquent possibilité de décider des nominations en dernière instances) des universités peut éviter la sclérose en sciences aussi bien "dures" que "sociales" Évitons les grands risque drappés de bonnes intentions bureaucratiques." ainsi que la stérilisation sous prétextes d"excellences" décidées "centralement" D.Scarpalezos

Sirius.

Cette université "VIème République" ressemble plutôt à l'Université Impériale, totalement centralisée autour du CPU/Cneser. Quant à la "réintégration" (Ah bon, elles ont déjà été intégrées ?) des grandes écoles dans les universités avec alignement des ressources, c'est leur destruction pure et simple. Le progrès, quoi.

Alpha.

L'Université impériale, c'est plutôt celle des petits ou grands potentats locaux que sont la plupart des Présidents d'Université actuels grace à la LRU. Ce qui est proposé c'est de donner une place nouvelle aux CNU (que Sirius confond avec la CPU). Quant aux grandes écoles, c'est : plus vous êtes biens nés et plus on vous donne. Des dispositifs à la marge ratissent quelques bons éléments extérieurs au cercle, mais en les intégrant à la norme idéologique mainstream. Faire entrer un air démocratique dans ces institutions sera une bonne chose pour éviter de se réveiller un jour avec une 5e République aux mains de l'extrême droite.

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