Marc Martinez (ADBU) : "Nous prévoyons une rentrée normale, sans réservation et sans jauge dans les BU"

Amélie Petitdemange
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Composée de 800 membres, l'ADBU veut mettre en valeur le rôle des bibliothèques universitaires dans l'enseignement supérieur.
Composée de 800 membres, l'ADBU veut mettre en valeur le rôle des bibliothèques universitaires dans l'enseignement supérieur. // ©  Adobe Stock/WavebreakMediaMicro
L'association française des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation demande que les conservateurs et conservateurs généraux des bibliothèques soient formés à l’ISP, l’Institut du service public qui remplace l’ENA en janvier 2022. Marc Martinez, son président, explique cette proposition et dresse les enjeux de la rentrée pour les bibliothèques universitaires.

Quel est le rôle de l'ADBU et quels sont ses enjeux ?

 // © ADBU

L’ADBU est l’association des cadres des BU (bibliothèques universitaires). Nous sommes plus de 800 membres et très représentatifs car il y a 2.000 cadres dans les BU françaises.

Nous menons des actions de communication et de lobbying pour faire reconnaître et mieux valoir le rôle des BU dans l’ESR (l’Enseignement supérieur et recherche). Nous faisons aussi des remontées terrain au ministère. La crise du Covid a rendu plus évident encore ce côté "interlocuteur". Nous avons par exemple réussi à maintenir les BU ouvertes à partir du deuxième confinement.

Depuis que les établissements sont autonomes, nous avons un rôle sensiblement différent. Ce que faisait le ministère a été délégué aux établissements, notamment la politique d'IST (information scientifique et technique), or c’est une politique qui doit être déployée au sein de chaque université. Nous assurons donc cette homogénéisation. Nous avons le souci que les politiques des établissements soient articulées de façon cohérente au niveau national.

Le réacteur de l'ADBU, ce sont cinq commissions thématiques avec une centaine de membres : recherche, pédagogie et documentation, signalement et système d’information, évaluation et pilotage, et la commission métiers. Il y a également un groupe de travail sur les questions d’open education (ressources éducatives libres) et un autre sur le patrimoine. Nous avons un rôle comparable à celui de la CPU (Conférence des présidents d'université) pour les établissements, même si nous ne sommes pas une conférence.

Vous demandez que les conservateurs des BU soient formés à l’ISP (Institut du service public), qui remplace l’ENA l’année prochaine. Pour quelles raisons et comment cette proposition a-t-elle été accueillie ?

Depuis 2015, il y a une scission dans la formation des conservateurs. Les conservateurs d'État sont formés à l'Enssib (École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques) et les conservateurs territoriaux à l’Inet (institut national des études territoriales).

Les conservateurs font partie des hauts cadres (catégorie A) de l’État et sont dotés de missions d’expertise supérieures, il paraît donc normal que l'Enssib soit associée au tronc commun de l’ISP. Ils sont par ailleurs souvent en lien avec d’autres fonctionnaires dans le cadre professionnel, il faut donc garder une culture commune. Ce serait clairement anormal d’avoir un décrochage avec les autres corps d'encadrement supérieur de l'État.

L'objectif est d'avoir la profession la plus unifiée possible.

Les conservateurs territoriaux ont la même problématique car le tronc commun ISP / Inet ne les concerne pas pour l’instant. L'objectif est d'avoir la profession la plus unifiée possible.

Pour le moment, nous n’avons pas reçu de réponse formelle. Mais nous croyons savoir que l'Enssib et l’Inet pourraient être raccrochés à l’ISP dans le cadre d’une deuxième vague. La date est encore indéterminée.

Le gouvernement sonne le glas pour l’ENA

Quels sont les enjeux pour les bibliothèques universitaires à l’aune de la crise sanitaire ?

Ils sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, continuer à rendre le service quoi qu’il en coûte. Pendant la phase de confinement sec, nous avons basculé l’intégralité de nos services en ligne.

Les BU représentent 70 millions d’entrées par an. Notre premier service, c’est donc offrir des places de travail et d’être ouvert. Ce n’était plus possible, nous avons donc renforcé les services de formation et de médiation sous forme numérique ainsi que la documentation.

À partir du moment où nous avons réussi à rouvrir, le 11 mai 2020, nous n’avons plus refermé. Ensuite, nous avons assuré une rentrée de septembre la plus normale possible et gardé un service de présence sur place de personnels. Lors du confinement d'octobre, nous étions ouverts avec un système de réservation et une jauge de 50%. Le système a fonctionné et il s'est révélé sûr du point de vue sanitaire puisqu’il n’y a pas eu de cluster.

Quel rôle ont joué les BU auprès des étudiants pendant la crise ?

Le premier rôle, c’était de les accueillir. Pour les étudiants confinés, les BU ont été des lieux d'échange, de rencontre, de travail… Ce service a été extrêmement bénéfique pour les étudiants qui n’avaient pas d'autres lieux pour se retrouver sur le campus.

Nous avons aussi déployé de nouveaux services, notamment pour lutter contre la fracture numérique. Nous avons par exemple prêté des ordinateurs portables, souvent avec des aides des régions et métropoles. Enfin, nous avons continué à assurer nos autres missions : formation à la maîtrise de ressources documentaires, appui à la recherche, et des activités culturelles sous forme numérique.

Nous avons réussi à maintenir une activité en dépit de la fatigue épidémique. Les équipes ont été mises à rude épreuve. Elles ont fait preuve d’un engagement sans réserve et d'imagination pour s’adapter.

Comment va se dérouler la rentrée 2021 dans les BU ?

Nous faisons partie des services parmi les plus réactifs et organisés dans les établissements. Nous sommes restés à une jauge de 50% sur réservation malgré les fluctuations sanitaires.

Nous gardons tous les dispositifs et protocoles pour pouvoir les déployer si la situation sanitaire l'exige.

Nous prévoyons une rentrée normale sans réservation et sans jauge. Le décret est effectif depuis début juillet mais il y a de toute façon peu de monde l’été, donc toutes les BU ne l'ont pas encore mis en place.

L'objectif, c’est d'aborder la rentrée avec ce scénario optimiste. Cela dit, on prévoit la possibilité de revenir à l’ancien protocole durant toute l’année universitaire. Nous gardons tous les dispositifs et protocoles pour pouvoir les déployer si la situation sanitaire l'exige.

Le fonctionnement des BU sera-t-il modifié à l’avenir, en tirant des leçons de la crise ?

Il y a des choses qui vont rester mais il est trop tôt pour déterminer lesquelles. Nous ne savons pas encore ce qui était lié à la crise et les bonnes découvertes qu’on pourrait garder. La première inconnue, c’est l'impact du télétravail. Y aura t-il une volonté de l'accroître parmi les collègues après la crise ? Il faudra aussi mesurer l’impact sur le public.

Dans tous les cas, nous resterons un service qui accueille en masse. Pendant les cours à distance, de nombreux étudiants venaient dans les BU car ils se sentaient seuls chez eux ou qu’ils n’avaient pas de wi-fi. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte. Le bilan sera fait à l’usage, en fin d’année universitaire 2021–2022.


Amélie Petitdemange | Publié le