Nicolas Sennequier (Institut Mines-Télécom) : "Mutualiser les forces des écoles tout en les laissant libres de mener leurs propres actions"

Propos recueillis par Céline Authemayou
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Nicolas Sennequier
Nicolas Sennequier
Créé en mars 2012, l’Institut Mines-Télécom vient de présenter son plan stratégique pour les quatre prochaines années. Formation, recherche, international… Les ambitions de l’établissement public sont doubles : valoriser les études scientifiques et technologiques, et soutenir le développement économique. Nicolas Sennequier, directeur de la stratégie de l’IMT, détaille les orientations de ce plan.

Pourquoi présenter une stratégie d'ensemble aujourd'hui, plus d'une année après la création de l'Institut Mines-Télécom ?

Lorsque l'IMT a été créé en 2012, la définition d'une stratégie a été l'un des premiers chantiers auxquels se sont attelées les équipes. Nous avons souhaité à la fois aller vite, mais aussi nous donner du temps pour impliquer et consulter un maximum de personnes. D'où ce délai d'une année. Notre volonté est de mutualiser les forces des écoles, tout en laissant à ces dernières la possibilité de mener leurs propres actions.

Vous avez défini quatre objectifs prioritaires, portant sur la formation, la recherche, les relations avec les entreprises et l'international. Commençons par la formation : votre ambition est notamment de développer l'alternance.

C'est exact, mais en plus d'augmenter le flux d'élèves (toutes les écoles de l'Institut ont au moins un cursus par apprentissage), nous voulons que les formations proposées sous ce statut soient reconnues à leur juste valeur. Aujourd'hui, elles souffrent encore d'une image moins valorisante que les formations "classiques", délivrées sous statut étudiant. Or, nous sommes convaincus que l'alternance permet de former des jeunes de grande valeur.

Comment changer cette image ? Grâce à un travail de lobbying ?

Cela passe par des actions de promotion auprès des futurs élèves. Par exemple, il faut leur faire savoir qu'aux Mines d'Albi et à Télécom ParisTech, les élèves apprentis obtiennent exactement le même diplôme que les étudiants. Et puis, oui, cela passe aussi par des rencontres avec les pouvoirs publics et les instances patronales, pour faire valoir la qualité de ces cursus.

Autre sujet, très en vogue, celui des Moocs. L'Institut vient de créer une "Fabrique à Moocs". Quel est son objectif ?

Les Moocs constituent aujourd'hui une nouvelle façon d'enseigner et d'apprendre. La Fabrique à Moocs permet de créer des cours et de mutualiser les forces. Pour accompagner ce développement, nous avons recruté deux personnes : un ingénieur pédagogique multimédia et un vidéaste. Dès janvier 2014, trois Moocs créés sous la marque Institut Mines-Télécom seront disponibles sur France université numérique.

Vous parlez de "mutualiser les forces" : l'Institut le fait déjà au niveau de la recherche, avec des équipes et des laboratoires communs, à l'image par exemple du Secure Compression Lab, dont les partenaires sont l'IMT et deux entreprises. L'idée est-elle de poursuivre en ce sens ?

En effet, c'est l'objectif. Nous devons regarder là où il sera pertinent de créer des structures communes, mais nous avons déterminé sept programmes de recherche transversaux : ville intelligente et durable ; transition énergétique ; santé et autonomie ; entreprise du futur ; risque et sécurité ; innovation, modèles économiques, usages et régulation et enfin production industrielle durable. Ces thèmes ont été choisi car ils répondent à des besoins économiques.

L'une de nos priorités est de renforcer nos liens avec les PME

Les écoles membres de l'IMT sont sous tutelle du ministre en charge du redressement productif. Arnaud Montebourg, en visite à Telecom ParisTech il y a quelques semaines, a rappelé le rôle crucial de vos écoles dans la proximité avec les entreprises. Comment s'inscrit ce point dans votre plan stratégique ?

L'une de nos priorités est de renforcer nos liens avec les PME. Nous entretenons déjà des relations avec ces entreprises, mais il faut bien reconnaître que les acteurs de l'IMT sont plus à l'aise avec les grosses entreprises. Nous allons continuer de développer notre "club PME", qui compte une centaine de partenaires. De même, nous allons étudier la possibilité d'étendre ou de répliquer l'initiative menée par les Mines d'Alès, qui a créé une école de l'innovation et de la performance, qui propose aux PME et aux TPE un accompagnement personnalisé.

Un dernier point important dans votre plan stratégique 2013-2017 concerne l'international. Pourquoi vouloir faire de l'IMT un "acteur mondial" ?

Nous avons bien conscience que dans l'enseignement supérieur, une mondialisation est en cours. Si c'était déjà le cas dans la recherche, c'est de plus en plus vrai dans la formation, avec des étudiants qui sont davantage mobiles. Le classement de Shanghai est symptomatique de cette concurrence mondiale. Il est donc essentiel d'intégrer cette dimension, pour répondre aux besoins de l'économie française : cette dernière a besoin d'ingénieurs familiers de la culture internationale mais aussi de diplômés étrangers ayant suivi une formation "à la française".

Aujourd'hui, les écoles de l'institut reçoivent environ 30% d'étudiants internationaux, avec historiquement des chiffres plus importants dans les écoles Télécom que dans les Mines. Le but est de diversifier les nationalités présentes : nous sommes en train de définir les pays prioritaires et dès 2014, un recrutement mutualisé dans ces pays sera mis en place pour l'IMT. C'est déjà le cas pour la Chine et pour l'Inde. Et le Brésil pourrait être le prochain pays visé.


Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le