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Chercheur et startuper : l'avenir de la recherche française ?


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Agence digitale, espace de bureaux partagés et incubateur, Digital Village ouvre ses portes aux travailleurs indépendants, dans le secteur du digital.
Pour Francky Trichet, "il faut créer de nouvelles conditions "d'épanouissement entrepreneurial" pour les jeunes diplômés, en priorité de niveau master et doctorat". // ©  Digital Village
Dans une tribune pour EducPros, Francky Trichet, vice-président numérique de l'université de Nantes, plaide pour une meilleure articulation entre le monde de la recherche et celui des entreprises innovantes.

"Si l'idéal du devenir d'un(e) jeune doctorant(e) en France n'était plus d'intégrer un laboratoire de recherche mais de créer sa start-up ? Et si la prochaine grande licorne mondiale était issue d'un laboratoire français et la Chief Executive Officer une chercheuse encore active et publiante ?

La recherche française s'en porterait-elle moins bien ?

Non, bien au contraire !

Le financement de la recherche publique est en panne. Les laboratoires tournent au ralenti et les chercheurs sont usés de consacrer une majeure partie de leur temps à la quête d'argent. Et, pour les heureux élus, le temps du suivi administratif du contrat est bien souvent aussi long que le temps de recherche pure.

Les chercheurs français ne s'épanouissent plus au quotidien. Ils s'éloignent dangereusement de leur mission d'origine, qui reste de faire de la science (théorique ou appliquée) et de contribuer à la société de la connaissance. Et ce n'est pas leur niveau de salaire qui permet d'atténuer ce sentiment de frustration – et, pour certains, de déception – de plus en plus marqué entre la promesse initiale du recrutement et la réalité du métier d'aujourd'hui.

Devenir chercheur en France en 2016 ne fait pas rêver. Et on comprend pourquoi.

Parallèlement à cette situation critique, l'émergence des start-up et de la FrenchTech s'accélère depuis 2014. La "France Start-up République" est en marche et elle attire de plus en plus de jeunes diplômés avec des promesses en phase avec leurs conceptions et envies : changer le monde, créer en prenant des risques, conquérir l'international, évoluer dans une structure agile en mode collaboratif, etc.

Parmi les belles pépites des start-up françaises, peu sont en lien, de près ou de loin, avec le monde de la recherche.

Avec peu d'argent investi par l'État, ce label FrenchTech a permis de structurer le réseau des écosystèmes de l'innovation sur le territoire et de créer une véritable cohésion et unité nationale. Être membre de la FrenchTech est devenu une vraie fierté pour de nombreux startupers en déplacement à l'étranger.

Certaines spin-off [scissions d'entreprise] issues des laboratoires sont des start-up 100 % FrenchTech. Mais combien de pourcentage représentent-elles sur l'ensemble des start-up françaises ? Malheureusement peu. Et, parmi les belles pépites des start-up françaises, peu sont en lien, de près ou de loin, avec le monde de la recherche, alors même qu'un partenariat recherche s'avère souvent crucial pour rendre plus durable l'innovation qu'elles proposent, en garantissant une assise scientifique solide, source de différenciation.

La France a besoin de rapprocher ses chercheurs et ses startupers. Et la France a besoin de chercheurs-startupers. D'autres pays le font mieux que nous, et cela marche. Alors inspirons-nous en, prenons des risques et pensons en dehors du cadre. Deux premières propositions pour amorcer cette transition positive.

Permettre à un jeune docteur, ayant la fibre entrepreunariale et le sujet approprié, de rester pendant douze mois dans son laboratoire.

Ouvrons la porte à l'entreprenariat dans les laboratoires en créant un nouveau statut de "start-up post-doc". Le but est de permettre à un jeune docteur, ayant la fibre entrepreunariale et le sujet approprié, de rester pendant douze mois dans son laboratoire pour définir le meilleur business model en lien avec ses travaux de thèse.

Cette incubation serait accompagnée par un startuper français confirmé, pour rendre plus efficientes les différentes phases d'accélération ou "traction". En cas de succès de l'entreprise, le laboratoire prendrait des parts au capital, au même titre que le chercheur, ce qui, sur le long terme, représenterait une source de financement additionnel lors d'une revente.

Créons à l'échelle nationale une UE de sensibilisation à la "culture start-up" pour former au plus tôt les générations de demain. De nombreux collègues de l'ESR pensent connaître l'univers des start-up et supposent que le cours en entreprenariat classique est suffisant. Ils ont tort.

Le paradigme des start-up repose sur des modèles singuliers (Lean Startup, VC, Business Angels, Exit, etc.) qu'il convient de transmettre aux étudiants. Et c'est aux startupers des métropoles de la FrenchTech de prendre en main cette mission ! Puis, à l'instar du B2i et C2i impulsés il y a quelques années, envisageons la création du C2S : Certification à la culture start-up.

Il faut créer de nouvelles conditions "d'épanouissement entrepreneurial" pour les jeunes diplômés, en priorité de niveau master et doctorat.

Trop de jeunes Français partent à l'étranger pour créer leurs entreprises. Dans la Silicon Valley, les Français, considérés comme bien éduqués, bien formés et dotés d'une pensée créative unique sont la première communauté. Imaginez la richesse qu'ils apporteraient à notre économie s'ils étaient restés en France.

Il faut créer de nouvelles conditions "d'épanouissement entrepreneurial" pour les jeunes diplômés, en priorité de niveau master et doctorat. C'est eux qui doivent créer en France les grandes entreprises de la Tech de demain. Et cela ne se fera pas sans un lien important et continu avec la recherche.

Le succès de la dynamique FrenchTech est une opportunité pour l'ESR dans son ensemble, et particulièrement pour la recherche et son mode de financement. Tout comme les start-up, les établissements d'ESR doivent pivoter pour impulser un nouveau paradigme. C'est le bon moment. Tous les acteurs sont prêts. Les frictions créatives sont proches. Nous devons tous accélérer."

Francky Trichet, vice-président numérique de l'université de Nantes


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Karima.

(Remise dans le contexte pour d’éventuels lecteurs : j’ai soutenu ma thèse de doctorat en Chimie il y a un peu plus d’un an maintenant, et je travaille actuellement dans un incubateur) Après première lecture : enthousiasme ! L'idée de sensibiliser davantage les étudiants/doctorants à l'entreprenariat est cool ! Mais je bute sur quelques phrases. Après relecture, constat : si la motivation est bonne, beaucoup de non-sens ressortent. Commençons par le statut "chercheurs-start-upper" je n’y crois pas une seconde ! Tentons de développer : Premièrement, la notion de "startupper français confirmé" est très bien dans l’idée, mais c’est plutôt le concept d’un parrain : ce n’est pas un accompagnateur d’entrepreneurs ! Il n’a pas le temps et surtout pas les outils pour se casser les dents à former d’autres entrepreneurs ; et puis comment qualifier ce statut « confirmé », comment recruter, comment généraliser à l’échelle de dizaines et de dizaines de cas ? Passons. Deuxièmement, l’histoire du labo qui prend des parts de capital : wat?! Mais un laboratoire n'est pas mandataire social, impossible de prendre des parts ! Dans le cas de technos de startups émanant des labos (quelle que soit l’origine du porteur d’ailleurs) c’est l’établissement qui peut prendre des parts au capital, et c’est déjà le cas. Ensuite, concernant le statut de « docteur-entrepreneur », un jeune docteur ayant la fibre entrepreneuriale doit à mon sens rapidement se positionner : soit il devient porteur de projet et il doit dans ce cas acquérir rapidement des compétences entrepreneuriales (donc je pense qu’il ne doit surtout pas moisir 12 mois dans un labo mais se rapprocher au plus vite d’un incubateur), soit la techno n'est pas marketable, elle a besoin de fonds de maturation (coucou les SATT par exemple) et le chercheur sera financé sur ces fonds-là ; le système fonctionne déjà. Enfin, la « certification à la culture start-up » : *facepalm*, si on fournissait davantage de thunes à l’ESR, on aurait le droit en tant que doctorant à plus de formations, et plus d’initiatives de type Doctoriales, qui sensibilisent parfaitement à l’entreprenariat. Pas la peine d’une énième certification qui ne veut rien dire, qui coûte de l’argent dont on a besoin ailleurs. Pour finir sur le fond du problème, Francky Trichet introduit ses idées utopiques en partant du postulat que l’ESR est de moins en moins pourvu tandis que le milieu entrepreneurial français parait de plus en plus attractif. Startupper et Chercheur sont deux métiers bien distincts, qui peuvent parfaitement se combiner, mais qui n’ont pas le même objectif ! Une entreprise a une notion de rentabilité, ce que, dans mon utopie à moi, la Recherche doit à tout prix éviter. Je terminerais donc en rappelant qu’on ne déshabille pas Pierre pour habiller Paul : les startups françaises sont florissantes, merveilleuses, ont besoin d’argent et de main d’œuvre, mais surtout, surtout pas au détriment de la Recherche française.