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Entretien | Relations entreprises

Xavier Michel : "Les plus grands dons proviennent souvent d’alumni"

Jean Chabod-Serieis  |  Publié le

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L'université d'Oxford - © Stephen Finn
La culture de la collecte de fonds a progressé au Royaume-Uni. Aujourd’hui, Oxford et Cambridge abritent des équipes de 200 personnes dédiées au fundraising.

Si la culture du fundraising s’est développée au Royaume-Uni et dans les pays nordiques, la France a encore des marges de progression. Quelles leçons nos universités peuvent-elles tirer de l'expérience de leurs homologues européennes ? Éléments de réponse avec Xavier Michel, ancien directeur de l’École polytechnique aujourd’hui membre du conseil d’administration de CASE Europe, en amont de la conférence EducPros du 28 septembre.

X. Michel

Quel est votre regard sur le fundraising (ou collecte de fonds) dans l'enseignement supérieur en Europe ?

La culture du fundraising se développe largement au Royaume-Uni, dans les pays nordiques – en Suède notamment –, aux Pays-Bas ainsi qu'en en Suisse. Elle se développe plus localement en France, en Allemagne et en Belgique, où elle est davantage le fait de quelques universités et grandes écoles. Le niveau est encore plus bas en Italie, en Espagne et au Portugal.

Vous citez le Royaume-Uni, dont les universités et grandes écoles ont cumulé 1 milliard d'euros de dons en 2016. Comment expliquez-vous ce succès ?

Dans les années 1980, le niveau de collecte de fonds au Royaume-Uni était proche de celui de la France actuellement (moins de 100 millions d'euros). En dehors d'Oxford et de Cambridge, il y avait peu d'initiatives. Les Anglais se sont donc inspirés de ce que faisaient les États-Unis et ont été soutenus par leur gouvernement. CASE (Council for Advancement and Support of Education, lire l'encadré ci-dessous) a participé à cette transformation, en aidant à construire la culture de la philanthropie dans le système universitaire britannique et en professionnalisant les fundraisers. Depuis, l'enseignement supérieur y est devenu la référence en matière de fundraising. Cela se traduit par des équipes conséquentes dans les établissements : Oxford et Cambridge abritent des équipes de fundraising de 200 personnes quand celle de HEC, la plus grosse en France, en compte une quinzaine.

Cette progression est-elle imaginable en France ?

Comme nous aujourd'hui, le Royaume-Uni disait il y a trente ans que ce n'était pas possible culturellement. Les Anglais ont développé une approche pragmatique du fundraising, que les Français peuvent eux aussi adopter. Par exemple, entre 2008 et 2011, l'État britannique s'était engagé à doubler la mise en cas de levée de fonds : si une université collectait 100.000 euros, l'État lui donnait 100.000 euros.


Entre 2008 et 2011, l'État britannique s'était engagé à doubler la mise en cas de levée de fonds

Le modèle anglais est-il un idéal ?

Il ne s'agit pas de rejoindre le modèle anglais : l'enseignement supérieur français va rester marqué par sa culture ; mais il y a des outils que d'autres pays ont utilisés et que nous pouvons nous approprier. Je pense que le développement du fundraising en France se fera encore longtemps par les entreprises et que le travail avec les anciens élèves demandera à être structuré.

Vous pensez que les particuliers – et donc les anciens diplômés – doivent être davantage sollicités ?

Dans nos enquêtes européennes, nous faisons le constat suivant : si les gros dons proviennent généralement des entreprises, les plus grands dons proviennent souvent d'alumni. Cela vaut pour tous les pays. Caltech (California Institute of Technology) a reçu il y a quelques années un don privé de 600 millions de dollars. Mais il faut savoir que c'était le fruit de trente ans de relations avec le donateur ! Ce sont des démarches d'une autre ampleur qui prennent forme dans la durée.

Où en sont les autres pays européens dans leur relation aux alumni ?

Suivant les pays, la part des alumni et des entreprises dans les fonds collectés varie. Le Royaume-Uni, les pays nordiques et les Pays-Bas ont de fortes relations aux alumni, bien structurées. Ce n'est pas le cas dans beaucoup d'autres pays, notamment la France. Tant que la structuration des relations avec les alumni n'est pas faite, il est difficile de collecter auprès des particuliers. C'est pourquoi en France, la plupart des universités amorcent leur activité de fundraising avec les entreprises.

Quelles autres différences séparent la France des pays les plus avancés ?

C'est d'abord une question d'habitudes : rares sont les établissements français qui sollicitent les particuliers, ce qui fait que l'idée de donner à l'enseignement supérieur ne s'est pas encore diffusée dans la société française. Ajoutons à cela que, sous le couvert d'un service public que l'Etat se doit de fournir gratuitement, les Français ne mesurent pas le coût de l'éducation. Un corollaire est la quasi-absence de fondations privées – non affiliées à un établissement d'enseignement – dans le soutien à l'enseignement supérieur, que les universités et les écoles pourraient solliciter, comme au Royaume-Uni et dans les pays nordiques.

N'y a-t-il pas de bons exemples en France ?

Si, plusieurs ! La brillante réussite de l'université de Strasbourg montre que les résultats viennent quand le fundraising est incorporé dans la stratégie d'établissement, avec un investissement adéquat.

Qu'est-ce que CASE ?
Fondée en 1974, l'association internationale CASE (Council for Advancement and Support of Education) soutient les universités et grandes écoles dans le développement du fundraising et de la philanthropie. Elle compte 3.670 établissements membres, répartis dans 82 pays. Le budget annuel de CASE Europe – la branche européenne, dont Xavier Michel est membre du conseil d'administration – est de 2 millions d'euros ; il est alimenté par les cotisations des membres et les revenus tirés des événements (formations et conférences).

Xavier Michel détaille les projets de l'association : "CASE est en cours de réorganisation avec un découpage par zones géographiques : un groupe États-Unis, un groupe Europe, un groupe Asie-Pacifique et un groupe Amérique latine. L'autre projet concerne plus spécifiquement CASE Europe : accompagner le développement du fundraising en Europe continentale, c'est-à-dire hors du Royaume-Uni. En effet, les trois quarts des membres de l'association européenne sont britanniques. Nous voulons faire en sorte que ce qui est considéré comme une exception britannique devienne une réalité partout en Europe."
Conférence EducPros sur le fundraising le 28 septembre
Jeudi 28 septembre 2017, la première conférence EducPros de la saison traitera du fundraising autour de ces deux questions : comment animer et mobiliser vos réseaux d'alumni ? Quels enseignements tirer du modèle anglo-saxon ?

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Jean Chabod-Serieis  |  Publié le

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