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Accès à l’université : les points litigieux… ne sont pas dans la loi !


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Fac de droit de l'université de Rouen
Frédérique Vidal, a promis une enveloppe de 35 millions pour mettre en place le "oui, si". // ©  Delphine Dauvergne
Sur le site de "The Conversation France", Guillaume Bagard, doctorant à l'université de Lorraine, Georges El Haddad, doctorant en sciences économiques et Ater à l’Isam-IAE de l’université de Lorraine, Hélène Rossinot, interne en santé publique à l’AP-HP et Inès Ahmed Youssouf Steinmetz, doctorante en droit à l’université de Lorraine, mettent à jour les limites de la loi ORE.

Dans une dizaine d’universités, des blocages sont venus pénaliser le fonctionnement du service public pour protester contre la réforme de l’admission à l’université. Mais très vite, les revendications se sont éloignées du leur cause initiale pour dénoncer pêle-mêle les atteintes au statut de cheminot, la situation du peuple kurde, l’expulsion des zadistes de Notre Dame des Landes… ou même réclamer l’abolition du capitalisme.

Tirage au sort vs sélection

La question de l’entrée dans l’enseignement supérieur ne date pourtant pas d’aujourd’hui […] Les filières en tensions sont généralement celles de Staps, psychologie, médecine et droit. Pour l’Unef, les filières en tension ne nécessitent pas une meilleure orientation, mais la création de places supplémentaires.

Pour éviter la sélection par dossier des futurs étudiants, le gouvernement entérine le tirage au sort en 2017. Cette mesure est censée être temporaire, en attendant la création davantage de place dans les universités. En effet, le ministère de l’époque considérait que seule l’obtention du baccalauréat doit déterminer l’accès à l’université.

En continuant d’accepter tous les bacheliers, l’université assume sa singularité, assure sa mission de service public et constitue le fondement du droit à la formation.

Au contraire, pour l’UNI, le syndicat des étudiants de droite, il est urgent de mettre en place une sélection à l’instar des classes préparatoires, des grandes écoles, des IUT, des classes de BTS ou encore des CFA. Nul ne peut accepter qu’on tire son futur au sort.

Si un tel système sélectif était instauré, que deviendraient les étudiants refusés ? Ils devraient être réorienté vers d’autres filières pas forcement plus "professionnalisantes". En continuant d’accepter tous les bacheliers, l’université assume sa singularité, assure sa mission de service public et constitue le fondement du droit à la formation.

C’est pourquoi, lors de l’écriture de la loi, le sénateur Jacques Grosperrin (LR) a proposé un amendement, afin de définir les capacités d’accueil en licence en fonction des taux de réussite et de l’insertion professionnelle. […] La réflexion sur une sélection en fonction des débouchés mérite d’être posée, mais l’intérêt professionnel d’une formation ne se résume pas à un secteur professionnel, par l’exemple les effectifs des métiers du droit sont assez faibles (entre 110.000 et 130.000 postes), en revanche, les compétences d’une formation juridique sont appréciées par les recruteurs.

La tentative d’une troisième voie

De fait, l’ambition de la loi ORE n’est ni de sélectionner ni de tirer au sort, mais de mieux orienter les futurs étudiants, pour éviter que des bacheliers soient de nouveau laissés sur le carreau. Pour cela, elle offre aux universités la possibilité de définir des "attendus", sorte de recommandations sur le profil à avoir pour être admis dans telle filière, tout en laissant la possibilité aux étudiants motivés de s’inscrire malgré tout à condition de suivre un "accompagnement pédagogique".

Le cadre de la loi
La définitions des attendus a d’abord été le résultat d’un "cadrage national", ce dernier a été "construit avec les acteurs de l’enseignement supérieur", mais ne constitue qu’une base de travail transmise aux universités. Ces dernières sont ensuite libres de décliner leurs propres attendus "pour exprimer au mieux les exigences et les spécificités de leurs formations".

La loi laisse la liberté aux universités de s’organiser elles-mêmes et de s’adapter à la diversité des situations.

Si la loi ne détaille pas de mesures précises sur la question des prérequis et de l’accompagnement pédagogique, c’est qu’elle laisse la liberté aux universités de s’organiser elles-mêmes et de s’adapter à la diversité des situations. Trois situations se présentent :

Les filières sélectives restent sélectives, comme les DUT universitaires ou les classes préparatoires et les BTS. Les candidats sont sélectionnés sur dossier à l'issue d'un "oui" ou d'un "non". D’autres filières, comme les écoles, recrutent à l’issue d’un concours. Les candidats sont admis en fonction de leur classement.
Les filières non sélectives restent non sélectives : les universités ne pourront répondre que "oui" ou "oui, si" aux candidats à l’entrée en licence.
Dans la plupart des cas, il n’y aura aucun changement car les filières disposeront d’une capacité d’accueil suffisante.
Ce système s’annonce dès le départ partiel, car il ne concerne que les filières en tension, comme les Staps, la psychologie et le droit. Dans la plupart des cas, il n’y aura pas changement car les filières disposeront d’une capacité d’accueil suffisante.

Les limites de la loi

En l’absence de sélection à l’entrée, l’autre moyen de remédier à un manque de prérequis est la mise en place de cours de remises à niveau. D’ailleurs, c’était déjà tout l’objet du plan réussite en licence et de l’instauration de tutorat, sans parvenir à des résultats suffisamment satisfaisants. La loi ORE n’apporte pas vraiment de solution à ces questions, puisqu’elle ne propose des modules d’accompagnement pédagogique que dans les filières en tension, pour éviter le tirage au sort.

Répondre "oui, si" à un lycéen, c’est être en capacité de lui apporter un accompagnement pour l’amener vers la réussite.

La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, a promis une enveloppe de 35 millions pour mettre en place le "oui, si". Répondre "oui, si" à un lycéen, c’est d’abord lui dire "oui" à l’entrée à l’université, mais c’est également être en capacité de lui apporter un accompagnement pour l’amener vers la réussite. Une revendication logique des étudiants serait d’appliquer cet accompagnement pédagogique dans toutes les filières. Seulement, cela exigerait davantage de moyens.

Le dispositif Parcoursup est loin de régler ces problèmes, mais il a au moins le mérite d’essayer de mettre fin au tirage au sort, d’accompagner au mieux les étudiants tout en laissant la liberté aux universités d’adapter les prérequis à leurs spécificités, et surtout de tenter d’améliorer l’égalité des chances.
De l’objectif aux résultats, le succès de la réforme va dépendre avant tout de la coopération des universités chargées de la mettre en œuvre, sans oublier les rectorats.

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