Bilan du quinquennat Sarkozy. La PAES, une première réponse au “gâchis humain” en médecine


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©Virginie Bertereau
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Longuement pensée, programmée puis repoussée, la PAES (première année des études de santé), commune aux filières médecine, odontologie, pharmacie et sage-femme, a finalement été mise en place à la rentrée 2010. Si cette première année marque un progrès par rapport à l’organisation précédente, il reste encore beaucoup à faire pour endiguer le “gâchis humain”. Avec un chantier prioritaire : les réorientations en cours d’année.

 

Ce qui a été annoncé

L’idée d’une réforme des études de médecine apparaît dans deux rapports avant 2007 (Debouzie en 2003, Thulliez en 2006). Cette année-là, une commission est mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour réformer la PCEM1 (première année du premier cycle des études médicales). Le rapport Bach, rendu en février 2008, souligne le taux d’échec important en PCEM1, le manque de passerelles, la difficulté du concours, le bachotage auquel il donne lieu, l’impérative intégration des études médicales dans le LMD…

Le rapport Bach propose donc la mise en place d’un programme commun entre quatre filières de santé (médecine, pharmacie, sage-femme et odontologie), l’introduction d’options spécifiques au second semestre et des concours distincts. Il préconise également une orientation active des lycéens dès la seconde, avec un entretien individuel avec un enseignant au moment de l’inscription dans cette “L1 santé”. Il prévoit une réorientation possible après le premier semestre pour les étudiants qui n’obtiennent pas une note seuil (par exemple, 7/20 de moyenne), des passerelles sortantes pour les reçus-collés en fin d’année et un redoublement différé possible après douze ou dix-huit mois de remise à niveau en formation scientifique.

Figurent aussi : une prime au primant (bonus de 1 point), l’introduction de la culture générale et de la santé publique en sciences humaines et sociales, un soutien financier au tutorat de la fac, le recours étendu aux nouvelles technologies, la mise en place de passerelles entrantes en L2 (étudiants titulaires d’un master scientifique ou autres) ou encore la création d’un concours pour les bacheliers non scientifiques.

La proposition de loi sur “la création d’une première année commune aux études de santé et facilitant la réorientation des étudiants” est adoptée par l’Assemblée nationale en décembre 2008 . Mais le texte (ensuite modifié) n’est voté qu’en juin 2009. Initialement prévue pour la rentrée 2009, l’application est repoussée d’un an.



Ce qui a été fait

La PAES (exit le nom “L1 santé”) entre en vigueur à la rentrée 2010. De nombreux points du rapport Bach ont été oubliés dans la réforme (la prime aux primants – à savoir ceux qui passent le concours pour la première fois –, l’aide systématique au tutorat, le second concours pour les non-scientifiques…). Mais le premier semestre au programme commun, l’introduction des modules spécialisés seulement au second semestre, la possibilité de passer de un à quatre concours, etc. sont mis en place. Le tutorat s’est beaucoup développé dans toutes les universités.

La moitié des candidats ne passe qu’un concours, d’après le bilan de la PAES dressé en novembre 2011 par la CPU (Conférence des présidents d’université). Cette proportion grimpe même à 62,4 % d’après le bilan de la Commission pédagogique nationale des études de santé (dont 72 % d’inscrits au concours de médecine). 25,7 % ont tenté deux concours en 2010-2011, 7,5 % trois concours, 4,4 % quatre concours.

En médecine, le taux de réussite national a légèrement augmenté, passant de 15 % à 19,4 %

La PAES réussit-elle à limiter le “gâchis humain” ? Nombreux sont ceux qui craignaient une augmentation importante du nombre d’étudiants en première année d’études de santé. Un appel d’air qui n’a pas eu lieu. Au niveau des résultats, 15 % des primants et 39 % des doublants ont réussi à intégrer une filière en 2010-2011, selon la Commission pédagogique nationale des études de santé. En médecine, le taux de réussite national a légèrement augmenté. Celui-ci s’élevait à 19,4 % en 2010-2011, contre 15 % les années précédentes. Finalement, avec respectivement 9,17 % et 9,52 % de taux de réussite, les filières odontologie et sage-femme apparaissent comme plus sélectives. La filière pharmacie présente le meilleur pourcentage de reçus (27,4 %). D’après la CPU, elle arrive également en quatrième choix des étudiants dans la moitié des universités.

La PAES a-t-elle facilité les ponts entre les différentes formations ? Des passerelles ont été plus ou moins créées dans les universités en attendant l’obligation légale, prévue pour 2012-2013. Selon la CPU, des réorientations (avec semestre décalé, de remise à niveau, ou “deux-en-un”) après le premier semestre sont mises en place dans la moitié des universités en 2011-2012. Les réorientations en fin d’année (directement en L2, DUT en un an) sont plus fréquentes. Mais les doyens des facultés de sciences ne peuvent pas toujours accueillir tous les recalés. Selon la CPU, 50 % des réorientés vont en licence de sciences ou STAPS, 15 % rejoignent une formation paramédicale, 15 % se dirigent vers un IUT, 10 % vont en licence de droit, 10 % en lettres, langues, sciences humaines et sociales.
D’après la loi, les étudiants classés au-delà de deux à trois fois le numerus clausus (la barre est fixée par les universités) ne peuvent pas redoubler l’année suivante.



Ce qu’en pensent les acteurs concernés

Pour l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), le programme s’avère trop lourd à digérer. “À cause d’une mauvaise coordination des professeurs, notamment de médecine et de pharmacie, les étudiants se sont retrouvés avec un gros contenu à apprendre sur un volume horaire réduit”, explique Youna Cloarec, vice-présidente études médicales de l’association. L’ANEMF regrette également la réduction des enseignements dirigés (alors que l’explosion des effectifs redoutée n’a pas eu lieu), l’éloignement des étudiants des services de vie étudiante du fait de la délocalisation de sites, ou encore du nombre restreint de facultés qui ont mis en place, dès la première année de la réforme, des réorientations pour les étudiants les moins bien classés.

“Les étudiants se sont retrouvés avec un gros contenu à apprendre sur un volume horaire réduit” (Youna Cloarec, ANEMF)

De son côté, Benoît Shlemmer, vice-président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, trouve que la réforme est “une mauvaise réponse à de bonnes questions”. Il s’interroge sur la meilleure solution : faire un cursus très ouvert, une sélection après le bac ou combiner les deux voies ? Un débat repris par beaucoup de professeurs et de doyens.

Pour sa part, l’ANEPF (Association nationale des étudiants en pharmacie de France) indiquait en mars 2011 : “Cette mesure n’a fait que renforcer le manque d’attractivité des études de pharmacie. Le nombre d’étudiants inscrits en PACES présentant le concours de pharmacie est en nette diminution.” Déçus, les pharmaciens.

La réussite de cette réforme se jugera donc sur le long terme et sur la capacité à mettre en œuvre les ajustements nécessaires.

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