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CVEC : des actions repoussées à la rentrée 2019

Pauline Bluteau
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CVEC : des actions repoussées à la rentrée 2019
Tout comme à Nantes, d'autres villes pourraient décider d'installer une "super galerie" pour permettre aux étudiants d'exposer leur production. // ©  Crous Nantes
Officiellement en vigueur depuis le 1er juillet 2018, la CVEC a connu un démarrage laborieux. Manque de communication en interne, absence de cadrage du ministère, précipitation dans les actions à mener… Si cette contribution à la vie étudiante offre un nouvel élan aux établissements, son fonctionnement reste encore à peaufiner.

Prévue par la loi ORE (relative à l’orientation et à la réussite des étudiants) depuis mars 2018, la CVEC (contribution à la vie étudiante et de campus) a été inaugurée à la rentrée dernière, obligeant les étudiants intégrant une formation initiale du supérieur à s'acquitter de la somme de 90 € au CROUS pour valider leur inscription (à l’exception des étudiants boursiers).

Redistribuée de manière homogène aux établissements de l’académie, cette contribution doit leur permettre de financer de nouveaux projets "destinés à favoriser l’accueil et l’accompagnement social, sanitaire, culturel et sportif des étudiants". Des actions d’envergures qui, dans la plupart des établissements, seront davantage mises en place à partir de la rentrée 2019.

"On était dans un état de désespoir", affirme Marianne Eloi, directrice de la vie universitaire à l’université de Bordeaux. Après neuf mois d’incertitudes, les établissements ont (enfin) obtenu des précisions concernant l’utilisation de la CVEC par le biais d'une circulaire du MESRI publiée le 21 mars 2019. "C’est une première année très compliquée", confirme Aude Rochoux, directrice du service santé universitaire à l’université de Strasbourg.

Dès la rentrée dernière, en attendant de recevoir les premiers versements de la CVEC, les établissements ont dû réfléchir aux projets à mettre en place… sans vraiment connaître leurs champs d’action. "On a manqué de temps, personne ne savait comment procéder", poursuit Aude Rochoux. "À l’université de Grenoble Alpes, on a préféré maintenir l’existant en attendant les cadrages précis et la détermination des montants qu’on serait susceptible de recevoir", explique Marie Mazenot, vice-présidente étudiante.

Des projets visibles à partir de la rentrée 2019

De son côté, l’université de Lille n'a pas attendu pour se lancer. "On a installé une commission en charge de la CVEC en janvier avec des représentants élus et étudiants. Aujourd’hui, 37 projets ont été présentés et validés pour l’année 2019", détaille Anne Urbanovsky, directrice de la vie étudiante.

Selon le nombre d’étudiants, le montant total de la CVEC varie d’un établissement à l’autre. Sur les 2,5 millions d’euros attribués à l’université de Lille, 1,3 millions d’euros financeront les 37 projets prévus cette année par l’établissement. "On a décidé d’axer nos actions sur la convivialité et le bien-être des étudiants mais aussi sur des thématiques liées au handicap et à la lutte contre l’isolement des étudiants", détaille la directrice.

Parmi les projets figurent aussi l’installation d’un garage à vélos, l'augmentation du nombre de consultations chez le psychologue, l’amélioration de l’accueil des nouveaux arrivants avec des visites de campus, l’organisation de karaokés, la construction d’un tiers-lieu et d'un city-park (espaces sportifs polyvalents), le renforcement du nombre de volontaires en service civique…

L’université de Lille a également mis en place une consultation numérique début avril afin d’associer les étudiants aux futurs projets. "On s’est rendu compte qu’ils avaient besoin de choses très concrètes et peu coûteuses comme des micro-ondes dans la cafétéria", rapporte Anne Urbanovsky. Sensibles à l'environnement, les étudiants ont aussi demandé plus d'espaces verts, des couverts en inox, des poubelles de recyclage, des fontaines à eau… mais également des espaces sieste, des toilettes "neutres", des points de restauration et plus de salles informatiques. La consultation reste ouverte jusqu’au 28 juin 2019, dans l’optique de préparer la rentrée 2019.

Améliorer les conditions de vie des étudiants

À Bordeaux comme à Strasbourg et Grenoble, la CVEC va permettre de développer les projets déjà en cours. "Cette contribution vient conforter les budgets, on va pouvoir mener des actions plus solides", assure Marianne Eloi. Avec un budget global de 1,7 million d’euros, l’université de Bordeaux mise avant tout sur le domaine du sport : achat de matériel, carte pass sport gratuite (au lieu de 50 €), amélioration des infrastructures…

À l'université Grenoble Alpes, la priorité est donnée à la santé des étudiants. "Nous avons axé sur la prévention en matière d’addiction, de maladies sexuellement transmissibles, d’alimentation car les étudiants sont parmi les plus touchés par la précarité au niveau des soins. La CVEC est l’opportunité de leur offrir plus de services", confirme Marie Mazelot.

Un avis partagé par l’université de Strasbourg. Les deux millions d’euros serviront à créer un centre de dépistage en gynécologie, acheter des vaccins, mener des actions de prévention en matière de santé mentale et améliorer l’offre culturelle avec une carte culture gratuite, des ciné-débats, des théâtre-forums… "On ne va pas tout utiliser d’un coup, on a besoin de temps, c’est vraiment une année de tâtonnement", prévient Aude Rochoux.

Les CROUS encore dans l’expectative

En tant que collecteurs de la CVEC, les CROUS ont aussi leur part à jouer dans les futurs projets à mener au sein des campus. Notamment pour les établissements qui ne reçoivent non pas 41 € par étudiant (comme les EPCSCP) mais 20 €, voire même 0 €. C’est le cas des écoles de commerces, des EESPIG (Établissement d'enseignement supérieur privé d'intérêt général), des EPCCE (Établissement public de coopération culturelle et environnementale), de quelques établissements publics…

Chaque CROUS conserve entre 7,5 et 15 % de la somme récoltée. Les questions de bien-être font partie des priorités, tout comme l’accès à la culture. La super galerie du CROUS de Nantes pourrait ainsi être dupliquée dans d’autres villes pour permettre aux étudiants d’exposer leurs productions. "Nous avons pris connaissance de notre enveloppe définitive en février dernier. Nous sommes donc actuellement en concertation avec les étudiants et les établissements de l’académie pour connaître leurs attentes. Nous déterminerons définitivement nos actions à la rentrée 2019", assure Melinda Bauchere.

La responsable communication du CROUS de Versailles pointe notamment du doigt les disparités entre les sites de l’académie. "Les problématiques de Nanterre ne sont pas les mêmes que celles de Cergy ou d’Évry, à nous de mettre nos priorités pour développer certains projets ou créer des actions innovantes." Pour autant, d’après elle, la partie santé-sociale doit mettre tout le monde d’accord. "Les universités sont très demandeuses", avoue la responsable.

L’académie de Versailles devrait donc attendre septembre 2019 pour lancer sa campagne de communication en faveur des actions qu’elle a décidé de financer grâce à la CVEC.


Pauline Bluteau | Publié le

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