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Écoles d’ingénieurs : Bercy tente de prendre le pouvoir

Céline Authemayou
Publié le
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Le rapport du Cgefi est attendu pour le 15 avril 2015
Le rapport du Cgefi est attendu pour le 15 avril 2015 // ©  Xavier Popy / R.E.A

Déjà mobilisées pour défendre leur budget, les écoles d’ingénieurs publiques doivent désormais répondre aux questions du ministère de l’Économie. L’objectif de Bercy étant d’en tirer des propositions… de rapprochements ! L’initiative, jugée "totalement surréaliste", renforce l’inquiétude ambiante, en l’absence d’un secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur.

Ils se disent "agacés" par la démarche. Les directeurs des écoles d'ingénieurs publiques ne comprennent pas la décision de Bercy. Ils ont jusqu'au 27 mars 2015 pour envoyer une revue de leurs dépenses au Cgefi (Contrôle général économique et financier), dont la mission au sein du ministère est d'"optimiser la gestion de l'argent public".

Sollicitées le 10 mars, les 67 écoles (tous ministères de tutelle confondus) auront eu quinze jours pour fournir leurs chiffres, "dont une bonne partie est déjà connue de l'État puisque nous fournissons chaque année nos comptes financiers via une base de données", rappelle Jean-Louis Billoët, directeur de l'Insa de Rouen.

"Sur le principe, nous n'avons rien à redire, précise François Cansell, président de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). Cette initiative est inscrite dans la loi de finances et nous nous y soumettons." En revanche, l'utilisation que Bercy compte faire de ces informations a plus de mal à passer auprès des directions.

En effet, d'après la lettre de mission envoyée par les ministères concernés au Cgefi, la réflexion devra porter sur "l'opportunité de simplifier et d'améliorer le paysage des écoles d'ingénieurs, le cas échéant par le biais de rapprochements ou de fusions d'établissements, en complément de ceux déjà réalisés".

En attendant les départementales...

"Les conclusions de l'étude semblent déjà être écrites avant même la publication du rapport, prévue pour le 15 avril 2015, regrette Jean-Louis Billoët. C'est étrange d'utiliser le terme de rapprochement, alors même que nous venons de vivre une immense vague de rapprochements institutionnels via l'instauration des Comue [communautés d'universités et établissements]."

"Nous travaillons depuis des mois avec le secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur sur ces dossiers-là, poursuit François Cansell. Bercy propose donc de faire ce travail en quinze jours ? Nous trouvons cette situation totalement surréaliste..."

Les membres de la Cdefi sont allés plaider leur cause directement à Matignon le 16 mars 2015. Ils ont appelé de leurs vœux la création d'un ministère de plein exercice dédié à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. "Compte tenu des enjeux budgétaires actuels, il est essentiel d'avoir un ministre de plein exercice, qui défende d'une seule voix enseignement supérieur et recherche", insiste François Cansell. Le cabinet de Manuel Valls a promis de se prononcer sur le sujet à la suite des élections départementales.

Et si ce contrôle ne concerne à ce jour que les écoles d'ingénieurs, les universités ne devraient pas y échapper. Leur "situation financière" est en effet au programme des revues de dépenses de Bercy en 2015.

Budget : la Cdefi plaide en faveur d'un groupe de travail interministériel
Le 16 mars 2015, les membres de la Cdefi étaient reçus par les conseillers du Premier ministre à Matignon, pour évoquer le sujet brûlant des fonds de roulement. L'État envisage en effet de ponctionner les budgets des établissements disposant d'importants fonds de roulement, afin d'économiser 100 millions d'euros au total.

Les directeurs des écoles d'ingénieurs ont défendu la nécessité de créer un groupe de travail interministériel dédié à la question du financement des établissements d'enseignement supérieur, qui associerait tous les acteurs du secteur (Cdefi, Conférence des présidents d'université, organisations étudiantes…).

Céline Authemayou | Publié le

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DEMOULIN.

Il semblerait que le système au pouvoir voudrait non seulement une égalisation des capacités de consommation de chacun mais il semblerait tenté d'égaliser aussi les capacités de production individuelles. C'est une attitude que je trouve extrêmement pernicieuse. On a jamais vu la platitude engendrer l'harmonie.

Vu de loin.

C'est presque tout le gouvernement qui a signé, y compris la ministre chargée de l'enseignement supérieur ! Pendant que les universitaires français restructurent à n'en plus finir, leurs collègues étrangers travaillent.