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Emmanuel Macron veut instaurer une sélection à l'entrée de l'université

Aurore Abdoul-Maninroudine
Publié le
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Emmanuel Macron veut instaurer une sélection à l'entrée de l'université
Dans le programme d'Emmanuel Macron, certaines mesures concernant l'enseignement supérieur et la recherche s'inspirent de demandes de la CPU. // ©  Patrick ALLARD/REA
Réforme du bac, des prérequis à l’entrée de la licence, création de 80.000 places en IUT et STS, liberté de recrutement pour les universités et grandes écoles, expérimentations… Toutes ces mesures font partie du programme "enseignement supérieur" d'Emmanuel Macron, dévoilé jeudi 2 mars 2017.

Emmanuel Macron semble avoir entendu le message de la CPU (Conférence des présidents d'université). Dans son programme dévoilé jeudi 2 mars 2017, il propose d'"afficher des prérequis" à l'entrée de toutes les formations universitaires. Autrement dit : rompre avec l'accès de droit de tous les titulaires du baccalauréat en licence.

Ces prérequis seront "des acquis minimaux" dans les principales matières du parcours. Toutefois, un lycéen ne les maîtrisant pas "pourra s'inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d'été ou par la validation de modules universitaires". Un "contrat de réussite" sera établi entre chaque étudiant et son établissement.

Avec cette mesure, le candidat d'En marche ! instaure donc une sélection à l'entrée de l'université, sans pour autant utiliser le mot, préférant parler "d'enrayer la sélection par l'échec". Reste à savoir comment seront définis ces prérequis : chaque université sera-t-elle libre de les définir pour chacune de ses formations, comme ce sera bientôt le cas à l'entrée du master ?

Surtout, comment les établissements s'assureront-ils qu'un étudiant possède ces acquis ? En regardant la filière du baccalauréat – dans ce cas, les bacheliers de certaines filières pourraient-ils bénéficier d'un accès de droit – ? Ou bien en examinant les notes du bac, voire celles de terminale ?

Une réforme du bac

En amont, la réforme du baccalauréat proposée ne comprendrait plus que quatre matières obligatoires à l'examen final, les autres étant validées en contrôle continu. Mais le programme ne détaille pas plus la réforme du lycée que cela engendrerait.

Le candidat à l'élection présidentielle développerait également "des formations avec un véritable accompagnement pédagogique personnalisé, comportant des passerelles vers les filières plus spécialisées ou plus exigeantes".

80.000 nouvelles places en filières courtes

Parallèlement, afin d'aider les étudiants à s'orienter, chaque établissement de l'enseignement supérieur devra "publier en toute transparence les taux de réussite et les débouchés professionnels, par formation, de ses anciens étudiants". Autre mesure, la création de "80.000 places supplémentaires dans de nouvelles filières courtes professionnalisantes", notamment en IUT, STS et licences professionnelles.

Au-delà de ces propositions sur l'orientation, Emmanuel Macron veut "créer un environnement favorable" à la réussite. Dans ce cadre, il prévoit la création de 30.000 logements supplémentaires pour les étudiants au sein du parc social des "logements jeunes". Ces logements, précise-t-il, "seront accessibles sans dépôt de garantie, sans demande de caution et pour un bail non renouvelable". Autre promesse, la création de 80.000 logements pour les jeunes : 60.000 logements pour les étudiants et 20.000 pour les jeunes actifs.

réintroduction des bourses au mérite

Les universités seront aussi incitées à "élargir les horaires d'ouverture de leurs bibliothèques" en soirée et le week-end. En parallèle, l'État financera "l'extension des horaires des bibliothèques municipales".

Le candidat d'En marche ! envisage aussi une réforme du système de bourses, afin qu’il soit "plus progressif et plus juste" et souhaite rétablir un système de bourses au mérite pour les étudiants titulaires d’une mention très bien au baccalauréat.

Rien en revanche, dans le programme d'Emmanuel Macron, sur la question des droits d'inscription à l'université.

Pour "une nouvelle étape" dans l'autonomie des universités

S'agissant de la gestion des établissements, le programme d'Emmanuel Macron reprend, là encore, les principales demandes de la CPU. "Nous devons franchir une nouvelle étape dans l'autonomisation des établissements", écrit-il.

Concrètement, les établissements pourront "recruter eux-mêmes leurs enseignants-chercheurs suivant les standards internationaux de qualité et d'indépendance" et "déployer librement" leur offre de formation, "à condition d'offrir une palette suffisamment large de filières et d'orientations et de favoriser les aménagements de cursus aux étudiants en stage, en alternance ou en activité professionnelle". Des propositions extrêmement proches sur ce thème de celles de François Fillon, le candidat des Républicains.

De nouveaux modèles de gouvernance pour les universités seront également développés "à l'initiative des acteurs eux-mêmes et assureront une plus grande souplesse dans la composition des instances dirigeantes et dans les modalités d'organisation interne".

Enfin, le recrutement des dirigeants "des organismes de recherche et des grandes universités" se fera suivant les normes internationales : "Les projets des candidats seront appréciés par des comités de sélection composés en majorité de personnalités extérieures pour garantir leur objectivité." Une mesure qui soulève là encore une nouvelle interrogation : quels seront les critères permettant de définir "une grande université" ?

Le budget "sanctuarisé"

Sur le plan budgétaire, Emmanuel Macron projette, s'il est élu, de "sanctuariser" le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche. Les moyens publics supplémentaires seront attribués "sur des bases contractuelles". Les critères pris en compte seront "l'ouverture sociale, la qualité de l'insertion professionnelle, les cofinancements européens et privés, la performance en recherche, la politique patrimoniale".

Parallèlement, les sources de financement seront diversifiées, en facilitant "les possibilités de création de filiales universitaires, les capacités d'emprunt des universités ou encore les partenariats public-privé". Enfin, le nombre de formations éligibles au titre de la formation professionnelle sera élargi.

Dans la perspective de faire de la recherche une "priorité nationale", Emmanuel Macron soutiendra "la constitution d'universités de niveau mondial, sur la base de regroupements volontaires d'universités et de grandes écoles avec le soutien des organismes de recherche". Rien n'est précisé sur les outils à développer. Alors que certains projets de regroupements connaissent des blocages, le gouvernement avait tenté, sans succès, de faire passer un cavalier législatif créant un nouveau statut.


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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Jean-Claude.

Globalement les propositions du président de la République vont dans le bon sens. Une sélection à l'entrée de l'université permettra d'éviter l'hécatombe de sortants sans diplôme, ayant perdu plusieurs années et totalement aigris. Par ailleurs cela permettra d'ajuster en partie le nombre d'entrants en fonction des débouchés possibles. Le retour des bourses au mérite est également une excellente chose. Enfin je partage l'avis de Benoît, la valeur d'un diplôme est celle du diplômé et de l'adéquation du dit diplôme aux besoins de la société.

Yves.

Enfin un espoir de résoudre l'équation impossible des universités : des études de qualité nécessitent des prérequis. L'accès libre pour tous est l'antithèse de la démocratie. Il faut contrôler les niveaux à l'entrée des filières en L1 et en M1, sinon il ne restera que les grandes écoles qui n'offrent aucune visibilité à leurs étudiants à l'international. Pour aller au MIT, par exemple, mieux vaut sortir de Paris Sud ou de l'UPMC que de l'X. Voilà la réalité.

Charles.

Ou supprimer l'X ?

pascalbro.

On peut s'interroger sur l’utilité du baccalauréat. En effet, il y a un vrai problème d'agenda. Dans toute filière sélective, il est impossible d'attendre les résultats du baccalauréat pour se prononcer sur les admissions. Celle-ci se font sur la base du dossier scolaire, c'est à dire les bulletins trimestriels de la classe de 1ére et des deux premiers trimestres de terminal. Ceux-ci constituent de fait un baccalauréat en contrôle continu. Le baccalauréat est donc mort. Pourquoi alors ne pas entériner cette réalité? Combien coûte l'organisation du baccalauréat et combien coûte la désorganisation qui en résulte dans les lycées?

Constance.

Je suis très inquiète du devenir de l'université! A l'université Lumière Lyon 2, les étudiants de psychologie se mobilisent pour dire non à cette sélection en master 1. Nous n'avons été informé de rien au moment de la prise de décision, nous sommes mis devant un fait accomplit qui ne nous arrange pas, auquel nous n'avons pas eu le temps de réfléchir correctement. Nous avons empêcher à 2 reprises un vote du Conseil d'Administration et le bras de fer étudiant/présidence continuera temps qu'on ne nous prendra pas au sérieux. C'est un fonctionnement anti-démocratique. Il y a un cruel manque d'information, un problème de communication et surtout d'honnêteté venant de la part des institutions à l'égard des premières personnes concernées par ces mesures.

Benoît.

La valeur d'un diplôme est celle de ses étudiants et donc de sa sélection. Le monde universitaire ne peut pas permettre à quiconque d'arriver en bout de filière sans débouchés. C'est ce qui arrive encore dans de nombreux cas et la sélection se fait ensuite dans un monde du travail (à côté duquel l'université relève de l'utopie). La frustration qui en découle est grande. Je vous supplie de me croire, de ma propre expérience, mon Master face aux diplômes d'ingénieurs sélectifs n'a pas fait le poids et c'est ce qui me permet de vous répondre. Prenez la comme une information valable, puisque vous en manquez. Ce dont les étudiants ont avant tout besoin, ce n'est pas de pseudo-démocratie (à mon sens, vous jouez contre vous-même) mais de bonnes conditions d'études, et de diplômes de valeur qui mènent à un travail correspondant et en quantité suffisante. Là les étudiants ont un rôle à jouer : c'est par leur niveau qu'ils valoriseront leur diplôme et leur université. En ce sens, l'article met l'accent sur les bourses au mérite qui permettront aux meilleurs de se concentrer sur leurs études. Bon courage à vous.

Frida.

Pour une fois qu'il n'a pas des idées démagogiques celui-là ....