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Emploi scientifique : la colère monte

Camille Stromboni
Publié le
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Manifestation Sciences en marche le 17 octobre 2014 à Paris - ©C. Stromboni
Manifestation Sciences en marche le 17 octobre 2014 à Paris - ©C. Stromboni

Plusieurs milliers de scientifiques ont défilé à Paris, vendredi 17 octobre, pour l'arrivée de la manifestation "Sciences en marche". Un succès qui démontre les inquiétudes des chercheurs pour leur avenir, et fait espérer aux organisateurs une amplification du mouvement... avec les étudiants ?

"Merci à tous ceux qui ont pédalé avec nous !" À l’arrivée du mouvement des chercheurs "Sciences en marche" à Paris, le 17 octobre 2014, il y avait du monde pour accueillir les scientifiques cyclistes qui ont traversé la France pendant trois semaines. Près de 8.000 personnes sont venues battre le pavé, selon les organisateurs, 2.000 selon la préfecture. Avec, pour principales revendications, un plan pluriannuel de recrutement pour l'emploi scientifique et la reconnaissance du doctorat.

"Nous avons réussi à mettre l’enseignement supérieur et la recherche au centre du débat public. Il va falloir qu’il le reste, et pour cela le mouvement doit s’amplifier", lance Patrick Lemaire, porte-parole du collectif.

Plusieurs parlementaires – socialistes, écologistes ou communistes – d’Île-de-France ont accompagné les chercheurs et les doctorants, comme Cécile Duflot ou Pierre Laurent. "J’apporte mon soutien total à Sciences en marche, qui alerte à juste titre sur la situation dangereuse de la précarité dans la recherche, souligne le sénateur communiste de Paris. Il faut réorienter le CIR [Crédit d'mpôt recherche]. Toutes les études montrent qu’il s’agit d’un effet d’aubaine pour les entreprises mais que cela ne nourrit pas l’effort de recherche. C’est du gâchis de fonds publics."

Un président d’université, Rachid El Guerjouma (Le Mans), est également venu apporter son appui. "Le seuil de la douleur a été atteint, on ne peut plus continuer comme ça. Je ne vois pas comment boucler mon budget 2015."

Manifestation Sciences en marche - chercheurs - académicien Jean Rossier - Paris 17 oct2014 ©C.Stromboni

L'académicien Jean Rossier - Manifestation Sciences en marche // Paris 17 octobre 2014 ©C.Stromboni

Un bis repetita de 2004 ?

Certains académiciens ont fait le déplacement, comme Jean Rossier, déjà présent lors du mouvement des chercheurs de 2004. "L’affaire est grave. Cela n’a fait qu’empirer. C’est notre dernière chance pour que la France reste un pays où l’on fait de la recherche", estime le professeur, dont l’institution a pris position quelques jours plus tôt.

"Le problème de l’emploi scientifique est le même qu’en 2004, sauf que la précarité s’est aggravée, ajoute Alain Trautmann, à l’époque fer de lance du mouvement des chercheurs. Les manifestations de 2009 ont pu écœurer la communauté, faute de résultats, mais c’est une nouvelle population de militants qui émerge, on va voir ce qui pourra en sortir." Pour le professeur émérite, la menace de démission des directeurs de labo est de nouveau très sérieusement sur la table. Dans la lettre ouverte signée par 650 directeurs de laboratoire, ces derniers se sont dit "prêts à prendre [leurs] responsabilités au cas où le président de la République resterait sourd à [leur] message", souligne-t-il.

Les manifestations de 2009 ont pu écœurer la communauté, faute de résultats, mais c’est une nouvelle population de militants qui émerge, on va voir ce qui pourra en sortir.
(Alain Trautmann)

Que vont faire les étudiants ?

Pour la suite du mouvement, la question clé reste toujours la même : que vont faire les étudiants ? "Il y a le 17 octobre, et l’après 17 octobre", assure Patrick Lemaire aux manifestants. Pour le directeur de recherche en biologie moléculaire, "il faudra encore être créatif mais aussi avoir des actions beaucoup plus dures. Si les étudiants sont pour l’instant encore dans les universités, reste à savoir si le gouvernement veut prendre le risque qu’ils relaient plus fortement nos demandes."

"J’attends de voir s’il est possible de faire la jonction avec les étudiants, renchérit Alain Trautmann. Nos intérêts et objectifs sont les mêmes : la faiblesse des budgets des universités engendre des fermetures d’enseignements, moins d’enseignants-chercheurs pour les former ou encore de potentielles augmentations des frais d’inscriptions."

Manifestation Sciences en marche - chercheurs - Alain Trautmann - Paris 17 oct2014 ©C.Stromboni

Alain Trautmann à vélo - Manifestation Sciences en marche // Paris 17 octobre 2014 ©C.Stromboni

Un appel du pied bien entendu à l’Unef, présent dans le cortège. "Les coupes budgétaires dans les universités vont se poursuivre, dénonce William Martinet, président du syndicat étudiant. Le budget 2015 pour l’ESR ne permettra pas au ministère de tenir ses engagements pour les créations de postes dans le premier cycle ou bien pour la réforme de la pédagogie. Notre bataille est la même que celle de Sciences en marche : c’est celle du financement du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche."

Si peu d’étudiants ont fait le déplacement le 17 octobre, "c’est le symbole qui compte, assure le jeune homme. L’unité entre enseignants et étudiants, avec une intersyndicale qui réunit tous les syndicats, c’est très fort".

Une augmentation du budget de la recherche pas à l'ordre du jour au ministère
La position du secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche reste la même après la manifestation du 17 octobre 2014. Une augmentation du budget ne paraît pas réaliste à l'heure des budgets contraints, la recherche et l'enseignement supérieur étant déjà sanctuarisés en ne voyant pas leurs crédits diminués.

Lire l'interview de Geneviève Fioraso : Demander davantage d’argent à l’État ne me paraît pas réaliste dans la conjoncture actuelle (L'Opinion)

Et aussi sur lexpress.fr : Fioraso aux chercheurs : "la situation n'est pas dramatique"

Camille Stromboni | Publié le

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Rose.

Effectivement, la recherche scientifique est mise à mal et donc tous les futurs brevets aussi. C'est la crise . Elle touche bien d'autres domaines largement : le théâtre, le cinéma, l'agriculture... Avant la délocalisation, c'était des emplois à faible valeur ajoutée mais ce n'est plus le cas. Ne nous leurrons pas, la survie économie est une bataille à l’international et elle est de plus en plus difficile. C'est aussi la redistribution des richesses.