Et si vous mettiez du design dans votre pédagogie ?

Sophie Blitman
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A l’école élémentaire du Petit Coin à Saint-Étienne, les élèves ont travaillé sur la rénovation d’un espace partagé avec la designer Agathe Chiron
A l’école élémentaire du Petit Coin à Saint-Étienne, les élèves ont travaillé sur la rénovation d’un espace partagé avec la designer Agathe Chiron // ©  Aurélien Dupuis
"Le design, levier d'innovation dans l'école ?" : tel est le thème du colloque organisé le 30 mars 2015 dans le cadre de la Biennale internationale du design à Saint-Étienne. À cette occasion, Caroline d'Auria-Goux, chargée de l'expérimentation et de la recherche à la Cité du design, et Jean-Pierre Tixier, designer industriel indépendant, expliquent en quoi le pragmatisme propre au design peut faire évoluer les pratiques pédagogiques.

Caroline d'Auria-Goux, chargée de l'expérimentation et de la recherche à la Cité du design

Dans le cadre du projet "Innover dans l'école par le design", vous travaillez avec un collège et 11 écoles primaires de Saint-Étienne. Quel est l'objectif de cette expérimentation ?

Composée de deux designers, deux architectes, un sociologue et un pédagogue, notre équipe pluridisciplinaire s'attache à rendre possibles d'autres pédagogies en utilisant les méthodes propres au design : nous partons de l'étude et de l'analyse des usages, puis nous organisons des workshops avec les enseignants et les élèves afin de co-élaborer des solutions qui peuvent être concrètement mises en place.

Nous concentrons notre réflexion sur la forme scolaire (la durée des cours ou le type d'intervenant), pas sur le contenu pédagogique, qui reste la prérogative des enseignants. Ensemble, nous construisons alors des scénarios de nature à introduire de nouvelles pratiques et sortir du système scolaire actuel, qui est un peu éculé. Jean-Pierre Tixier, designer industriel, fondateur de l'agence

Au collège, par exemple, nous proposons des formats différents de ce qui existe : au lieu d'avoir uniquement des cours de 55 minutes, pourquoi ne pas alterner une session de 30 minutes avec un échange Skype, puis une séquence de deux heures, animée par deux enseignants de disciplines différentes ? Dans notre scénario "le quart d'heure de gloire", un élève prépare le cours avec son professeur et la présentation devant la classe se fait à deux voix.

Le rôle du designer est d'accompagner les grands enjeux de son époque, et l'éducation, à tous les niveaux, en fait aujourd'hui partie

Qu'est-ce que votre méthode apporte à l'école ?

D'abord un regard neuf, extérieur, et une méthode de travail créative. Surtout, le designer est un faiseur, un pragmatique, pas un théoricien. Nous ne rendons pas des rapports ou des dossiers, nous sommes dans la réalisation : nous mettons nos scénarios à l'épreuve sur le terrain, de même que, lorsque nous travaillons pour une entreprise, nous construisons un prototype industriel.

Est-il possible de transposer ces méthodes de travail dans l'enseignement supérieur ?

C'est en tout cas le pari que nous faisons ! Selon nous, l'approche du design, de l'étude des usages à la conception, peut s'adresser à des univers très différents, qu'il s'agisse des entreprises, des écoles ou de l'université. Le rôle du designer est d'accompagner les grands enjeux de son époque, et l'éducation, à tous les niveaux, en fait aujourd'hui partie. Comme cela a été le cas lors de la révolution industrielle.

Notre constat est qu'il existe des pédagogies inventives mais que celles-ci ne pénètrent pas ou peu l'école. Il faut faire une bascule, changer de paradigme. Alors que dans le milieu éducatif, les réformes par le haut abondent mais se fracassent assez vite sur la réalité de terrain, le designer peut participer à co-élaborer des réponses adaptées à chaque lieu d'enseignement.


Sophie Blitman | Publié le

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