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Formation des enseignants : le ministère de l'Éducation nationale veut reprendre la main

Erwin Canard
Publié le
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Espé Lyon
Les Espé pourraient être remplacés par les INSP (Instituts nationaux supérieurs du professorat). // ©  Stephane AUDRAS/REA
En voulant renforcer son poids au sein de la gouvernance des Espé et dans la conception des maquettes, l'Éducation nationale aspire à maîtriser davantage la formation des enseignants. C'est l'enjeu de la concertation qui a débuté le 25 septembre 2018.

La destination finale reste floue mais la direction, elle, est assez claire. S'il est encore trop tôt pour savoir à quoi ressemblera la réforme de la formation des enseignants, il est en revanche certain que celle-ci portera la marque du ministère de l'Éducation nationale.

Une formation plus cadrée par la Rue de Grenelle

Les discussions autour de cette réforme se concentrent sur deux points principaux. D'un côté, l'architecture de la formation, et notamment l'épineuse place du concours. La mission Ronzeau – Saint-Girons devrait rendre ses conclusions sur le sujet à la mi-octobre. Ce n'est qu'en 2019 que les ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur trancheront à ce propos.

De l'autre côté, les questions de pilotage de la formation et des Espé (Écoles supérieures du professorat et de l'éducation). Sur ce point là, une première réunion multilatérale, rassemblant des services ministériels et des organisations syndicales, a eu lieu mardi 25 septembre 2018. "Il s'agit d'une mission pour améliorer la formation des enseignants sans penser à la place du concours ni changer la durée du stage, et ce dans un cadre budgétairement contraint", déplore Alain Billate, en charge du dossier au Snes-FSU.

… Pour "réduire les disparités nationales" des maquettes de formation

Cette réunion a été l'occasion d'aborder deux sujets majeurs. Tout d'abord, la volonté du ministère de l'Education nationale de cadrer davantage les maquettes de formation. "Il souhaite modifier l'arrêté du master MEEF en fixant notamment des attendus afin de réduire les disparités nationales et définir un cadre plus contraint, en termes de contenus et de volume", explique Alain Billate. En effet, les Espé étant rattachées aux universités, ce sont ces dernières qui jusqu'alors élaborent les maquettes. Or, "déléguer les contenus de formation à un opérateur autonome posent des soucis", appuie Matthieu Brabant de la CGT-Ferc. D'où le souhait de l'Education nationale de reprendre la main. Le ministère fait jouer son rôle de premier plan pour justifier sa position : en tant qu'employeur, il estime légitime d'avoir un droit de regard plus strict sur la formation des futurs enseignants. Prenons l'exemple des professeurs des écoles : la rue de Grenelle voudrait imposer une formation composée pour 50 % de français et de mathématiques, 20 % de pédagogie, 15 % de recherche et laisser une part de 15 % à la liberté des universités.

Cette évolution irait dans le sens du dernier rapport de la Cour des Comptes à ce sujet qui estimait, en juin dernier, que le ministère de l'Éducation nationale n'avait "pas été suffisamment directif envers les universités" et que le pilotage de la formation devait être "renforcé".

La tâche s'annonce néanmoins compliquée selon Muriel Couret, du Snesup : "Comment cadrer des contenus sans connaître l'architecture ? Les contenus seront différents selon la place du concours, par exemple. Or, cette question-là est repoussée. On nous dit : "Il faut bien commencer par un bout". Mais, pour nous, ce n'est pas le bon bout."

Les directeurs d'Espé nommés sur volonté des recteurs ?

L'autre principal dossier abordé est celui de la gouvernance des Espé. Actuellement, la proposition du nom des directeurs de ces écoles appartient aux conseils des Espé (CE). A charge ensuite pour les ministres de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur de le nommer ou non.

Cela devrait changer. "La création de jurys a été évoqué pour désigner les directeurs d'Espé", livre Matthieu Brabant. Plus précisément, il s'agirait "d'un comité de sélection présidé par le recteur et le président d'université, accompagnés de trois personnes qualifiées. Donc le CE, autrement dit les pairs, n'auront plus leur mot à dire", commente Muriel Coret. In fine, ce pouvoir donné au recteur est le signe que l'Education nationale souhaite renforcer son poids dans la gouvernance des Espé.

Pour éviter d'avoir à rédiger une loi spécifique sur la formation des enseignants – condition sine qua non pour modifier la nomination des directeurs d'Espé, le ministère a trouvé un subterfuge juridique : le principe serait introduit dans le projet de loi sur… la scolarisation obligatoire dès 3 ans. Les syndicats dénoncent un "cavalier législatif", cette technique consistant au détour d’un projet de loi à faire passer discrètement un article n’ayant rien à voir avec le sujet, en général un texte porteur de régression.

Reste le problème posé par le calendrier actuel : alors que cette loi ne devrait pas être promulguée avant février 2019, une grande partie des directeurs d'Espé vont arriver en fin de mandat un mois avant, en janvier 2019. Prolonger de quelques semaines ces mandats afin de pouvoir les renouveler selon la nouvelle procédure pourrait être une solution, selon une source proche du dossier. Contacté par Educpros, le ministère ne souhaite pas pour l'heure communiquer là-dessus, ni globalement sur la réforme de la formation des enseignants.

Au revoir les Espé, bienvenue les INSP ?

Enfin, la loi sur la scolarisation obligatoire devrait accueillir une autre disposition concernant les Espé : celle du changement de leur nom. Les Espé pourraient devenir les INSP (Instituts nationaux supérieurs du professorat), sans que l'on sache réellement, à l'heure actuelle, si ce changement d'appellation aurait d'autres conséquences.

Plus généralement, un grand flou règne sur le devenir de la formation des enseignants. Une assemblée générale, organisée par le Snesup et à laquelle sont conviés tous les syndicats, est d'ailleurs organisée le 29 septembre à l'Espé de Paris, sur le campus de Batignolles, pour protester contre le manque d'informations. Entre temps, la remise du rapport Ronzeau – Saint-Girons et la prochaine réunion multilatérale prévue pour la fin du mois d'octobre, viendront apporter des éclaircissements sur la réforme.


Erwin Canard | Publié le

Vos commentaires (4)

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JEMC.

Pour Clo, pour NatBC, moi aussi je vous remercie. T1 également, en poste fractionné, j'ai l'un de mes postes en ULIS. Sans la moindre formation / information, face à un public, un fonctionnement, spécifiques. C'est un carnage humain. Si je n'étais pas aussi bien dans mes autres classes, si je n'avais pas fait autant de sacrifices, j'envisagerai de tout lâcher. A 47 ans, je suis pourtant loin d'être une gamine écervelée...

Clo.

Merci Madame. Je suis T1 (titulaire 1 ère année) et je viens, à 38ans, de vivre les deux pires années de ma vie. Merci encore.

Vanessa Gay-Mérono.

Juste une petite faute d accord... La création de jurys a été évoquée

NatBC.

Directrice en école élémentaire, il me semble en effet urgent de revoir la formation des enseignants ! Le concours ? C'est un conours... En revanche, je suis atterrée par la VIOLENCE de la formation qui suit l'obtention du concours ! Dans quelle profession place-t-on des neo-admis à un concours, SEULS, sur leur poste, face à une mission professionnelle à part entière ? Parce qu'il faut bien se rendre compte que ces lauréats, à mi-temps sur le terrain, sont bel et bien tous seuls dans leur classe !!! Ces "stagiaires" à qui on confie la tâche de gérer un groupe d'enfants, de leur enseigner des savoirs, doivent donc assurer le quotidien d'une classe sans y avoir été préparé. Comment se représente-t-on ce métier ? Une formation pratique sans un tuteur présent 100% du temps en debut d'exercice. Il suffit d'avoir un niveau de français, de math, d'anglais. .. suffisant ? Et la pédagogie, la gestion de classe, d'enfants, c'est inné ? Ça s'apprend par essai-erreur ? Mais on travaille avec des enfants !!! Et je ne parle pas des devoirs que l'ESPE leur donne, les travaux de recherche qu'ils doivent faire en parallèle de leur préparation de classe, tâche très longue et laborieuse en début de carrière. On se demande pourquoi le métier d'enseignant n'attire plus ? Entre le salaire et la formation, on comprend très vite si on veut !!!