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Holberton School, une école 42 à l'américaine

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon
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Les fondateurs de la Holberton School à San Francisco. De gauche à droite : Rudy Rigot, Sylvain Kalache, et Julien Barbier.
Les fondateurs de la Holberton School à San Francisco. De gauche à droite : Rudy Rigot, Sylvain Kalache, et Julien Barbier. // ©  Holborton School

Pas de cours mais du tutorat, une scolarité gratuite mais conditionnée au versement d’un pourcentage du futur salaire à l’école pendant quelques années... Portée par trois ingénieurs français, la Holberton School ouvrira en janvier 2016 à San Francisco. Une école d'ingénieurs nouvelle formule dans la Silicon Valley.

Alors que le manque d’ingénieurs en informatique se fait cruellement sentir dans la Silicon Valley, Julien Barbier, Sylvain Kalache et Rudy Rigot ont décidé de retrousser leurs manches. Ces trois ingénieurs français, diplômés notamment de Supinfo et Epitech, qui travaillent depuis quelques années à San Francisco, ont quitté leurs postes chez Docker, LinkedIn et Apple pour monter une école d’informatique : la Holberton School. En référence à Betty Holberton, une programmeuse américaine de l’Eniac, considéré comme le premier ordinateur.

Fort de ses réseaux, le trio a levé, fin septembre 2015, 2 millions de dollars. Parmi les investisseurs figure Jerry Yang, l'ex-patron de Yahoo. La première promotion de 32 élèves fera sa rentrée en janvier 2016 dans des locaux au centre de San Francisco. Et la sélection s’annonce rude. "1.000 personnes ont entamé la procédure de candidature", se félicite Sylvain Kalache. Leur succès doit beaucoup à leur offre séduisante : la scolarité est gratuite pour la première promo.

Pour rejoindre Holberton, aucune connaissance en informatique n’est requise. La sélection se réalise, dans un premier temps, à base de tests en ligne, essais et vidéos de présentation. La clé : la motivation. Holberton veut des bosseurs. D’ailleurs l’école annonce la couleur : les premières semaines, la formation sera non-stop, du lundi au dimanche. 

aucun cours, des travaux à réaliser

L’objectif d’Holberton n’est pas d’aller sur le terrain des universités américaines, qui forment des ingénieurs en quatre ou cinq ans, avec une dimension de recherche. Le cycle ne va durer que deux ans, dont six mois de stage entre les deux années. Et il sera uniquement axé sur la pratique et la préparation aux fonctions occupées en entreprise.

Il n’y aura aucun cours, seulement des travaux à réaliser, encadrés par des coachs. "On donnera des exercices aux élèves avec un minimum d’instructions : ce sera à eux d’aller chercher les connaissances via des lectures ou des vidéos, puis de créer ce qu’on leur a demandé. On veut reproduire les situations qu’ils vivront en entreprise", explique Sylvain Kalache.

Les fondateurs croient aussi beaucoup à la peer education, lorsque les élèves s’entraident et s’apprennent des concepts entre eux. Et à la mise en situation. "Chaque élève sera responsable de son site. Si celui-ci plante au milieu de la nuit, il recevra un coup de fil, et devra résoudre ce problème", illustre Sylvain Kalache.

Certains projets seront commandés par des entreprises. Les fondateurs ont convaincu 70 "mentors" officiant dans des start-up ou de grosses entreprises tech de la région (Facebook, Google, Apple, etc.) d’intervenir dans le cursus. Un réseau précieux aussi pour placer ensuite les futurs diplômés.

"Le meilleur des deux mondes"

Holberton veut en revanche se démarquer des formations "bootcamp" qui ont fleuri ces dernières années aux États-Unis, et forment en un temps éclair des développeurs. Pour Sylvain Kalache, il s’agit bien de préparer des "ingénieurs full-stack", avec des compétences en programmation, systèmes, réseaux, sécurité, database, marketing, montage de projets...

Formés en France et côtoyant des ingénieurs américains, les trois fondateurs souhaitent réunir dans leur école le meilleur des deux mondes. "Les ingénieurs français sont bons en esprit critique, leur démarche est souvent plus logique, rigoureuse, précise que celle des Américains. C’est pour cela qu’ils sont énormément appréciés dans la Silicon Valley. A contrario, les ingénieurs américains arrivent mieux à comprendre la stratégie, la ‘big picture’", remarque Sylvain Kalache.

Avec une ambition qui ne s’arrête pas à San Francisco. "On veut monter en puissance très vite, ouvrir des écoles dans d’autres villes, dès l’année prochaine", soutient Sylvain Kalache.

Les créateurs réfléchissent aussi à un business model innovant : avec une scolarité gratuite mais conditionnée au versement d’un pourcentage du futur salaire à l’école pendant quelques années. La Silicon Valley n’a pas fini d’innover.

Learning Expedition EducPros : départ le 1er novembre direction San Francisco

La prochaine Learning expedition EducPros s'arrêtera à San Francisco et dans la Silicon Valley, du 1er au 6 novembre 2015. La délégation visitera également Stanford, Berkeley, Autodesk, Techshop, Coursera...

Véritable plongée au cœur de l'innovation et de l'écosystème de la côte Ouest, ce voyage d'études est l'occasion pour les participants de nouer de nouveaux partenariats et de faire émerger de nombreux projets.

Le programme complet

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon | Publié le

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confusion.

le métier/emploi d'ingénieur et le diplôme d'ingénieur sont deux éléments différents. Pour autant, il est possible de ne pas avoir le diplôme d'ingénieur mais de pouvoir exercer un emploi d'ingénieur. Ce qui n'est pas le cas des docteurs en médecine... Dans le cas des ingénieurs, le diplôme n'est qu'un bout de papier, il n'atteste en aucun cas de compétences en acte...

morin.

bien sûr, c'est ce que font les diplômés de master, pour nombre d'entre eux. Regardez aussi le dossier des "masters d'ingénierie" pour compléter le paysage. Votre argument qui consiste à dire que le diplôme n'atteste "en aucun cas de compétence en acte" est un peu fallacieux. On peut aussi avoir un BTS informatique de gestion et exercer le métier d'ingénier, ou être complètement autodidacte,à ce rythme, et on trouvera des cas pour confirmer cela. Il semble qu'ici il s'agit de nier, à tort ou à raison, l'importance du côté scientifique et méthodologique de l'informatique, pour se concentrer sur le seul développement logiciel, qu'il faut colorer de passion geek. L'établissement doit survendre le travail en "mode projet", légitimement vu comme professionnalisant, pro-actif etc., mais si on en abuse, ça peut sembler être motivé par le fait que permet de laisser les étudiants en roue libre sans encadrement qu'il faudrait payer. Idem pour le "peer teaching" : pourquoi payer des enseignants si les étudiants peuvent apprendre aussi bien entre eux ? Un tel établissement a bien entendu intérêt à vanter les performances d'une telle démarche pédagogique. Tout cela serait tiré au clair en examinant les maquettes pédagogiques exactes, avec descriptif de chaque contenu, liste des compétences, descriptif des équipes pédagogiques avec leurs qualifications.

moha.

L'ÉCOLE DE L'INNOVATION ET DE L'EXPERTISE INFORMATIQUE Laurent BIGUE pour vous à vous de lire et surtout de se renseigner avant ! Epitech est une école d'informatique créée en 1999 qui forme en 5 ans après-bac des experts du secteur. Elle permet de transformer une passion en expertise via une pédagogie résolument innovante, organisée par projets. Elle est présente dans 12 villes de France et bientôt à Beijing (Chine). Epitech délivre un titre d'Expert en Technologies de l'Information (Bac+5), homologué Niveau 1 par l'Etat au niveau de la Commission Nationale de la Certification Professionnelle (CNCP).

Morin.

@moha : il semble que ça n'était pas ce que disait votre interlocuteur, qui précisait que Epitech ne délivrait pas de diplôme d'ingénieur, au sens de la commission du titre d'ingénieur, dont le cahier des charges ("références et orientations" est disponible librement sur son site internet). Epitech a des choix pédagogiques différents, tant sur les contenus enseignés, la manière de les enseigner que ses recrutements d'enseignants et d'étudiants.

Morin.

Comme à 42, on ne dispose de guère d'information sur le taux d'encadrement. Pour le peer teaching, mais il n'y a nécessairement conflit d'intérêt quand la personne dont c'est l'intérêt financier de ne pas payer d'enseignant vante les performances du peer teaching sans se référer à des évaluations comparatives sérieuses et externes. Il est aussi envisageable que les compétences acquises dans cette formation seront surtout du codage informatique, en évitant les les points théoriques et mathématiques. En codage informatique (web par ex.), souvent l'execution du codage peut jouer le rôle d'évaluation, et bien des emplois s'en satisfont, mais peut-être le choix du diplôme "zéro science". Enfin, afficher une scolarité gratuite et un remboursement a posteriori, c'est du cofinoga : pas de problème sur le principe, mais le terme de "gratuite" n'est pas approprié, ça s'appelle habituellement "à crédit".

Laurent BIGUE.

Attention à la confusion. SI je comprends bien, les fondateurs sont des diplômés EPITECH ou SUPINFO, mais pas des diplômés ingénieurs, EPITECH et SUPINFO sont des écoles, mais pas des écoles d'ingénieurs. Leur diplôme n'est pas reconnu par la Commission des Titres d'Ingénieur.

Theirry Melvo.

Je pense que à l'heure actuelle il ya plus d'epitech que d'ingé CTI a SF :)