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Écoles d'art : Perpignan va fermer, Dunkerque-Tourcoing pourrait fusionner

Sophie de Tarlé
Publié le - Mis à jour le
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Trop petites pour contrer la concurrence, certaines écoles d'art traversent une passe difficile. Si Perpignan a décidé de jeter l'éponge, Dunkerque-Tourcoing envisagerait une fusion avec Cambrai, Amiens et Valenciennes.

Isabelle, élève en troisième année à la Haute École d’art de Perpignan, doit trouver une autre école en septembre. L’année prochaine il n’y aura plus ni première, ni deuxième, ni quatrième année d’ailleurs ! "Certaines classes n'ouvriront pas à la rentrée 2015 et l’école fermera définitivement ses portes en juin 2016", confirme Serge Fauchier, le directeur, qui part à la retraite dans deux mois. 

Créée en 1817, la Haute École des arts de Perpignan fait partie des 37 écoles de beaux-arts territoriales publiques sous tutelle du ministère de la Culture et de l’Enseignement supérieur. Il s’agit d’un établissement public de coopération culturelle financé à 90% par la ville à hauteur de 873.000 euros, la Drac (direction régionale des affaires culturelles) versant 80.000 euros.

L'école de Perpignan n'attirait pas assez les étudiants

L'école faisait face à de nombreuses difficultés et avait failli fermer plusieurs fois par le passé, la dernière fois en 2006. "Nous sommes partagés entre une tutelle pédagogique du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement supérieur et un financement local. Une mairie qui finance une école d’art ne voit pas toujours l’intérêt pour sa ville, d’autant que peu d’étudiants sont des enfants du pays", résume Serge Fauchier, le directeur. Peu attractif, l'établissement compte seulement 70 étudiants en tout, soit entre 15 et 20 par année.

Dans son dernier rapport, l’Aeres (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) a par ailleurs souligné des lacunes concernant l’enseignement théorique, la pratique en atelier, l’anglais, le numérique, et les stages. "Le nombre d’abandons et de redoublements est important, proche de 25% en première année de deuxième cycle", a souligné également l’Aeres, qui pointe l’absence de mise en place de masters avec l’université de Perpignan.

Des écoles d'art trop petites et trop fragiles

L’École d’art de Perpignan n’est pas la seule à être menacée. Ainsi, Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing, a indiqué dans "La Voix du Nord" vouloir fermer l’école d’art de sa ville, l’École supérieure d'art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing, avant la fin de son mandat. Une annonce qui a surpris tout le monde. Le maire a rencontré son homologue à Dunkerque le 1er décembre 2014 afin de décider de l’avenir de l’école qu’ils ont en commun.

À terme, selon nos informations, une fusion ou mutualisation des services est à l'étude avec l'École supérieure d'art de Cambrai, l'École supérieure d'art et de design de Valenciennes et l'Ecole supérieure d'art et de design d'Amiens.  La fusion étant la seule solution sans doute pour ces établissements trop petits (36 étudiants seulement en deuxième cycle à Tourcoing selon l'AERES) qui ont du mal à faire face à la concurrence. À Valenciennes, Rubika, l'école de design de la chambre de commerce, accueille 1.500 étudiants.

Vers une confédération d’écoles du Nord
undefinedRonan Prigent, directeur de l’École supérieure d’art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing a tenu à répondre, mardi 3 février, à l’article paru dans EducPros.

Quelle est la situation de l’École supérieure d'art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing ?

C’est une école sur deux sites, Dunkerque et Tourcoing. Avec 350 étudiants, ses effectifs globaux en font une des toutes premières écoles de beaux-arts bisites de France en termes de taille. De manière assez unique, nous avons aussi une classe à Annaba en Algérie de 25 étudiants. L’école voit ses effectifs progresser de 30% par an depuis 2011 et accueille sur l’ensemble de ses sites 39% d’étudiants étrangers, originaires de 22 pays, une attractivité sans équivalent pour une école supérieure d’art française. On est donc loin de la fiction d’une école trop petite pour supporter la concurrence. Le fait d’être sur le site APB et sur Campus France nous a permis d’augmenter nos effectifs.

Les écoles du Nord vont-elle fusionner ?

Les négociations sont en cours pour créer ce qui pourrait plus ressembler à une confédération d’écoles d’art, incluant les écoles de Valenciennes, de Cambrai et éventuellement d’Amiens avec le nouveau redécoupage régional, ainsi que de Calais. L’objectif de la mutualisation est posé depuis le début des années 2000. Le bon sens nous y invite en termes de mutualisation des services (recherche, coopération territoriale et internationale, partage de compétences, économies d’échelle). Nous incarnons du reste déjà le modèle avec l’école de Dunkerque-Tourcoing, créée en 2011. Être plus puissant nous permettrait d’être moins enclavé et de peser sur nos partenaires. Aujourd’hui, l’école est financée à 50% par les mairies, 20% par la Région, et 17% par l’État, le reste vient des frais de scolarité. Mais nous veillons à créer des formations qui s’autofinancent ou créent de la valeur ajoutée, pour que le développement de l’école soit assuré.

L’Andea demande un nouveau statut pour les écoles d’art et ses enseignants

Le 22 janvier 2015, l'Andea (Association nationale des écoles supérieures d'art) a publié un communiqué afin de contester les modifications apportées par la loi sur la création que Fleur Pellerin, ministre de la Culture, va présenter en mars, par rapport à la version précédente portée par Aurélie Filippetti, l'ancienne ministre de la Culture. 

L'Andea regrette ainsi que les écoles supérieures d'art ne soient désormais citées que dans une simple ordonnance, et elle demande la création d'un Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur) Culture, la reconnaissance des activités de recherche en art menées dans les écoles, et la création d'un nouveau statut pour les enseignants (réévaluations des salaires, possibilité de faire de la recherche, annualisation du temps de cours), conforme aux pratiques a minima de l'enseignement supérieur.

Enfin, pour l'Andea, l'État doit reconnaître le fait que l'action culturelle ou l'éducation artistique et culturelle (souvent demandées par les maires aux écoles d'art, NDLR) sont des missions secondaires des écoles qui sont en premier lieu des établissements d'enseignement supérieur et de recherche.

Dernier point, l'Andea souhaite une réforme du statut d'EPCC (établissement public de coopération culturelle). En effet, leur mode de fonctionnement actuel donne un grand pouvoir aux villes ou regroupements de villes qui financent ces écoles, et pas suffisamment aux professionnels de l'art et du design.

Sophie de Tarlé | Publié le - Mis à jour le

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